‹ La Bulgarie dans le passé et le présentChapitre 25 sur 127 · I. — Caractères «le la race bulgare · texte numérisé non relu

I. — Caractères «le la race bulgare

Le territoire décrit dans les deux premiers cliapilrcff est habité par les Bulgares, qui constituent une des branches de la grande famille slave.

On sait que les autres nations slaves sont : les Russes (ayant pour variétés les Russes blancs et les Petits- Russietis ou Ruthènes), les Polonais , les Tchèques (avec les Slovaques), les Vendes de Lusace, les Serbo-Croates et les Slovènes.

La race slave, moins nombreuse que les races latine et germanique (en comprenant, dans cette dernière, les Scandinaves) compte 85 millions d'Ames, réparties très inégalement entre la Russie, l'Autriche-IIongrie, TAUemagne et les divers Étals de la Péninsule des Balkans.

Par un phénomène dont on retrouve plusieurs autres exemples dans l'histoire des nationalilés européennes, les Bulgares doivent leur nom ii un peuple étranger il

la fois h la grande race dont ils font partie et au pays qu'ils habitent.

Les Bulgares primitifs étaient une tribu de souche finnoise dont, au VU® siècle, une fraction quitta les bords de la Volga, qu'elle habitait d'abord pour venir s'établir au sud au Danube où elle rencontra une population en majorité slave ou tout au moins slavisée.

Nous avons viî, dans la partie relatives l'histoire des Bulgares comment leur chef Asparoukh réunit sous son autorité plusieurs tribus slaves et en constitua un État qui prit le nom des conquérants. Mais ceux-ci, au nombre de 80,000 environ, furent absorbés dans la masse du peuple soumis dont la culture était certainement bien supérieure, par suite du contact avec la civilisation byzantine et de la fusion avec les populations indigènes hellénisées. Dès le milieu du IX*^ siècle, tous les Bulgares comprenaient le slavon et bientôt après cessaient de parler leur propre langue. A partir de cette époque, l'État bulgare est exclusivement slave et la nation s'est toujours, à bon droit, considérée comme telle.

La formation de la nationalité bulgare présente, en somme, une grande analogie avec celle de la nationalité française. De môme que nous voyons chez nous trois races superposées, la race indigène celtique formant le fond de la population, la race latine, ayant donné sa civilisation et sa langue et, enfin, la race franque, la race conquérante qui, après la chute du pouvoir romain donne aux peuples de la Gaule leur organisation politique et leurs premiers rois, de môme, nous trouvons en Bulgarie la race indigène, thrace sans doute qui, déjà décimée par les invasions et les émigrations, fut, malgré

la supériorité de sa cullurc inlcllectucllc, absorbée par les Slaves qui vinrent ensuite occuper le pays; enfin, la race bulgare qui, bien que conquérante, se fond dans la population primitive et en prend la langue et les mœurs après lui avoir donné son premier chef et son nom.

Les Russes nous offrent un autre exemple du même fait, puisqu'ils doivent leur nom h une tribu Scandinave, les huotsiy et pourtant personne n*a jamais songé h leur contester la nationalité slave, pas plus que le caractère latin aux Français.

Tout d'ailleurs chez les Bulgares, langue, mœurs, croyances, les fait reconnaître pour Slaves.

Les Bulgares sont en général de taille moyenne, fortement bâtis. Le visage est d'un bel ovale, le front proéminent, le nez plutôt droit que recourbé. Les sourcils sont bien fournis, la chevelure fine et rarement foncée.

L'explorateur autrichien Kanilz considère comme un héritage de leurs ancôlres finnois les pommettes saillantes et les yeux peu fendus qu'il a remarqués chez beaucoup de Bulgares. Ce serait, du reste, le seul caractère touranien que Ton ait signalé chez les habitants actuels de la Bulgarie.

Le plus beau type de visage se trouve dans le Balkan occidental, où, par suite de leur position, les Bulgares ont pu se conserver sans mélange.

Les femmes sont de taille moyenne et possèdent d'assez jolis traits quand elles sont jeunes. Malheureusement elles se fanent vite et leur beauté ne résiste pas aux durs travaux auxquels elles sont, comme toutes les femmes slaves, assujetties après leur mariage.

Considéré au point de vue moral et intellectuel, le Bulgare possède de grandes qualités. Bien qu'ayant Tesprit moins vif que ses voisins grecs et roumains, il a cependant rinlelligcnce ouverte. Mais ce qui domine en lui, c'est la volonté, la persévérance, Tamour du travail. Non seulement son pays, mais toute la péninsule des Balkans portent les marques de son industrieuse activité. Les Bulgares sont les meilleurs et presque les seuls "cultivateurs de l'ancien empire ottoman. Ils ont changé certaines parties de la plaine méridionale du Danube en de vastes champs de maïs et de blé, rivalisant avec ceux de Roumanie, bien qu'ils n'aient malheureusement encore h mettre au service de cette remarquable aptitude agricole que des instruments rudimentaires.

Ils ne réussissent pas moins dans l'industrie et même dans les arts, celui des constructions spécialt^ment. Des églises, des ponts, quelquefois très remarquables, témoignent de leur habileté sous ce rapport.

Le côté sérieux et pratique domine donc dans le caractère du Bulgare. Aussi est-il généralement froid, concentré, môme taciturne. Dans les régions méridionales, où l'oppression a plus durement pesé sur lui, il a môme l'air malheureux et triste. Mais dans la plaine du Nord et dans les villages reculés des montagnes, où il a eu moins ii souffrir, il est d'un naturel plus gai et plus porté au plaisir.

La moralité des Bulgares est très bonne; laborieux et économes, ils pratiquent toutes les vertus domestiques.

Leur nature essentiellement pacifique les porte à la résignation et ils ont subi le joug turc plus longtemps et plus patiemment que les autres peuples de la pénin-

suie. Mais ils ne sont pas pour cela dénués de courage, cl pendant la guerre turco-russe, où les bataillons bulgares combattirent vaillamment Ix Eski-Zagra et h Cliipka^ comme pendant la campagne contre la Serbie, ils ont montré qu'ils étaient encore dignes des compagnons des anciens tsars, qui portèrent plusieurs fois leurs armes jusque sous les murs de Byzance.

La domination turque a, chez les Bulgares comme chez les S^'bes, détruit toute espèce de distinction de classe et nivelé complètement la société. Aussi la nation bulgare possède-l-elle actuellement, môme sous un gouvernement monarchique, une égalité absolue. Le clergé seul a de tout temps conservé certains privilèges.

Dans les cités danubiennes, les Bulgares sont surtout marchands ou artisans; sur les plateaux et dans les villes des Balkans, ils se livrent h diverses industries ou à rélève du bétail, mais dans la plaine ils sont exclusivement agriculteurs.

Sous la domination turque, peu de Bulgares naturellement pouvaient embrasser des carrières libérales, h Tcxception de Tétat ecclésiastique ou monacal, et plus lard, du professorat; mais depuis le rétablissement de Tautonomie de leur pays, un grand nombre de jeunes gens se destinent aux professions intellectuelles qui, gnlce aux nouvelles institutions, leur offrent des chances d'avenir. On pourrait môme craindre que la tendance qui pousse les jeunes gens vers le barreau, l'administration ou la politique, ne finisse par nuire au développement économique du pays, en délournant la classe la plus instruite de Tinduslrie, du commerce et de Tagriculture, carrières dans lesquelles son intervention serait des plus utiles.

. Dans les campagnes de Bulgarie, la famille, comme chez tous les Slaves du Sud, a conserve une organisalion patriarcale. Le mariage des fils ne les éloigne pas de la maison paternelle. Dans la ferme bulgare, autour de la maison du chef de la famille, s'éUîvent celles des fils et quelquefois des gendres.

Cette constitution antique de la famille a certainement contribué à conserver et ?i développer, les qualités domestiques des Bulgares, et, dans Tétat actuel du pays, la solidarité entre les parents a dû beaucoup aider h leur prospérité. Mais on peut se demander si, dans un état social plus avancé, celte organisation laisserait se développer, d'une façon suffisante, la liberté et Tesprit d'initiative, conditions indispensables de tout progrès sérieux.

Il ne nous est pas possible d'entrer dans le détail des mœurs des Bulgares. Nous croyons ne pouvoir mieux faire à ce sujet que de renvoyer au remarquable ouvrage de M. Kanitz, la Bulgarie danubienne et le Balkan, où l'on trouvera ces questions traitées de la façon la plus complète et la plus intéressante. Le récit de voyage de M. de Lavelaye, « En deçà et au delîi du Danube », publié dans la Revue des Detcx Mondes en 1886 et paru depuis en volume, contient anssi de nombreux détails de mœurs.

Nous passons aussi ce qui a trait au travail des Bulgares, nous réservant d'en parler dans le chapitre consacré à l'industrie et au commerce.

II. — Importniico niiniérI<iiio et étoncliio torrltorlnlo «le lo raco l>iilgnro*

Maintenant que nous avons fait connaissance avec la

population de la Bulgarie, nous allons rechercher quelle est rimporlance de cette population, comme nombre d'habitants et comme superficie habitée.

Les renseignements à ce sujet sont nombreux, mais malheureusement peu exacts et souvent contradictoires.

£n effet, une partie importante de la population bulgare se trouve encore sous la domination directe de la Turquie, et Ton sait que, par suite du défaut d*état civil régulier et de recensements officiels, les données sur la population de l'empire ottoman, sur* tout en ce qui concerne les chrétiens, sont très indécises.

Les autorités ecclésiastiques seules tiennent compte de la population chrétienne, mais ici intervient une cause d'erreur encore plus grave. Le clergé grec est encore maître presque absolu de l'église orthodoxe dans les provinces restées soumises au Sultan. Or, personne n'ignore les prétentions helléniques sur la Macédoine. Les popes grecs ont donc tout intérêt à faire passer pour hellène la plus grande partie possible de la population de cette province.

Depuis le moment où Ton a commencé à s'occuper de la nation bulgare, c'est-à-dire tout au plus depuis trois quarts de siècle, les appréciations sur son importance numérique ont varié dans la proportion de 1 î\ 10. L'historien et philologue ichbciuQ Schafarick, vers 1830, ne connaissant encore de Bulgares que ceux qui habitaient entre le Danube et les Balkans, en comptait 600,000, tandis qu'en 1856, des députés bulgares, appelés h Constanlinople pour le règlement des questions religieuses, évaluaient ù 7,000,000 le nombre de leurs compatriotes.

On ne peut donner de chiffre précis qu'en ce qui concerne la Principauté. Sur les 3,184,375 habitants qu'accuse un recensement tout récent (1888), 2,320»000 appartiennent à la race bulgare.

Le groupe de population bulgare le plus important en dehors des limites de la Principauté est celui de la Macédoine, au sujet duquel les appréciations varient de 1 h 2 millions et pour lequel on peut accepter un chiff*re moyen de 1,500,000 âmes.

Pour les autres fractions de la population bulgare, nous trouvons dans l'introduction de Y Histoire de la littérature^ de Marinov (1887), les chiffres suivants dont nous rapprochons ceux donnés par M. Jirestchek dans son Histoire des Bulfiares (1876).

MarinoT. Jirntsrhek.

Turquie,.. Macédoine 1.400.000

— Vilayct d'AndrinopIc. 600.000

Serbie Doparfcmcnts de Nicli, Vra-

nia, etc 200.000

— Dcpartcmcnl de Kraïna 8fi . 000

Roumanie, . Doliroudja 240.000

— Inlérieiir «0.0000 400.000

littisie Gouvcrncmcnl de Khcrson cl

Tauride 97.000 97.032

— Bessarabie «O.OOO (iO.OOO

Hongrie. . . . Banal ni Transylvanie «0.000 20.000

Si nous additionnons ces chiffres en en défalquant toutefois ceux qui concernent Tinlérieur de la Roumanie, la Russie et la Hongrie, nous obtenons un total de 2,520,000 Ames qui, ajouté aux 2,320,000 Rulgares de

la Principauté, donne une somme de 4,840,000 (1) personnes, conslituant un groupe compact de population bulgare. Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de faire entrer en compte les Bulgares de la rive gauche du Danube qui, sans liaison avec la masse de leurs compatriotes et le plus souvent disséminés au milieu de races différentes, doivent être considérés comme perdus pour leur nationalité.

En parlant de la mer Noire, et en laissant de côté la Dobroudja où toutes les races se trouvent mélangées, la limite septentrionale du territoire occupé par la race bulgare est formée par le cours du Danube qui la sépare des Roumains, et elle suit ce fleuve jusqu'au Timok, renfermant dans ce trajet une petite enclave de population roumaine à Touest de Vidin.

A partir de l'embouchure duïimok, la limite occidentaie qui, suivant une direction générale du nord au sud sépare les Bulgares des Serbes, est très difficile à établir, car les renseignements sur cette question sont tous très différents suivant la nationalité ou les sympathies de leurs auteurs.

L'ouvrage serbe Srpska ZemHà fia terre serbe), publié en 1882, fait naturellement la part belle à la race serbe. Non seulement il nie absolument l'existence de Bulgares dans le royaume, mais il donne à l'est, comme limite aux Serbes les lignes de partage orientales des bassins du Timok et de la Morava méridionale, ce qui les fait légèrement empiéter sur la Bulgarie et leur attribue entre autres la ville de Trn. Au delîi il pro-

(1) Nous devons noter cependant qu'une géographie bulgare (Oto- Icbeslvenna géografia — 1881) ne parle que de 3,400,000 Bulgares. l*I«- Bieurs autres ouvrages, par contre, portent ce chiffre h 5,000,000.

longe la limite suivant la ligne de partage entre la Strouma et le Vardar jusqu'à la Slroumitsa, puis sur la rive droite du Vardar par la ligne de partage méridionale de la Tcherna-Rêka jusqu'auprès de Kastoria. L'auteur attribue ainsi aux Serbes plus de la moitié de la Macédoine avec les villes de Skopié (Uskub), Bitolia (Monastir), Voles (Keupreuli), Okhrida, etc.

Un autre auteur, 1\I. Spiridion GoptchevUch^ l'un des plus ardents cl\.ampions des revendications serbes sur la Macédoine, va encore plus loin, puisqu'il attribue h la race serbe toute la population slave de ce pays jusques et y compris Salonique.

Ces prétentions sont évidemment exagérées et sont du reste contredites par tous les autres documents. Pîirmi ceux-ci les plus connus sont les cartes de Lejean et do Kiepert, auteurs qui, en raison de leurs nationalités, peuvent ôtre considérés comme impartiaux.

D'après le dernier, la limite des deux races suivrait d'abord le cours inférieur du Timok, puis se dirigerait vers le mont Ozren près d'Alcxinats et de lîl vers Nich qui se trouverait juste sur les confins. Au delà ce ne seraient plus les Serbes, mais les Albanais qui deviendraient voisins des Bulgares.

D'après Lejean, la ligne sépara tivc passerait encore plus à l'ouest, tout près d'Alexinats et suivrait ensuite la chaîne du Yastrebats entre la Toplitsa et la Rasina. Sous la domination turque, du reste, Nich et ses environs étaient considérés comme bulgares, et se trouvaient compris dans les divisions administratives de la Bulgarie. Dès la création de l'exarchat bulgare, les diocèses de Nich et de Pirot, lui furent soumis. On voit donc que, selon l'hypothèse de beaucoup la plus vraisemblable, loin que les Serbes aient quelque territoire

à réclamer aux Bulgares comme ils auraient voulu le faire en 1885, ce seraient plutôt ces derniers qui auraient (les droits à faire valoir sur les départements de Pirot et de Nich (i).

Au deh\ de Vrania, la limite suit à peu près la Tcherna-Gora ou Kara-Dagh, la chaîne du Char, et ensuite le Drin-Noir jusqu'au lac d'Okhrida. Dans toute celte partie, les nationalités albanaise et bulgare s'entremêlent fréquemment et rendent la ligne séparative très irrégulière; mais la plupart des documents sont d*accord sur son tracé général.

Dans la région au sud des lacs d'Okhrida et de Prespa, la rencontre des trois races, bulgare, albanaise et grecque, et la présence d'enclaves de populations turques et macédo-roumaines (Tsintsares) rendent impossible toute délimitation précise. On peut seulement dire qu'en moyenne la limite méridionale de la race bulgare sur ce point serait une ligne allant de Kastoria vers Salonique.

Un ouvrage publié h Philippopoli en 1888, La Macédoine considérée aux points de vue historique, ethnographique et philologique, par Ofeicoff (2), ouvrage qui s'occupe presque exclusivement de la rivalité des Serbes et des Bulgares au sujet de celte province, montre par de nombreux exemples tirés des dialectes de la Macc

(1) Nous uo voulons pas dire par là> bien entendu, que nous approuvions les revendications que pourraient cnictlrc quelques Bulgares su CCS territoires maintenant incorpores à la Serbie. Nous pensons au contraire qu'il y a plus d'intérCt pour la Bulgarie è vivre en bonne intolligcûce avec sa voisine qu'à posséder quelques districts d'uno uatioualitc douteuse.

(2) Pseudonyme de M. Chopovt secrétaire général de Tcxarcbat bulgare.

doiiie septeiilrionalc et par des documciils hisloriqucs de toutes les époques, que les pays au sud du Char, notamment les villes d'Uskub, Prilcp,Oklirlda, sont bulgares et ont toujours été considérés comme tels. Nous ne faisons qu'esquisser ici ce sujet important, nous réservant de l'examiner en détail plus tard.

Les Grecs prétendent aussi à la priorité en Macédoine et peuvent baser leurs affirmations sur rinflucncc exercée par eux sur la population entière au moyen de Téglise et de l'école, longtemps exclusivement entre leurs mains. Mais, en réalité., la race grecque, essentiellement maritime et commerçante, n'a occupé dans cette région, comme dans toute la péninsule des Balkans et en Asie Mineure, que les îles, les côtes et quelques villes importantes de l'intérieur. Elle ne s'est répandue sur la totalité d'une région que lorsque celle ci, et c'est le cas pour la Grèce actuelle et pour la péninsule de Chalcidique, était assez étroite et découpée pour se trouver, en fait, entièrement maritime.

En Macédoine donc, la campagne intérieure est exclusivement peuplée de Bulgares; mais ceux-ci, sauf dans la ville de Salonique, où ils sont, du reste, très peu nombreux, n'atteignent jamais le bord de la mer.

La limite méridionale de leur race passe à Vodena, Salonique, Sérès, Drama, puis remonte vers le Rhodope.

A partir de ce moment, on entre dans le territoire turc par excellence, et les trois races se trouvent complètement mélangées. D'après la carte de Kiepert, la ligne au sud de laquelle ne se trouvent plus d'agglomérations bulgares couperait la Maritsa ù Demotika, puis redescendrait le long de la rive gauche de ce fleuve jusque dans le voisinage de la mer, pour remon-

ter ensuite au nord est de Kodoslo, passer par Visa et rejoindre le rivage de la mer Noire vers le golfe de Bourgas. Lejean fait passer cette limite un peu plus au nord ; mais celle de Kiepert doit ôtre plus voisine de la vérité, car un annuaire bulgare pour 1888 (qui considère comme bulgare la moitié du vilayet d'Andrinople) signale l'existence d'écoles bulgares dans les cazas (arrondissements) de Bounar-Hissar, Ouzoun-Keupri et Demotika, situés au sud de la limite de Lejean, et môme h Dédé-Agatch, sur la mer Egée. 11 existe aussi une sorte de colonie bulgare assez importante dans le voisinage immédiat de Constantinople. On compte trente-cinq villages de cette nationalité dans les Kazas de Tchalaldji, Silivri et Tchorlou. Le territoire bulgare embrasserait donc non seulement la principauté actuelle de Bulgarie, y compris la Roumélie orientale, mais encore la partie septentrionale de la Thrace (vilayet d'Andrinople), la plus grande partie de la Macédoine (vilayels de Salonique et de Bitolia ou Monastir) et une petite partie du royaume de Serbie.

Mais la race bulgare n'habite pas seule cette vaste étendue, bien qu'elle forme partout la majorité de la population. On y trouve encore en plus ou moins grand nombre des Turcs, des Grecs^ des Tsintsares ou MacMo-. Roumains, enfin des Juifs et des Tsiganes^ ces derniers ne formant d'ailleurs pas d'agglomérations spéciales, mais se trouvant répandus sur tout le pays*

Lorsque nous étudierons à part chacune des régions politiques du pays bulgare, nous examinerons l'importance des diverses populations dans chacune d'elles. Nous allons seulement ici dire quelques mots de leurs

caractères généraux.

On peut faire remarquer tout d'abord que, dans les pays dépendant ou. ayant dépendu de Tempire ottoman, les races diverses, lorsqu'elles habitent une môme région, ne sont pas mélangées, mais juxtaposées. Dans la plupart des cas on les trouvera réparties dans des villages diftërents; mais lorsqu'elles sont réunies dans la môme localité, ce qui arrive surtout dans les villes ou dans les bourgs importants, elles habitent presque toujours des quartiers distincts.

Jusqu'en 1878, sur le territoire actuel de la principauté de Bulgarie, existait une importante population turque. Toute la zone située à l'est d'une ligne allant de Choumla à Silistric était, sauf sur les rives de la mer Noire, presque exclusivement ottomane. Dans les villes importantes, surtout dans les places fortes du Danube, se trouvaient de nombreux habitants turcs que le gouvernement avait, dès la conquête, pris soin d'y attirer pour en faire les gardiens de celte ligne de défense naturelle de Tempire.

En Thrace ils étaient répandus dans presque tout le pays, sauf dans la région des Balkans.

En Macédoine ils n'ont formé d'agglomérations importantes qu'aux environs des principales villes : Salonique, Monastir, Yeles, Séres, Drama, etc.

Mais depuis que la guerre de 1878 a rendu l'indépendance à la majeure partie des pays bulgares, les . Turcs abandonnent en grand nombre les endroits où ils ont cessé d'être les maîtres et où leur orgueil de race, soutenu par le fanatisme religieux, les empêche de vivre en devenant les égaux des chrétiens. Le môme phénomène s'est produit, du reste, en Grèce et en Serbie, lorsque ces pays ont cessé d'être des provinces turques.

La population musulmane des pays bulgares comprenait, avec les Turcs, trois autres éléments distincts : les TaiareSy les Tcherkesses ou Circassiens et les Pomaks (Bulgares musulmans).

Les Tatares, de môme race que les Turcs, furent d'abord établis au XV^ siècle en Tlirace, où ils fondèrent la ville de Tatar-Bazardjik. Dans la seconde moitié de notre siècle, plusieurs milliers de leurs compatriotes arrivèrent de Grimée et furent répartis sur toute l'étendue de la Bulgarie danubienne.

Malgré leur nom et leur mauvaise réputation, ces Tatares étaient des gens pacifiques, laborieux, intelligents, possédant les qualités des Turcs, sans en avoii* les défauts.

Il en était tout autrement des Gircassiensqui, fuyant la domination russe, avaient quille le Caucase en 1864 et avaient demandé asile aux Turcs, leurs coreligionnaires, quoique de race très diflérente.

Un grand nombre de familles tcherkesses furent cantonnées dans les environs d'Andrinople, de Choumla, de Nich, de Sofia et tout le long du Danube. Le nombre de ces colons fut de 150,000 à 200,000 personnes. Mais ensuite la Porte, qui voulait les faire servir à sa politique, leur imposa, malgré leur résistance, d'autres résidences où les musulmans étaient moins nombreux, comme les rives du Timok, frontière serbe, et les vallées du Balkan. Les Bulgares, qui durent supporter toutes les charges de cette colonisation, eurent grandement à souffrir des méfaits de ces tribus barbares dont le brigandage était la seule occupation.

Les Tcherkesses eux-mêmes s'étaient vus, dès leur arrivée et, par suite de la négligence de Tadministration

turque, eu proie h une affreuse misère qui en lit périr un grand nombre.

Apres la guerre turco-russe, Tatares et Tcherkesses disparurent des pays émancipés.

Il ne faudrait pas confondre les Pomaks avec les Turcs, avec lesquels ils n'ont de commun que la religion. Ce sont des Bulgares dont les ancêtres, lors de la conquête, ont embrassé l'islamisme par crainte ou par intérêt. Us sont, d'ailleurs,* restés bulgares par les mœurs et la langue, et dans leur costume, ils ne se distinguent de leurs compatriotes chrétiens que par le turban.

Il convient de remarquer, et cela à l'honneur du caractère bulgare, que, contrairement i\ ce qui s'est passé en Bosnie et en Albanie, où les habitants qui acceptèrent la foi des vainqueurs reçurent en même temps leur fanatisme, en l'exagérant môme, et devinrent les plus cruels ennemis de leurs compatriotes restés fidèles au christianisme, en Bulgarie, les indigènes devenus musulmans continuèrent souvent à vivre en bonne intelligence avec leurs frères de race et de langue.

Les Pomaks habitent principalement dans la Bulgarie septentrionale, les territoires compris entre l'Isker et rOsem, au pied des contreforts du Balkan. Dans la . Bulgarie du sud, ils se trouvent en assez grand nombre dans le Rhodope, près de la frontière turque, où ils ont opposé pendant plusieurs années une vive résistance aux autorités chrétiennes.

Le nombre total des Bulgares mabométans n'est guère que de 60,000.

Ainsi que nous l'avons dit, la population grecque habile exclusivement les côtes de la région que nous étudions et quelques grandes villes importantes de l'in- .

téricur, nolammcnl Pliilippopoli et Slanimaka. La race hellénique a possédé longtemps dans les pays bulgares, et possède encore en partie, une influence bien supérieure à celle que pourrait lui procurer son importance numérique, car elle ne doit pas compter plus de 480,000 âmes, tant dans la Principauté que dans les provinces bulgares de la Tui^quie. Cette influence intellectuelle et morale date des temps les plus reculés, de Tépoque où les Slaves et les Finno-Bulgîires, arrivant dans la péninsule, y trouvaient la civilisation grecque et s'instruisaient ù l'école des Byzantins. Après la conquête turque, les Grecs de Constantinople surent conserver une situation privilégiée dont ils profitèrent pour se rendre complètement maîtres de TÉglise orthodoxe et, par suite, des écoles, c'est-à-dire de tous les ' moyens d'instruction et d'éducation. Depuis la création d'écoles bulgares et surtout depuis que l'établissement d'un exarchat autonome a rendu l'Église bulgare distincte de l'Église grecque, cotte influence a beaucoup diminué.

Le plus grand nombre des Grecs de Bulgarie se livrent au commerce et à la navigation. Les qualités propres de ce peuple intelligent et entreprenant, son habileté dans les affaires qui ne le cède à aucune des autres races de l'Orient, les relations que lui procurent les Grecs établis en grand nombre dans les villes commerçantes les plus importantes du Lovant cl de l'Europe, lui assurent la prépondérance dans ces professions.

Les Tsintsares ou Hacédo-Roumains, de race latine comme les habitants du royaume de Roumanie, forment de petits groupes de population sur la lisière occidentale de la Macédoine, principalement aux envi-

rons de Monastir, d'Okhrida, de Prilcp, de Séres, etc.

Ceux, d'entre eux qui habitent les montagnes sont généralement pasteurs ; dans les villes, ils exercent avec une aptitude remarquable diverses professions industrielles, spécialement celles qui se rapportent au bâtiment.

En dehors des Tsintsares, la race latine est représentée en Bulgarie par quelques colonies roumaines venues de la Valachie et établies sur la rive droite du Danube. La plus importante, forte de 15 h 20,000 âmes, habite 26 villages des environs de Vidin; les autres se trouvent prôs de Rahovo et de Nikopoli.

Les Israélites sont assez nombreux dans toutes les villes de Bulgarie et de Macédoine. Ainsi, Salonique en compte jusqu'à 70,000, Sofia 4,200, Philipopoli et Roustchouk environ 2,000, etc. Presque tous sont originaires de l'Espagne, d*où leurs ancêtres s'expatrièrent au XVI<^ siècle, et dont ils parlent encore généralement la langue.

Comme dans tous les pays, la plupart de ces Israélites se livrent au commerce ou aux opérations de banque et de change. Quelques-uns, cependant, exercent une industrie. Ils habitent encore dans toutes les villes un quartier spécial, aux rues étroites, aux maisons malsaines, rappelant le Ghetto des cités italiennes du moyen ûge.

Les Tsiganes sont les frères de race de ces vagabonds, connus en France sous le nom inexact de Boiiémiens. Comme eux, ils sont en majorité nomades et exercent les professions de rétameurs, maréchaux ferrants, saltimbanques. On en trouve cependant, en

Bulgarie, de sédentaires; certains villages en comptent jusqu'à 70 familles. Ces derniers sont fréquemment maquignons, métier pour lequel ils ont une aptitude toute spéciale, ou bien forgerons, quelquefois môme cultivateurs.

Les Tsiganes sédentaires ont adopté Tislamisme, mais le pratiquent avec trfts peu de ferveur et d'exactitude ; ils ont presque oublié leur langue maternelle et se servent h la fois du turc et du bulgare.

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