I. — I^angfiie biilg^are. i
La langue bulgare appartient h la famille slave, elle se ressent môme très peu de la diversité des races qui ont donné naissance à la nation bulgare actuelle. Quelques particularités communes au roumain et h l'albanais comme la présence des voyelles sourdes, l'usage de l'article à la fin des noms, l'absence de l'infinitif (1), ont été rapportées h la langue parlée par les habitants primitifs appartenant îi la famille llirace, mais on n'a, par contre, pu découvrir aucun reste authentique de ridiome finnois, parlé par les compagnons d'Asparoukh.
La grammaire bulgare est essentiellement slave et si 1p. vocabulaire est, h la vérité, très impur, cela n'est
(1) L'infinitif cxislc bien en roumain, mais il y csl très rarement employé ; il manque au contraire complètement au grec moderne.
pas dû aux ancêtres des Bulgares, mais h leurs voisins et à leurs maîtres, aux Grecs et aux Turcs. Toutes les langues modernes de la péninsule, le roumain, le serbe, le néo-grec se trouvent du reste dans le môme cas.
L'existence de la langue bulgare comme idiome littcrîiire remonte à la fin du IX^ siècle, comme nous le verrons dans la seconde partie de ce chapitre. C'est le vieiuv bulgare qui est encore actuellement l'idiome liturgique des sla^ves orthodoxes et qui nous présente le plus ancien type connu de la famille slave. Sa place entre les langues slaves correspond ainsi, sous quelques rapports, h celle du latin dans la famille romane.
Le bulgare moderne diflère cependant du vieux bulgare, principalemont par la simplification de certaines formes grammaticales. Tandis que tous les autres idiomes slaves conservaient presque intégralement les flexions des noms et pronoms de Tancienne langue, dont la richesse sous ce rapport était supérieure à celle du latin et ne le cédait que de peu au sanscrit, le bulgare se transformait dans le sens analytique comme les langues néo-latines et germaniques (1). Par contre, les flexions verbales se sont conservées beaucoup plus fidèlement que dans les autres dialectes slaves modernes.
Nous allons jeter un coup d'œil sur les principales particularités de la langue bulgare.
(1) Ce caraclÎTG analyliquc qui fait du bulgare la plus moderne des langues slaves, lui consUtue une réelle supcriorilé sur les autres idiomes de la môme famille. Si rulopiu d'une langue slave générale dcrait jamais se réaliser, c'est certainement le bulgare qui, malgré ses imperfections, serait le plus apte à la conslitucrr
L'alphabet dont on se sert habiluellcment pour récrire est essentiellement le môme que celui de la langue russe. L'ancien alphabet de saint (îyrille, appelé ecclésiastique, dont le précédent est dérivé, n'est plus employé, en Bulgarie comme dans les autres pays orthodoxes, que pour les livres liturgiques et les inscriptions.
La plupart des écrivains contemporains rejettent quelques-unes des lettres russes et en ajoutent au contraire une ou deux autres, conservées de l'ancien alphabet; mais, aucun système fixe d'orthographe n'a encore été adopté; chacun écrit à sa guise, l'un se conformant strictement à la prononciation, l'autre prenant pour base l'étymologie ou môme écrivant absolument au hasard.
La prononciation augmente encore cette confusion car elle varie beaucoup, surtout en ce qui concerne les voyelles, d'une localité à l'autre. La position do l'accent produit dans le langage populaire des modifications de sons d'autant plus incertaines qu'aucune règle ne détermine l'accentuation, qui change suivant les dialectes.
Ces imperfections s'expliquent, du reste, si l'on songe il l'état politique dont la Bulgarie n'est .sortie, et en partie seulement, que tout récemment. iMalgré los efforts faits depuis longtemps par les patriotes en faveur de l'instruction nationale, il ne pouvait exister de centre intellectuel assez important pour imposer et faire reconnaître à tous des règles uniformes de langage. Quoique parlé par un peuple bien plus avancé en civilisation, le roumain présente encore, en certains points, une confusion semblable.
En ce qui concerne les parties du discours, le bul-
gare se distingue de toutes les langues sœurs, par ce fait qu'il possède un article qui se place ît la fin des mots, comme en roumain, en albanais et dans les langues Scandinaves.
La déclinaison, ainsi que nous Tavons dit, s'est considérablement simplifiée. Au lieu des sept cas de l'ancien slavon (nominatif, génitif, datif, accusatif, vocatif, instrumental, locatif), le bulgare n'en a plus que quatre: nominatif, datif, Accusatif, vocatif, encore les formes spéciales du datif et de l'accusatif sont-ellos d'un emploi très rare.
Il est h remarquer que le vocatif, complètement rejeté par les langues occidentales (même par celles qui ont gardé d'autres cas, comme l'allemand et le néerlandais), s'est trouvé, au contraire fidèlement conservé par les langues du sud-est, le roumain, le bulgare, le grec moderne, bien que ces langues fussent de familles différentes.
L'adjectif qualificatif possède, comme en russe et dans l'ancienne langue slavonne les deux formes, définie et indéfinie, mais restreintes au masculin singulier.
La conjugaison est, au contraire, beaucoup plus complète en bulgare qu'en russe. Elle a conservé l'imparfait et le passé défini de l'ancien slavon et possède un modo conditionnel qui lui est particulier. Mais une singularité que le bulgare partage seulement parmi les langues indo-européennes avec le grec moderne et l'albanais est l'absence complète de l'infinitif. Dans toutes les phrases où une autre langue emploierait ce mode, il est remplacé par une proposition incidente précédée d'une conjonction. La môme tournure est, du reste, presque constamment prise en serbe et en roumain, langues qui possèdent cependant un infinitif. C'est une des particu-
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larités que l'on atlribuc à rinfluenco dft la race indigène primitive.
Nous avons déjà dit que le vocabulaire bulgare est très impur. Il contient surtout un nombre considérable de mots turcs. Tous les termes relatifs h Tadministration, à la justice, aux impôts, la plupart des noms de métiers et môme ceux d'un grand nombre d'objets d'usage domestique sont turcs. Le langage populaire contient aussi beaucoup de locutions, d'adverbes, d'interjections, provenant de la langue des anciens maîtres de la Bulgarie.
La langue grecque a contribué également, pour une certaine part, à la constitution du vocabulaire usuel bulgare. Les mots se rapportant à la religion ou î\ l'enseignement lui appartiennent en grande partie.
Enfin il est presque inutile de faire remarquer que, parlée par un peuple qui n'a que depuis peu d'années accès h la civilisation occidentale, la langue bulgare a dû, pour se mettre au niveau des autres idiomes cultivés, adopter pour toutes les idées nouvelles, dans l'ordre moral, comme dans Tordre scientifique ou industriel, les termes en usage dans les langues occidentales, notamment un grand nombre de mots français et russes.
Mais si, dans son ensemble, le vocabulaire bulgare est fortement altéré par les éléments étrangers qu'il contient, h ne considérer que le fond purement slave, le bulgare est de tous les idiomes modernes de celte famille celui qui a le moins modifié la forme des mots de l'ancienne langue.
Il n'a, sous ce rapport, de rival que le russe, qui lui est même inférieur. Les vocabulaires de ces deux lan-
gucs sont, du reste, exlrômement ressemblants, surtout au point de vue de la langue écrite, la prononciation étant bien plus sujette aux variations.
Le Bulgare a conservé Tusage, dans 1 intérieur des mots, des lettres appelées grand ière et petit ière (ou dans les grammaires russes, signe fort et signe doux)^ auxquelles il donne un son semblable à celui de Ye sourd du français dans me, te. Ces lettres sont remplacées en russe par 0 et E. La lettre ioiis qui, en paléoslave, était une nasale, et qui, dans les autres langues slaves, est habituellement remplacée par ou (i), est resiée en bulgare, mais a pris également le son de Ve sourd, sauf dans certaines terminaisons verbales, où elle se prononce a. Quelques dialectes macédoniens ont conservé Tancienne nasale. Les autres sons de la langue bulgare sont communs h toutes les langues slaves.
Comme tous les idiomes longtemps privés de vie littéraire, le bulgare se trouve fractionné en un nombre infini de dialectes possédant les mômes caractères généraux, mais diflérant par la prononciation de certaines lettres, la position de Taccent tonique et surtout Tusage d'un plus ou moins grand nombre de mots étrangers.
Les dialectes de la Bulgarie danubienne et ceux de la Roumélie présentent peu de divergences. Ce sont eux qui ont donné naissance h la langue littéraire. On trouve des différences plus considérables dans ceux du bassin de Sofia (dialecte des Schopes) et de la Macédoine. Ces derniers offrent quelques particularités qui les rapprochent du serbe, par exemple la vocalisa-
(1) Sauf en polonais où celle lollre a gardé sa prononrialion nasale (on). Elle est représcnlée par un a uvoc une cédille.
lion fréquente de la consonne / (p. ex. : Bougarin, bulgare, au lieu de lUgarin); mais ils n'en appartiennent pas moins à la langue bulgare dont ils possèdent les caractères dislinctifs, tels que Tusage de l'article et l'absence des désinences casuelles.