‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 89 sur 198 · VILLAGES DES BALKANS · texte numérisé non relu

VILLAGES DES BALKANS

bord d'une source; on étend sur Fherbe le tapis de poil de chèvre, rayé blanc et brun, on allume une flambée et, passant sur un bâton fourchu quelques tranches de viande ou un poulet maigre, on prépare une grillade, à laquelle le grand air et la marche prêtent le plus savoureux fumet.

Puis on repart à travers les profondeurs des bois pour découvrir de nouveau, émergeant de Tombre au soleil couchant, les grands horizons vaguement ondulés, qui s'étendent dans le lointain jusque par delà le Danube.

Quelques villages, quelques coins de tableau, dans ces courses étendues à une quinzaine de kilomètres autour de Radevtsi, m'ont laissé un souvenir particulier. Ainsi ce petit hameau de Borouchtitzay qui aura bientôt l'honneur d'être le terminus momentané d'une ligne de chemin de fer destinée à devenir transbalkanique.

La première image qui m'en reste est celle de la terrasse couverte où nous nous sommes assis à midi dans une sorte d'auberge; terrasse dont on retrouve l'équivalent au bout de toutes les maisons bulgares, adossée d'un côté au pignon blanc et, par les trois autres, ouverte sur la campagne, mais qui là se trouvait plonger sur un fond de ravin aux arbres verdoyants. Ainsi le tableau que nous avions sous nos yeux comprenait : à gauche, un mur blanc, à travers lequel on entrevoyait, par deux portes, deux pièces sombres, l'une servant d'épicerie, l'autre où cuisinait la femme; en face et à droite, un fond de verdure ensoleillée, coupé par les /barres sombres des étais et par les silhouettes détachées à contre-jour de quelques paysans bulgares.

Ces paysans étaient, à notre entrée, assis sur des tabourets très bas, mangeant et causant : sur la tête, le bonnet de laine brun, en forme de court cylindre,

qui caractérise aussitôt le Bulgare, le gilet également brun laissant voir, quand la veste est retirée, la chemise, ou blanche ou rayée de rouge, la ceinture rouge, la culotte brune soutachée de noir, et les jambières blanches à cordons lacés. Nous-mêmes étions assis comme eux, autour d'une petite table ronde presque au ras du sol, pour manger, dans ces plats estampés au nom de Thôtesse, qui sont le cadeau de noces de ses parents, l'habituelle grillade de bœuf, le pasferma en petites tranches tailladées.

Dans la pièce sombre à côté, seulement éclairée par une très petite fenêtre, on apercevait le sommeil calme de deux marmots et, d'eux à nous, allait et venait la femme, avec le costume de cette région : les cheveux en deux tresses pendantes, enveloppés d'un fichu jusqu'au bout des tresses; la robe sombre au corsage échancré par-devant et sans manches, montrant le blanc de la chemise ; le tablier de couleur et la ceinture rouge, attachée par deux larges agrafes de métal.

Sur cette sorte de terrasse, on voyait encore, de tous côtés, pendus au mur, accrochés aux poteaux, soutenus par des ficelles, des sacs en poil de chèvre rayés de brun et de noir, des chapelets de piments, des linges, des légumes... Des poules picoraient et s'envolaient dans le noir de la charpente... Et les linges, d'une toile un peu rude, aux dessins géométriques de couleur, avaient cette originalité, ce relief des étoffes communes, échappant à la régularité bête de la machine, que l'on trouve un peu partout dans les maisons orientales, filées, tissées, fabriquées par la fille de la maison pour former sa dot, blanchies et séchées sur le pré voisin, en longs rubans blancs qui semblent de loin des lacets dénoués, puis découpées en chemises, en jupons, en serviettes.

L'autre image colorée, qui m'est restée de Borouchtitza, est celle du battage du grain. On était alors au

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