‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 84 sur 198 · LES GORGES DE L'ISKER · texte numérisé non relu

LES GORGES DE L'ISKER

leurs bancs tabulaires, coupés par des lignes d'escarpement superposées, formant comme une série de gradins colorés, que raccordent des pentes plus douces et tapissées d'herbe. Là, ces calcaires se montrent déchirés en récifs dans leurs parties hautes, perforés de grottes dans le bas, avec toutes les érosions étranges, toutes les disparitions et réapparitions de rivières, toutes les sections d'abîme étalées au jour, que pourrait souhaiter un spéléologue. Les couleurs des calcaires vont du gris au vermillon et a l'orange, interrompues par le vert pâle des gazons, où les buissons et les arbres font des taches plus sombres. Avec un bel effe de lumière, le spectacle est merveilleux.

La voie tourne et serpente, modifiant sans cesse les aspects. Un instant, quelques roches cristallines ramènent des paysages de la Creuse; puis on retrouve les calcaires, mais cette fois mis sens dessus dessous par les plissements, culbutés en bancs tout à fait verticaux, et ces bancs déchaussés par les ravinements en de singulières murailles naturelles.

C'est le point le plus saillant de la route, et celui qui donne le moins l'impression toujours fâcheuse du déjà vu. Puis la gorge s'élargit en vallée le long d'un grand village bulgare aux maisons basses, étalé à flanc de coteau. Au loin, les calcaires, redevenus horizontaux, dessinent de petites berges droites, des semblants d'escarpement, qui se rapprochent encore, s'élèvent, et, de nouveau, vers Karpikovo, resserrent la voie pour un court défilé entre des murailles orange percées d'innombrables grottes^. Cette fois, c'est bien fini, les Balkans sont passés, et le grand plateau d'herbages et de cultures commence, monotone, pour s'étaler jusqu'au Danube...

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