‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 83 sur 198 · LES GORGES DE L'ISKER · texte numérisé non relu

LES GORGES DE L'ISKER

semblable, qui n*est pas rare dans les régions montagneuses, Texplication en apparaît parfois aussitôt dans le creusement progressif, au voisinage, d'une grande vallée principale, qui a entraîné rabaissement correspondant de Fafïluent, descendu par un sciage continu au-dessous de son ancien cours. C'est ainsi que les gorges de la Tamina, à Ragatz, dans les Grisons, correspondent à un lit primitif du Rhin. Le fleuve principal, ayant adopté un autre cours, s'est trouvé en aval à un niveau plus bas, et la Tamina, pour rejoindre sans cascades ce lit abaissé du Rhin, dans lequel elle se jette près de Ragatz, s'est creusé peu à peu des gorges de plus en plus profondes.

Pour risker, il n'y a rien de semblable, et, puisque le bassin de Sophia a commencé à se vider par là dans le Danube, il faut bien imaginer qu'au début la pente naturelle était dans ce sens, c'est-à-dire-que le bassin, le lac de Sophia, se trouvait à un niveau supérieur au Balkan, ou que la barrière entre ce bassin et le Danube était assez mince et fragile pour céder sous la pression des eaux. Gomme le Balkan montait certainement alors, avant les érosions qui l'ont aplani, beaucoup plus haut qu'aujourd'hui, c'est une dénivellation d'au moins 1 000 mètres qu'il faut supposer pour le bassin de Sophia, entre l'état de choses primitif et l'état que nous constatons. Or, ce bassin a toute l'allure d'un bassin d'effondrement : limites brusques et rectilignes, ceinture de roches éruptives, et, sur tout le bord sud, traînée de sources thermales. On est donc bien tenté d'imaginer que l'effondrement s'est continué à une époque récente, après que le régime hydrographique actuel a commencé à s'établir.

Ce serait un indice de plus de ces mouvements récents, auxquels les limans de Varna, sur la mer Noire, font également penser, et dont nous croirons retrouver un autre indice dans le Balkan de Véllki ^y^

constatant à quel point la crête orographique y diffère de la ligne de partage des eaux. Les tremblements de terre violents, qui se sont souvent manifestés à Sophia, tandis que le Balkan central est généralement stable, pourraient confirmer en ce point l'existence d'une zone faible, suivant une ligne générale de dislocation.

Quoi qu'il en soit, Tlsker, qui n'est dans la plaine de Sophia qu'un réseau de ruisseaux convergents, réunit toutes ces eaux en rivière vers Koumaritsa et Kourilo, pour entrer en gorge dans le Balkan et y tracer, à travers des terrains divers, dont chacun ramène le faciès pittoresque qui lui est propre, une véritable coupe géologique, que nous allons maintenant nous borner à décrire. Précisément, la composition pétrographique des Balkans est ici assez particulière en raison du rôle prépondérant qu'y jouent les terrains carbonifères et permiens, dont la dernière trace disparait à l'est, vers Vetzen, au sud de Troian. La présence du carbonifère aux schistes et grès noirâtres, du permien aux terrains colorés oranges et rouges, celle de quelques granits et gneiss, donnent à certaines parties de ces gorges, les premières rencontrées en venant du sud, des aspects qui nous sont familiers sur les mêmes terrains dans le Plateau Central.

Le long de l'Isker aux eaux jaunes, nous passons d'abord en zigzag à travers les terrains rouges, bruns, noirs ou violacés, dont les bancs déchiquetés s'inclinent et dont les débris coulent sur les pentes, comme si nous longions l'Aumance, le Cher et la Sioule.

Le caractère plus spécial de ces gorges bulgares, qui les rend comparables si l'on veut, non plus aux vallées granitiques du Plateau Central, mais aux caôons du Tarn ou de la Jonte, se manifeste seulement plus loin quand les calcaires secondaires aux strates horizontales apparaissent et introduisent dans le paysage

Page 1