‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 91 sur 198 · VERSANT SUD DES BALKANS · texte numérisé non relu

VERSANT SUD DES BALKANS

maisons espacées et basses, aux toits de pierre ou de chaume, les aires plates où Ton bat au fléau la paille de seigle, les vergers mêlés aux maisons, les meules colorées et, ici, un fond sombre de montagne, sur lequel se détachent, encore mieux que d'habitude, toutes les choses brillantes.

Comme dans tous ces villages des Balkans, les sujets de croquis se présentent à chaque pas. C'est le torrent avec ses ponts de bois, les saules qui le bordent, les bètes qui cherchent de l'herbe dans un lit caillouteux, les batteurs aux fléaux levés et retombants, les maisons dans les arbres, les femmes qui tissent en plein air; c'est la lumière éclatante sur les blancs des quenouilles ou des linges ; c'est le jeu des ombres dans ces maisons à plans compliqués, où les terrasses ouvertes font de larges trous et qui n'ont absolument rien de la rectitude édilitaire à laquelle les émules de M. Haussmann condamneront uniformément, d'une extrémité du monde à l'autre, nos misérables descendants.

Au delà de Seltsi, vers Maglisch, il faut dire adieu à la forêt. La nature des roches a changé : gneiss altérés, effrités, décomposés, friables, réduits en arène sableuse et ravinés par toutes les eaux au lieu des grès plus résistants, plus favorables à la poussée des plantos et des arbres. Le caractère du pays a décidément l'aspect du versant méridional, qui (beaucoup, paraît-il, par l'influence fâcheuse des Turcs, établis autrefois d'une façon plus stable sur ce flanc) est presque entièrement déboisé. Quand on a pris l'habitude de cheminer sans cesse sous la frondaison des hêtres centenaires, on est plus affligé encore de cette nudité, contre laquelle le Gouvernement commence à lutter par un reboisement rationnel, plus ennuyé de ces pauvres maquis trop bas pour résister à la dent vorace des chèvres, de ces taillis qui ont tant de tîi^l k ^x^wô^vt .

Comment s'est opéré ce déboisement désastreux? l'histoire est bien simple et se répète à peu près semblable dans tous les pays. C'est d'abord l'incurie : les pâtres allumant un feu qui gagne un bois ; les troupeaux épars broutant les jeunes pousses; et c'est un peu aussi la rapacité paysanne. En des pays à cadastre mal assis, où les forêts appartiennent à la commune ou à l'État, tandis que le champ voisin est au campagnard, déboiser c'est s'arrondir. Un grand arbre bordait le champ; uh feu, allumé par mégarde, l'incendie; il faut l'abattre : on enlève la souche qui gène, et, l'an prochain, la charrue gagne un sillon de plus; autant de gagné pour le froment que de perdu pour la forêt...

Mais ce qu'on ne voit pas de suite et ce qui se traduit trop tôt, un peu plus bas, sur les pentes de la montagne et dans la plaine, c'est l'inondation, conséquence du déboisement; ce sont les ravages des torrents et les hectares de champs fertiles enfouis sous les galets et les sables au débouché des ravins, pour quelques ares gagnés à la naissance des ruisseaux, où les racines retenaient les terres, où les feuilles condensaient les brumes, où la forêt régularisait le régime des eaux...

Entre Seltsi et Maglisch, le ruisseau, trop encaissé, insinué au fond des gneiss dans des gorges trop profondes, se prêterait mal à notre marche. Nous commençons donc par escalader les pentes meubles, où coulent les roches désagrégées, pour aller redescendre plus bas dans le lit du torrent. Cela nous vaut d'abord une belle vue sur les gorges mômes, découpées en dents de scie dans les profondeurs de la roche : tous les plans successifs d'un côté restant dans l'ombre, tandis que ceux de l'autre sont inondés de lumière. Après quoi, au passage d'un col, se découvre devant nous, dans un triangle de clarté, une large plaine baignée d'azur très pâle, où brille un ruban argenté, et que domine au fond un rang de montagnes loin-

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