II. -^ I^a milice l>ulgare pendant la guerre
tiireo-russe (1).
Dès les premiers moments qui suivirent la déclaration de guerre de la Russie h la Turquie, deux bataillons de volontaires bulgares avaient été organisés par les soins de raulorité militaire russe a Kichenev^ en Bessarabie. Ils se composaient, pour une assez grande partie, d'hommes ayant fait la guerre en Serbie.
Le 7 mai, ces deux bataillons partirent pour le camp de PloiesH (Roumanie), avec le général Stoliêtov, qui avait été chargé de leur organisation.
Le bon résultat de ce premier essai, le nombre croissant des volontaires, encouragèrent à donner à cette formation un plus grand développement. Une décision impériale, portée à la connaissance des troupes par
(1) Les détails donnés dans co récit sont principalement tirés de Pouvrage du colonel de Préradovilch : Iz vospominaniï o roniko-ioureltkoï voïné, et d'une étude publiée dans le Voïennyt Sbornik (année 1889), sous ce titre : Perekhod Icherez Balkany olriada generaïa Skobeleva.
un ordre du jour du commandant en chef, date du 17/29 avril, prescrivit la formation de la milice (opoltchénié) bulgare en G bataillons (droujini) (i) k 5 compagnies, ayant la môme organisation que les bataillons indépendants de rarmoe russe.
L'cfïeclif d'un bataillon (droujina) était de 1000 hommes, plus 17 officiers et 50 non combattants.
Ces bataillons étaient groupés en 3 brigades de 2 bataillons, h chacune desquelles devaient être attachés 2 escadrons (sotniï) de cavalerie, mais ces derniers ne paraissent pas avoir été organisés complètement; en tout cas, dans le récit des opérations auxquelles a pris part la milice bulgare, il est tout au plus question de quelques cavaliers.
Les cadres supérieurs et une partie des sous-officiers furent pris dans rarmée russe.
Les miliciens furent armés de chassepots et portèrent Tuniforme russe en gardant comme signe distinctif le bonnet national en peau de mouton.
Le 18 mai 1877, la milice bulgare reçut au camp de Ploiesti, des mains du grand-duc Nicolas, son premier drapeau, envoyé par la ville de Samara. Ce drapeau, formé de trois bandes horizontales aux couleurs slaves, blanc, rouge et bleu, fut confié au 3* bataillon. •
D'autres drapeaux furent encore donnés plus. tard par des communautés bulgares de Roumanie et de Russie ou môine par des particuliers.
(1) Kii Uussic, le mol droujina s'emploie pour désigner les balaillgns indépendants dans certains corps spéciaux; en Bulgarie, aclueUement, il signifie purement et simplement bataillon.
Combats autour de Stara-Zagora.
La milice bulgare entra, dès les premiers jours de juillet, sur le territoire ottoman, par le pont de Ziranicea, et fut affectée au détachement qui devait, sous les ordres du général Gourko, 0])ércr une pointe audacieuse au delà des Balkans.. On sait que cette expédition débuta par des succès rapides remportés la plupart du temps par des groupes de cavalerie, et grâce auxquels les Russes s'avancèrent presque sans coup férir, jusqu'à Kazanlyk et Stara-Zagora.
Jusqu'aux derniers jours de juillet (nouveau style), les bataillons bulgares n'eurent pas à prendre une part active aux opérations. Le 8 juillet, ils étaient entrés dans la cité historique de l'ancienne Bulgarie, Tirnovo, occupée la veille par la cavalerie russe, cf, une semaine plus tard, ils franchissaient les Balkans par la passe de Haïn-Kieui. Ils furent ensuite dirigés sur Chipka, mais ne paraissent pas avoir pris part à l'attaque de la passe par le sud, attaque qui eut lieu le 6/18 juillet. Après l'occupation du col, la milice marcha sur Kazanlyk, sauf le 4° bataillon qui resta devant Ghipka, et le 6^ qui occupa le col par lequel passe la roule de Travna.
Le 11/23 juillet les l^»-, 2^ 3^ et 5« bataillons partirent pour Stara-Zagora (Eski-Zagra) qui venait d'ôlre occupée sans combat.
L'arrivée en Roumélie du corps de Suleiman-Pacha mit fin à cette période brillante, mais relativement facile de la campagne. Les troupes russes se trouvaient désormais en présence d'un adversaire digne d'elles, et, par leur courage et leur lénacilé devant un ennemi bien supérieur en nombre, elles devaient acquérir autant de gloire dans leur retraite que pendant leur
victorieuse niarclic en avant. De leur c6té, les bataillons bulgares allaient enfin avoir Toccasion d'en venir aux mains avec les Turcs et de montrer qu'ils n'étaient en rien inférieurs aux vaillantes troupes à côté desquelles ils étaient appelés à combattre pour la délivrance de leur pays.
Le 17/29 juillet, le général Gourko voulant entraver les mouvements de Suleinian-Pacha, dont les troupes venaient d'ôtre amenées par chemin de fer jusqu'à Tirnovo-Seïmen, décida d'occuper Nova-Zagora (Yeni- Zagra) et disposa ses troupes en trois colonnes qui, partant de points différents, devaient se réunir en vue de cette ville. La colonne de droite, placée sous les ordres des ducs Nicolas et Eugène de Leuchlenberg, se composait des quatre bataillons bulgares présents h Stara-Zagora (1", 2^, 3^ et 5«), de trois régiments de cavalerie et de deux batteries.
Les quatre bataillons, qui constituaient toute l'infanterie de cette colonne, représentaient un effectif total de 3,200 hommes.
La colonne qui nous intéresse partit le 17 et s'avança sur la route de S.lara-Zagora h Nova-Zagora.
Les i^^ et 2« bataillons se trouvaient à l'avant-garde. A la hauteur du village de Djouranly, vers le premier quart du chemin, ils rencontrent de la cavalerie et aperçoivent près du village des masses d'infanterie. On s'arrête, et les bataillons se déploient à droite et à gauche de la roule, avec une batterie entre les deux. Mais, pour ce jour-là, le combat se réduisit à une lutte d'artillerie et à une fusillade assez vive à l'aile gauche; en présence de la supériorité numérique de l'ennemi, le commandant de la colonne se décida à battre en-retraite vers Stara-Zagora cl à prendre position sur des
hauteurs en avant de la ville. Cette décision fut modifiée le lendemain, et Ton se remit en marche pour s'avancer jusqu'à Dlboka, village situé h peu près à michemin de Stara et de Nova-Zagora. On n'obtint pas plus de résultat que la veille et Ton revint prendre position auprès de Stara-Zagora. Les 2« et S« bataillons bulgares furent chargés de la défense de la ville, sous le commandement du colonel de Préradovitch, h ce moment attaché h Tétat-majo'r de la milice et plus lard commandant de la l'« brigade. Il n'avait h sa disposition, en dehors de ces deux bataillons, que le régiment de dragons de Kazan, qui devait combattre h pied, et 4 pièces, dont 2 de montagne. Lcsl^^'' et 3® bataillons occupaient, avec le reste de la cavalerie et de rartilleric, les positions avancées.
Le 19/31 juillet, le colonel de Préradovitch, se trouvant au konak (hôtel de ville), aperçut les Turcs arrivant en masse par la route d'Andrinoplc, juste au sud de Stara- Zagora.
Les troupes chargées de la défense étaient disposées en avant de la lisière méridionale de la ville. A Tintérieur, les habitants, en armes, gardaient rentrée des rues barricadées. Une partie d'entre eux avaient déjà reçu un commencement d'organisation militaire et avaient assuré le service d'ordre dans la ville avec une seule compagnie du 2° bataillon bulgare, pendant la marche sur Nova-Zagora.
L'attaque commença vers dix heures du matin contre la droite de la position où se trouvait la 'S^ compagnie du 2« bataillon; Tennemi cherchait h la tourner pour couper la route de Kazanlik, par laquelle devait s'opérer la retraite sur Chipka.
Malgré l'énorme supériorité numérique des assail-
lants, los défenseurs résistèrent vigoureusement pendant quatre heures; ce n'est qu'accablés par le nombre, sur le point de voir couper leur ligne de retraite, qu'ils abandonnèrent leurs positions et se dirigèrent vers la route de Kazanlik.
Pendant que ces événements se passaient au sud de Stara-Zagora, les positions de la route de Nova-Zagora étaient également attaquées. Dès le commencement de l'action, l'effort principal des Turcs s'était porté sur le centre et la gauche de la ligne de défense, occupés par le 1" et le 3® bataillons bulgares, le premier se trouvant le plus à gauche. Au plus fort de la lutte, le 3« bataillon tenta une vigoureuse contre-attaque, non moins vivement appuyée par le 1^^ bataillon; au chant de l'air national « Choumi Maritsa okrvavena(l)», les Bulgares se précipitent avec tant d'impétuosité sur l'ennemi que celui-ci, étonné, recule ; mais sa supériorité numérique (il disposait, paraît-il, en ce point, de forces presque quadruples) lui permet de reprendre bientôt l'avantage ; dans la mêlée, le drapeau du 3* bataillon est sur le point d'être enlevé, plusieurs de ceux qui le portent sont mis hors de combat, mais il passe de main en main et finit par être sauvé, grâce au courage de lion des officiers et des soldats.
D'après l'opinion des officiers de l'état-major général russe, les forces turques qui attaquèrent Stara-Zagora et qui représentaient la portion principale de l'armée de Suleiman, comprenaient 18 bataillons d'infanterie, tandis que les défenseurs ne possédaient, sur leurs deux positions, que 4 bataillons d'infanterie et 3 régiments
(1) « Gronde, Marilsa cnsungloiitéc. n
de cavalerie combattant en partie h pied. Il n'est donc pas exagéré de dire que la proportion de l'assaillant au défenseur était, pour Tensenible des positions, de 3 contre 1. Dans ces conditions, le résultat ne pouvait être douteux. Les positions de Test durent en définitive être abandonnées comme celles du sud, et leurs défenseurs reprirent la route de Kazanlik.
Les bataillons bulgares ont eu, comme nous venons de le voir, la plus grande part dans celte défense glorieuse, quoique sans résultat; ils payèrent chèrement cet honneur, car 700 de leurs soldats, plus du cinquième de l'effectif total, ainsi que 22 officiers furent mis hors de combat.
Au moment de la première grande halte faite pendant la retraite, le duc Nicolas de Leuchtenbei'g vint personnellement féliciter les miliciens bulgares du courage dont ils avaient fait preuve pendant cette journée : « Vous vous êtes conduits, leur dit-il, comme de vieux soldats russes ».
Défense du col de Chipka.
De Kazanlik, les troupes venant de Stara-Zagara furent dirigées sur Chipka, où se trouvait déjà le 4° bataillon de la milice; cinq de ces bataillons étaient donc au mois d'août réunis sur cette position.
Le 8/20 août, dans l'après-midi, l'armée turque arrivée en vue des positions russes, se déployait et ouvrait le feu.
Nous n'entreprendrons pas de raconter en détail celle mémorable défense grdce îi laquelle, après six jours de combats incessants, la possession de la passe put ôtre assurée définitivement; nous nous bornerons à faire ressortir la part des bataillons bulgares qui, tout au
moins pendant les premières journées, conslituèrent ime fraction notable de l'eflcctif des défenseurs, et qui partagèrent vaillamment les dangers et les souffrances des troupes russes.
Une! partie de la position avait été spécialement confiée h la milice bulgare; c'étaient les tranchées de gauche, faisant face aux monts Berdek ; ces tranchées, établies sur deux lignes, étaient occupées par les 2®, 3^^ et 5» bataillons, sous le commandement du colonel Viazemskî, Tun des chefs de brigade de la milice; un autre chef de brigade, le colonel Tolstoï, commandait le centre de la position dont le mont Saint-Nicolas formait la clef; la droite était sous les ordres du colonel de Preradovitch qui céda un peu plus tard ce poste au colonel Lipinski, commandant le régiment de Briansk. La direction supérieure de la défense était confiée au commandant de la milice, le général Sloliôtov qui, en outre de ses propres bataillons, disposait, au commencement de raction,du régiment d'Orel, renforcé dans la journée du 23 par celui de Briansk.
Nous venons de dire que les 2», 3° et 5« bataillons bulgares occupaient les tranchées qui formaient la gauche de la position ; le 4« bataillon qui se trouvait h mi-côte en avant du col, fut dans la nuit du 20 au 21 obligé de se retirer, et prit place ù la batterie dite bat- Icrie d'acier (stalnaia batarcïa) située immédiatement au N.-E, du mont Saint-Nicolas, mais de l'autre côté de la roule de Gabrovo. Enfin le l^r bataillon d'abord laissé en réserve fut, le 21 au matin, envoyé au mont Saint- Nicolas, occupé par le 3^^ bataillon du régiment d'Orel.
Le 21, des attaques répétées furent dirigées pendant toute la journée contre le mont Saint-Nicolas; mais, malgré l'énergie des assaillants, ces tentatives exécutées
sans préparation et sans coopération de l'artillerie échouèrent complètement, tout en occasionnant aux Turcs une perte de près de 2,500 hommes. Le lendemain, les Turcs prirent position sur les hauteurs qui entouraient et dominaient,, à droite et à gauche, les points occupés par les Russes, y établirent des batteries et prirent leurs dispositions pour une attaque générale qui devait avoir lieu le 23. Ce jour-là, l'attaque, préparée par le feu de l'artillerie, commença dès les premières heures du jour, et fut d'abord dirigée principalement contre le Saint -Nicolas et les ouvrages avoisinants : 30 bataillons y prirent part; les défenseurs du Saint-Nicolas avaient, avant une heure après-midi, repoussé sept attaques. Les Turcs pénolrèrent un moment jusque dans les tranchées avoisinant la « batterie d'acier », mais en furent immédiatement chassés.
Vers deux heures, l'énergie des allaques dirigées contre le centre ayant beaucoup faibli, une partie des défenseurs put en être distraite, et deux compagnies du régiment de Briansk furent envoyées comme renfort aux tranchées de gauche, et une compagnie du 4^ bataillon bulgare à la batterie « ronde » située h droite de la route de Gabrovo au nord du Saint-Nicolas.
Les tranchées de gauche étaient pendant ce temps dans une situation des plus difficiles; non seulement elles avaient îi résister aux attaques directes de l'ennemi, cherchant à tourner la position de manière h couper la route de Gabrovo, mais elles étaient d'une façon constante exposées au feu des Turcs qui occupaient en face, des hauteurs dominantes sur lesquelles ils étaient abrités par des bois, tandis que le terrain où se trouvaient les tranchées défendues par les Bulgares, était complètement découvert. Une cause particulière de souf-
franco pour les défenseurs, était que la seule fontaine où ils pussent prendre de Teau, se trouvait absolument exposée aulir derennemi, de sorte qu'il fallait endurer la soif sous les rayons du soleil d'août. Mais les Bulgares supportaient tout courageusement, et, au dire du colonel de Prcradovilch qui prit le commandement de cette partie de la position après que le colonel Viazemski eut été mis hors de coml3at, les blessures même ne leur arracliaient pas de plainte.
Tandis que le centre et la gauche de la position restaient intacts, la droite formée de 4 batteries échelonnées vers le nord le long de la route de Gabrovo, et d'une position avancée sur une hauteur appelée par les Russes, mont de Yolynie, la droite, disons-nous, courait les plus grands dangers. Les Turcs, qui vers le milieu du jour, avaient reçu d'importants renforts, avaient pu gagner du terrain ; le mont de Yolynie dut être abandonné; les défenseurs subissant des pertes énormes, des renforts furent envoyés vers quatre heures du mont Saint-Nicolas, entre aulres deux compagnies du l^^^' bataillon bulgare, sous les ordres du commandant du bataillon le colonel Kesiakov; le feu était tellement violent que, dans le trajet qu'elles eurent à faire pour rejoindre leur nouveau poste, ces compagnies perdirent la moitié de leur elTeclif. La situation devenait de plus en plus critique, lorsque vers six heures du soir arrive* rent les premiers renforts venant de Gabrovo, 200 hommes du 10® bataillon de chasseurs, montés sur des chevaux de cosaques, et suivis une heure après, du reste du bataillon. Grûce à ce secours opportun, les défenseurs purent arrêter la marche en avant des Turcs, qui cessèrent bientôt le combat et se contentèrent de s'établir sur le mont de Yolynie.
Lô 24, les attaques se renoiivelcrènt sans résultat contre le centre et la gauche; h droite au contraire, d'après les ordres du général Radetski, commandant le VIII® corps, qui venait d'arriver et de prendre le commandement de la position, les Russes passèrent h roITcnsive et réussirent h chasser les Turcs du mont de Volynie.
La situation des bataillons bulgares installés dans les tranchées de gauche était de plus en plus pénible. Le 24 au matin, il ne leur restait plus que B cartouches par fusil ; beaucoup de fusils môme étaient hors de service; une compagnie du ^^ bataillon n'en avait plus que 7 en bon état. Près des trois quarts de rcfleclif de la milice était hors de combat. Le 2S août, après 8 jours passés dans les tranchées, sans abri, sous un feu incessant, sans repos, sans eau, les 3 bataillons furent relevés par le régiment de Podolie, récemment arrivé sur la position, et furent dirigés sur Gabrovo ainsi que le 1er bataillon; le 4** seul resta au mont Saint-Nicolas, jusqu'au 5 septembre.
Sur la position, on continua h se battre encore pendant deuK jours; mais h partir du 27, les Turcs, épuisés et manquant de munitions, renoncèrent h renouveler des attaques qui, dirigées maintenant contre des troupes fraîches, n'avaient plus aucune chance de réussir. Les deux adversaires restaient, en somme, en possession de leurs positions antérieures. Une dernière tentative, une attaque de nuit, exécutée le 17 septembre fut sur lo point de réussir ; les Turcs étaient arrivés jusjjuc sur le plateau du Saint-Nicolas ; mais après une lutte corps h corps, les Russes, supérieurs en nombre, finirent par reprendre Pavantagc et repoussèrent les assaillants. Les bataillons bulgares, qui avaient quitté le col de
Chipka le 25 août, vinrent prendre position à Touest de la roule de Gabrovo, presque à égale distance de cette ville et du col ; ils occupaient les villages de Baïevtsi, Stomanitsa et Zelcno-Drvo, oii ils rencontrèrent un des bataillons d'une nouvelle levée, le 10®.
Le 28 août, la milice bulgare reçut au bivouac la visite du chef d'étal-niajor de l'armée d'opérations, le général Nepokoïtchilski, qui lui apportait les félicitalions de Tcmpereur et du commandant en chef. Ses paroles, qui dans leur simplicité, constituaient le plus bel éloge que Ton pût adresser aux miliciens, étant donné qu'elles venaient dos chefs d'une armée telle que Tarmée russe, mérilent d*ctre reproduites ici : « S. M. l'Empereur et S. A. le Commandant en chef, m'ont chargé de remercier la Milice, pour sa vaillante conduite dans le combat; S, A» le Commandant en chef est extrêmement content de voiis (olchen i otchen vami dovolen) ».
Jusqu'au mois de décembre la milice n'eut plus l'occasion de se rencontrer avec l'ennemi, si ce n'est le lef août, lorsqu'une troupe de Tcherkosses, envoyée en reconnaissance, attaqua le village de Zeleno-Drvo, incident sans importance d'ailleurs.
Pendant que les six bataillons créés au commencement de la campagne combattaient dans les Balkans, de nouvelles unités s'organisaient à Svichtov, sous la direction du colonel Korsakov. Ces derniers bataillons étaient également au nombre de 6 et prirent les numéros de 7 à 12 ; nous venons de voir que le 10* se trouvait déjà à Zeleno-Drvo, dans les derniers jours d'août ; le 9« bataillon vint aussi un peu plus tard dans la passe de Chipka. Au commencement d'octobre les 7® et 8®
bataillons se trouvaient h Tirnovo. Quant aux 2 derniers, ils ne paraissent pas avoir quitté Svichtov.
Le 3/15 octobre, un ordre du Commandant en chef prescrivit le rattachement, deux par deux, des nouveaux bataillons aux trois brigades existantes qui devaient dès lors comprendre chacune 4 bataillons. En fait ce rattachement, sauf en ce qui concerne la 2^ brigade composée des 3«, 4®, 9® et 10^ bataillons, fut purement nominal, car les 7®, 8®, \l^ et 12^ bataillons ne prirent part à aucune opération.
Bataille de Gheinovo.
Nous n'avons plus d'autres faits de guerre à mentionner à l'actif de la milice bulgare jusqu'à la fin de Tannée 1877. On sait que dans les derniers jours de décembre (vieux style) de cette année, le corps du général Radetzki fut chargé d'enlever les positions occupées par les Turcs autour de Chipka, de façon à donner à l'armée russe la possibilité d'utiliser ce point de passage des Balkans. Une part des plus honorables revient aux troupes bulgares dans cette expédition, l'un des derniers faits d'armes importants de la campagne.
Tandis que le commandant du corps d'armée devait marcher droit devant lui pour attaquer de front les positions ennemies, deux colonnes commandées Tune par le général Skobelev, l'autre par le prince Svialopolk- Minkiy devaient opérer un double mouvement tournant, la première par la droite de l'attaque, en passant par ImetU ciCheïnovo, la seconde sur la gauche, par Trama et Seltsi,
La plus grande partie des bataillons bulgares fut attachée à la colonne du général Skobelev, d'abord les
6 premiers et un peu plus tard, lô lO*» qui avait dû primitivement rester îi garder la position de Zeleno-Drvo* La colonne de gauche, au contraire» ne reçut qu'Un seul bataillon bulgare, le d^.
Les bataillons de la milice, rudement éprouvés à Stara-Zagora et à Chipka, ne possédaient plus à la fin de décembre qu'un effectif moyen de 380 hommes; le 8*», par exemple, n'avait plus que 8 officiers et 360 soldats; le 6», 9 officiers et 370 soldats. Cependant, mal* gré leurs effectifs réduits, ces bataillons, au dire de l'écrivain russe auquel nous empruntons une partie des détails qui vont suivre j constituaient encore une force sérieuse et digne de confiance.
Les troupes placées sous les ordres du général Skobelev, comprenaient, outre les bataillons bulgares, une division d'infanterie entière, renforcée de quelques unités. Leur mouvement devait commencer le 24 décem* bre (5 janvier;. Avant le départ, le général Skobelev adressa îi son détachement un ordre du jour^ dans lequel il rappelait la conduite des soldats bulgares, qui, « depuis les premiers jours de la formation de la milice, « s'étaient montrés dignes de la sympathie du Tsar et « du peuple russe, et qui, dans les combats des mois « de juin et d'aoCit, avaient mérité la confiance et l'affec- « tion de leurs frères d'armes, les soldats russes ».
L'avaht-garde, à la suite de laquelle marchait la l^e brigade bulgare (!«»• et 2® bataillons), sous les ordres du colonel de Preradovitch, partit le jour indiqué à C heures du soir, par un froid de — 10». En se frayant un chemin dans la neige, profonde parfois de 1™,80 à 2 mètres, elle arriva au voisinage de la croie, et constata que les sommets des Markovi Stolbi et du Karadja, n'élaient pas occupés par l'ennemi.
Ld gros du détachement, commande par le général Stolétov, se mit en marche le 26, en suivant les chemins préparés par Tavant-garde, et se dirigea sur ImetlL Les régiments russes de Ka/.an et d*Ouglils, appartenant h Pavant-garde, s'étaient, après un combat assez vif, emparés, le même jour, de ce village.
La l^e brigade avait été chargée avec iln bataillon de chasseurs d'occuper les hauteurs du Karadja et les Markovî Stolbi et de constituer une « avant-garde de flanc », destinée à garantir la colonne principale d*unc attaque des Turcs qui occupaient, îi peu de distance a l'Est, la Montagne Chauve (Lysaïa Gora). Le 27 aU matin, le 1^*' bataillon quitta la position du Raradja oïl il fut remplacé par le iO^ Venant do Zeleno-Drvo, et rejoignît le gros de la colonne à Imetli.
Ces 3 bataillons ne prirent pas part a la bataille du lendemain, mais ils avaient eu à coopérer h la tâche pénible du transport de l'artillerie îi travers la montagne. On se figure ce que dut être une semblable opération dans des chemins escarpés, h peine dégagés de l'épaisse couche de neige qui les avait recouverts. Il fallait huit chevaux pour traîner un caisson vide; les chargea étaient portées par les hommes. Les pièces durent souvent être hissées au moyen de cordes enroulées aux troncs d'arbres et tirées par une cinquantaine d'hommes. Les soldats des deux bataillons bulgares transpor-^ tèrent seuls C pièces de campagne jusque sUr Icë Markovi Stolbi, où elles furent mises en batterie contre la montagne Chauve.
Les 2^ et 10^ bataillons furent ensuite rcnvovés suc* cessivement dans la vallée et y ramenèrent l'artillerie de campagne; le 2^ bataillon arriva fi Imetli le 29 au
matin avec 2 pièces, et le 10« bataillon le 31 (12 janvier) avec les 4 autres.
Le gros de la colonne du général Skobelcv, continuant sa route malgré les difficultés qui ralentissaient sa marche, était arrivé le 27 décembre (8 janvier) en vue du camp retranché établi par les Turcs auprès du village de GheïuOYO, au sud>ouest de Chipka.
Bien que cette dernière localité fût l'objectif désigné au général Skobclev, par le commandant du corps d'armée, la nécessité de se garantir contre une attaque de flanc que les troupes ennemies auraient pu diriger de Cheïnovo sur la droite de? Ausses, obligea ceux-ci Il attaquer d'abord celte postion.
L'attaque eut lieu le 28 décembre (9 janvier).
Les troupes étaient isposées en deux lignes, plus une réserve générale, dont le tableau suivant montre la composition.