I. — I^^armée de la Principauté
DE i878 A 1889.
Le traité de San-Stefano ayant posé le principe de la création d'une Bulgarie autonome, Tadministration russe des pays occupés prit aussitôt à tâche d'organiser la nouvelle Principauté et notamment de lui constituer une armée nationale. Le prince Dondoukov- Korsakov . commissaire russe en Bulgarie , donna tous ses soins à l'accomplissement de celte œuvre.
Les corps de volontaires constitués pendant la guerre formèrent naturellement l'embryon de la jeune armée, que vinrent bientôt compléter des levées régulières. Un règlement militaire provisoire édicté par l'administration russe dès le printemps de 1878, prescrivit que les Bulgares chrétiens seraient soumis au service militaire de 20 à 30 ans et passeraient deux ans dans Tarmée permanente. Les mahométans étaient provisoirement dispensés; ceux qui présentaient des garanties suffisantes
de fidélité au nouvel ordre de choses pouvaient cependant être admis comme volontaires.
Le premier appel des recrues bulgares de 20, 21 et 22 ans, eut lieu au mois de mai et, par suite de Torganisation encore 1res incomplète des services chargés du recrutement, ne fournit que 9,000 hommes. Aussi une seconde levée fut-elle opérée en juillet et août de la même année et donna 20,000 hommes. Le plus grand nombre des habitants, particulièrement dans les campagnes, acceptèrent avec enthousiasme cette obligation dans laquelle ils voyaient le signe de leur élévation h l'état d'hommes libres, et la garantie de Tindépendance de leur patrie.
Ces incorporations permirent d'augmenter notablement le nombre des unités des troupes bulgares qui, en même temps, perdaient leur caractère de corps de volontaires.
Les 12 bataillons d'infanterie existant h l'issue de la campagne, furent h la fin de 1878, portés h 30, le nombre des compagnies de chacun d'eux étant d'ailleurs réduit de 8 à 4.
Le nombre des escadrons (sotnii) resta fixé h six, mais des unités d'artillerie et du génie furent créées de toutes pièces; savoir : huit batteries, dont une îi cheval et une de montagne, une compagnie d'artillerie de siège et deux compagnies de sapeurs.
L'armée russe d'occupation avait fourni des officiers et des instructeurs aux troupes bulgares; celles-ci étaient d'ailleurs régies par les règlements russes et mêmes commandées en langue russe. Mais en même temps on s'occupait de préparer des cadres nationaux; plusieurs jeunes Bulgares furent envoyés à l'École des younkers (élèves officiers) d'Odessa; dans le
pays môme une École militaire préparatoire fut ouverte au printemps de 1878, ii Philippopoli, et au mois de décembre de la morne année, on inaugurait solennellemont l^École militaire de Sofia, dont la première promotion était forte de 300 élcvcSi
Cependant le traité de Berlin dont les organisateurs de l*arméc bulgare ne s'étaient pas beaucoup préoccupés jusqu'alors, fut mis h exécution. La séparation politique de la lloumélie d'avec la Bulgarie du Nord entraîna un fractionnement des forces militaires déjà organisées» Neuf bataillons d'infanterie, deux escadrons et une demi-batterie suivirent les destinées de la Roumélie orientale et servirent ti la constitution des cadres de la milice de cette province.
Nous examinerons plus tard Torganisation assez curieuse de celte milice qui n'eut qu'une existence éphémère.
Dans la principauté de Bulgarie les obligations militaires dos habitants furctit déterminées par une loi de 1880, qui posait le principe du service obligatoire pour tous les citoyens sans distinction de culte, avec exclusior. du remplacement et de l'exonération à prix d'argent. La durée de 10 ans pour le service dans l'armée active était maintenue, mais le temps h passer s0U9 les drapeaux, qu'un règlement provisoire do décembre 1879 avait fixé h 4 ans, fut définitivement arrêté h 2 ans pour les hommes incorporés dans Tinfanterle et h, 3 ans pour ceux qui devaient servi? dans la cavalerie> les armes spéciales, la flottille c'a en qualités d'aidesmédecins ou vétérinaires. Le? hommes de ces dernières catégories no demeuraient par compensation, que 5 ans dans la réserve.
Les citoyens bulgares ayant achevé leur temps de service dans l'armée active, étaient versés pour 10 années dans la 77iilice (opoltchenid).
Le service dans Tarmée active n'était en réalité pas universel; un nombre limité de conscrits désignés par le tirage au sort était incorporé chaque année, le reste des hommes de la môme classe se trouvant dispensés de toute obligation militaire active et astreints seulement au service dans la milice jusqu'h 40 ans. Des considérations politiques conduisirent en outre h une grave dérogation aux prescriptions mêmes de la loi ! l'autorisation accordée aux musulmans de se racheter du service militaire moyennant un versement dcSOO francs.
L'armée de la Principauté de Bulgarie comprenait en 1879, les unités suivantes :
21 bataillons d'infanterie h 4 compagnies de 150 hommes; 4 escadrons de cavalerie de 154 hommes: 6 batteries de campagne (à 8 pièces) de 293 hommes; 1 batterie à cheval de 155 hommes ; 1 batterie de montagne do 2C8 hommes ;
1 compagnie d'artillerie de siège de 320 hommes;
2 compagnies de sapeurs de 255 hommes.
La Principauté était au point de vue militaire partagée en 3 divisions (voienni otdeli) : de Sofia, de ÏOnest (ch.-l. Vidin), et de VEst (ch.-l. Ilouslchouk), dont les commandants avaient autorité sur toutes les troupes d'infanterie et de cavalerie slalionnécs sur leur territoire.
Plusieurs modifications furent, dos 1880, apportées i^i la composition de l'armée. Les six batteries de cani-
pagne furent réunies en un régiment d*arlillerie, tandis que la batterie h cheval et la batterie de montagne transformées en batteries de campagne formaient une division qui, peu de temps apr(»s, fut augmentée d'une 3« batterie.
Les quatre escadrons furent aussi réunis en un régiment de cavalerie et Tannée suivante on créa un escadron spécial comme escorte (konvoï) du Prince.
Enfin le nombre des bataillons d'infanterie fut porté h U.
Ces bataillons portaient outre leurs numéros les noms des localités suivantes dans la région desquelles ils étaient recrutés :
MUUA-
no8.
KOHS.
nos.
nous.
Sofia (bataillon du Prince) .
Kustendil.
Lovdtch.
Sevlievo.
Radotnir.
Sistovo.
Samokov.
Tctovcn.
Plovna, puis Pravady.
Tirnovo.
Plovna.
Gabrovo.
I^om-Pnlanka.
Choumla.
Vratsa.
Varna.
Bcrkoviisa.
îl«
Ëlena.
Vidin.
Okhranio.
Razgrad.
Roustchouk.
Rahovo.
Silistrie.
En 1883 les divisions militaires furent supprimées et les bataillons répartis en 4 brigades ayant leurs étatsmajors î\ Sofia, Plevna (transféré plus tard à Vidin), Jloustchouk et Choumla,
L'année suivante une modification plus importante fut introduite par la création de régiments.
Ces régiments qui reçurent également des noms de localités furent formés chacun de 3 bataillons, de la façon suivante :
l«r régiment de Sofia (régiment du Prince) : 1^"*, 5^ cl 6« bataillons; 2« régiment de la Slrouma : 2^, 4^ et 3^ bataillons; 3« régiment de Vidin : T^, 9' et 15* bataillons; 4® régiment de Plevna : 10°, 13° et 14^ bataillons; 5« régiment du Danube : 19% 23<^ et 24® bataillons; 6® régiment de Tirnovo : 17®, 18% 21 « bataillons ; 7® régiment de Prôslav : 8«, 11°, 22® bataillons; 8® régiment du Littoral : 12% 16% 20° bataillons.
Ils étaient répartis deux à deux dans les brigades selon Tordre de leurs numéros, 1°'* et 2° régiments ît la l"*» brigade, 3° et 4° h la 2° brigade, clc.
En 1883, rartillerie de campagne avait été augmentée de nouvelles batteries et répartie en 2 régiments à 6 batteries. Dans la cavalerie un second régiment do 4 escadrons avait été constitué. Les deux régiments formèrent une brigade de cavalerie.
Les compagnies de sapeurs avaient été portées a 4, et formaient un bataillon de pionniers auquel fut adjoint en 1884 une compagnie de télégraphistes.
Telle était la composition de Tarmée bulgare lorsque la réunion de la Roumélie orientale vint provoquer l'agression de la Serbie.
Un ordre rigoureusement chronologique nous obligerait à placer ici le récit de celte guerre dans laquelle les jeunes troupes bulgares reçurent si vaillamment le baptême du feu, mais il nous paraît plus logique de terminer immédiatement Texposé des développements
successifs qui ont amené l'organisation militaire bulgare à son état actuel.
Nous ne nous arrêterons pas non plus aux circonstances de la mobilisation de 1885, ce sujet rentrant naturellement dans Télude de la campagne.
Apres la guerre, l'incorporation administrative complète de la lloumélie orientale à la Bulgarie et Tapplication h Tancienne province autonome des lois militaires de la Principauté, permirent d'augmenter de moitié les forces militaires bulgares. Des décrets de la fin de 1888 i)rescri virent la formation de quatre nouveaux régiments d'infanterie à 4 bataillons, constituant deux brigades, d'un 3° régiment de cavalerie et d'un 3^ régiment d'artillerie. Les cadres permanents de la milice rouméliote, son escadron de cavalerie et sa demibatterie entrèrent dans la composition de ses corps; la compagnie du génie rouméliote devint la 6® compagnie du bataillon de pionniers.
Deux batteries créées pendant la guerre furent aussi comprises dans le 3* régiment d'artillerie.
Les nouveaux régiments d'infanterie reçurent les dénominations suivantes :
gc brigade : 9° régiment de Philippopoli; 10^ régiment du^Rhodope ;
G^ brigade : 11® régiment de Sliven; IS^ régiment des Balkans.
Le guet-apcns du 9/21 août 1886, auquel prirent part, comme on sait, les élèves de l'École militaire, ainsi que le 2<^ régiment d'infanterie (de la Strouma) et le 1®^ d'artillerie amena, après le rétablissement de l'ordre, le licenciement de ces corps, qui furent aussitôt après reconstitués avec des éléments différents;
mais les régimenls reformés, au lieu de reprendre les numéros des anciens, furent places à la suite de la série existante; ily eut donc un 13« régiment d'infanterie (du Rilo), et un 4° régiment d'artillerie, le numéro 2 restant vacant dans la prcmicrc do ces armes, et le numéro 1 dans la seconde.
Au commencement de 1887, les 8 anciens régiments d'infanterie furent portés à 4 bataillons, une compagnie de discipline fut créée, et le bataillon de pionniers, augmenté d'une 70 compagnie, fut transformé en régiment. En 1888 ce dernier corps reçut une 8^^ compagnie; h la môme époque les régiments de cavalerie furent portés à 5 escadrons, et ceux d'artillerie s'augmentèrent d'une 7® batterie et d'une section de montagne.
Enfin, en 1889, aux mois de janvier et de mars s'elVccluôrent des transformations beaucoup plus importantes, bien qu'elles n'eussent pour résultats que do faibles augmentations d'efl'ectifs. Les 12 régiments d'infanterie à 4 bataillons furent dédoublés et constituèrent 24 régiments à 2 bataillons; les régimenls d'artillerie, égale* ment dédoublés, formèrent G régiments à 4 batteries de campagne et une section de montagne, ce qui rendit nécessaire la création de 3 batteries et de 3 sections de montagne; enfin dans la cavalerie les régiments existants furent ramenés à 4 escadrons, et un 4^ régiment fut créé au moyen des anciens ly^^ escadrons et d'un escadron nouveau. Depuis cette épo([ue nous n'avons à enregistrer que le dédoublement de la batterie d'artillerie de siège en 1890, et la création de 3 compagnies de pionniers en 1891.
Il convient aussi de signaler la mise en vigueur au commencement de Tannée dernière d'une nouvelle loi de recrutement promulguée le 15/27 décembre 1889.
Celle loi a pour cflct de prolonger jusqu'à 45 ans la durée tolale des obligations militaires, de constituer une armée de réserve (rezervna annia) intermédiaire enlre l'armée active et la milice, et enfin, ce qui nous semble la disposition la plus importante, d'astreindre tous les hommes valides îiun certain temps de présence sous les drapeaux.