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LA VALLÉE DES ROSES

taines. C'est la première apparition, poétisée par Téloignement, de cette < vallée des roses », ou vallée de la haute Toundja, que mes amis bulgares dont, je le dis aussitôt, je n'ai pas partagé l'enthousiasme, m'annoncent depuis longtemps comme une sorte déterre de Chanaan.

Pour l'atteindre, il nous reste à descendre encore. Nous commençons par suivre un moment, sous les feuillages^ touffus, le lit d'un torrent à sec; une belle allée de sable fin bien ombreuse, du milieu de laquelle surgissent en tous sens, avec les inclinaisons les plus imprévues, de larges cépées de hêtres aux racines apparentes et tordues comme de noirs serpents; les berges, elles aussi, portent des cépées semblables, dont les branches, projetées au hasard, vont rejoindre, en ogives successives, les rameaux que lancent à leur rencontre les piliers du centre de la nef.

Puis voici un plateau de chaumes moissonnés, formant terrasse entre le Balkan et la plaine ; et une dernière descente, à travers les champs de rosiers, dépouillés en cette saison de toutes leurs fleurs, nous conduit jusqu'à la vallée de Maglisch.

Cette vallée, si vantée et fameuse dans toute la Bulgarie par la culture intensive des rosiers, peut offrir quelque attrait pendant la quinzaine de jours environ, chaque année, où les rosiers y sont en fleurs. L'ayant parcourue une première fois en septembre, quand les rosiers dépouillés ont l'air de maigres buissons, j'y suis revenu en mai, quelques jours trop tôt pour voir les boutons éclore ; je ne puis donc parler que par ouïdire de la floraison; mais celle-ci est, en tout cas, limitée à la zone étroite de terrain appuyée aux Balkans sur leur flanc méridional.

Tout le reste de la vallée est une grande plaine de moissons, nue et jaunie à l'automne, verte au printemps, qui n'a d'autre beauté que celle de la glèbe

fertile et prospère. Sur l'un des côtés, les Balkans, très nus, et relativement abrupts, dressent leurs croupes fauves, assez comparables à' celle des Apennins, par exemple dans les monts Lepini au sud de Rome. Sur l'autre, une ligne de collines basses et régulières, à faibles ondulations, représente la Sredna Gora. L'intérêt de la vallée des roses est donc surtout un intérêt industriel; mais, à ce titre, la question vaut la peine qu'on s'y arrête un instant, ne fût-ce que pour établir un contraste facile (et d'ailleurs pittoresquement contradictoire) entre le pays des roses au sud des Balkans qui est, en réalité, le pays dénudé et triste, et le pays du charbon au nord, qui est celui des grandes forêts lumineuses, des sources claires, des vallées verdoyantes et des gais villages.

La culture intensive des rosiers dans la haute vallée de la Toundja, vers Kasanlik, Maglisch ou Haïnkiou, est une de ces petites industries curieuses qui étonnent d'abord par leur développement, et dont l'horticulture présente quelques exemples. Ainsi, la culture des fleurs pour parfums dans la région de Grasse; celle des lilas d'hiver en Belgique ; celle des champs de violettes aux environs de Paris, à Marcoussis ; celle des fraisiers, près de certaines grandes villes, à Fontainebleau ou au lac Nemi dans la campagne romaine.

La Bulgarie n'a pas le monopole de l'essence de roses dans le monde, et il suffît de penser à ces pays d'Ispahan, où nous ont conduits les poètes persans, à ce pays des roses chanté dans Lalla Rook, avant d'être décrit par Pierre Loti; mais, en Europe, la production commerciale y est à peu près localisée.

En automne, le tableau qui en résulte n'a rien de pittoresque. Les pieds de rosiers sont alignés comme des ceps de vignes, avec des intervalles qu'on laboure à la charrue. L'aspect de ces maigres arbustes hauts sur tige et pauvres en feuilles, étonne plus qu'il ne

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