III. -- Slivnitsa
LesBulgaresoccupaicnt en force Slivnitsa, où depuis plusieurs semaines ils préparaient une position de dé-
fcnsc. Trois kilomètres environ avant d'arriver au village de Slivnitsa, la roule de Pirot à Sofia coupe une ligne de hauteurs dont la direction lui est sensiblement perpendiculaire, cl qui se termine au sud près A'Aldoinirovtsij h la rivière de Slivnitsa. La route passe dans la partie la plus basse de celte chaîne qui a ses points culminants au sud-ouest, immédiatement à gauche de la roule, et au nord-est h rexlrémilé de la ligne au mont Leschta. En avant s'étend, principalement au nord de la roule, une plaine marécageuse allant jusqu'à Dragoman, mais coupée en son milieu par les hauteurs des Meka Tsroia et des Tri-Ouchi.
La position organisée par les Bulgares sur ces hauteurs occupait un front d'environ 5 kilomètres coupé à peu près en son milieu par la route ; la partie la plus fortement organisée était au sud ; elle se composait de trois lignes de tranchées interrompues, disposées en échiquier, le profil des tranchées se renforçant de la i/c h la 3« ligne ; 3 ballerics de 8 pièces étaient réparties sur ce front dont l'aile gauche était appuyée par une lunette; une redoute pentagonale placée sur un point culminant, en arrière et vers le milieu de la ligne, servait de réduit. La droite delà position, au nord de la route était beaucoup moins forte ; les tranchées plus espacées étaient placées sur une seule ligne en forme de rentrant; elles étaient également renforcées par 3 batteries.
Le 16 au soir, celle position était occupée par 11 bataillons d'infanterie, 3 escadrons^ 4 batteries de campagne et 2 do montagne, sous le commandement du major Goulchev; le lendemain des troupes arrivant de Trn et de Vraptcha élevèrent cetefleclif à 17 bataillons et 4 escadrons.
Le prince Alexandre s'était rendu h Slivnilsa dans la journée du 16.
Du côté des Serbes, il avait été décidé qu'aucune opération ne serait tentée le 17, en dehors des reconnaissances; cette décision avait été motivée principalement par cette circonstance que la division de la Schoumadia, par suite des fatigues subies les jours précédents, n'était pas en état d'arriver h temps pour prendre part h une bataille dont les divisions du Danube et de la Drina eussent dû supporter tout le poids.
L'armée bulgare s'attendait h être attaquée, mais ii 10 heures du matin comme rien ne s'était encore produit, et que le brouillard qui enveloppait la position ne permettait pas de se rendre compte des mouvements de l'ennemi, une reconnaissance ofiensive fut prescrite contre l'aile gauche des Serbes et exécutée par deux bataillons, commandés par le capitaine jB^wrferct;. L'effort principal fut dirigée contre les Tri-Ouchi dont le plus oriental des trois sommets fut enlevé par les assaillants; mais le régiment qui occupait ces positions ayant reçu un renfort de 2 bataillons, put arrêter la marche en avant des Bulgares et finalement les repousser sur les Meka-Tsrcva; h l'extrême droite de leur ligne, les Bulgares, suffisamment renforcés, réussirent à menacer assez sérieusement la brigade de cavalerie et le bataillon de la garde pour que ces troupes dussent battre en retraite dans la direction de Dragoman. Le combat commencé à l'aile droite bulgare avait fini par s'étendre à toute la ligne; la division de la Drina entra en action vers midi et s'avança jusqu'à une faible distance des retranchements constituant la gauche de la position bulgare; mais la supériorité du feu des défen-
seurs obligea les Serbes, après 4 heures de combat et répuisement de leurs munitions, à abandonner l'attaque et à se retirer h 800 ou 1000 mètres des tranchées bulgares. A 7 heures, le feu avait cessé sur toute la ligne.
A la fin de cette journée, qui avait mis aux prises 12 bataillons et 5 batteries bulgares avec 18 bataillons, 0 escadrons et 9 batteries serbes, les positions des adversaires restaient sensiblement les mômes que le matin ; cependant les Serbes s'étaient un peu rapprochés des positions ennemies, sauf h leur gauche où la brigade do cavalerie avait dû abandonner Golômo-Malkovo et Malo-Malkovo.
Le lendemain la division de la Drina qui s'élait retranchée sur sa position, aidée de quelques troupes d'infanterie et de 2 batteries de la division de la Choumndia, récemment arrivées, ouvrit le feu dès le matin contre Taile gauche bulgare, puis l'attaqua et réussit à repousser ses avant-postes; mais quand les assaillants arrivèrent h proximité des tranchées, ils furent accueillis par un feu violent qui leur infligea des pertes sérieuses et les obligea h rentrer dans leurs positions. Un peu après midi, une autre attaque fut tentée sans plus de succès contre le centre de la position bulgare.
Au nord de la route de Sofia, les Serbes avaient occupé la hauteur des Meka-Tsrcva, abandonnée pendant ' / la nuit par les Bulgares, et commençaient à s'y retrancher. Vers 4 heures du soir, le capitaine Benderev reçut l'ordre de la reprendre, ce qui fut fait après un combat de 1 heure 1/2 auquel prirent part 5 bataillons. L'aile gauche des Serbes ne pouvait tenter aucune action offensive, affaiblie qu'elle était par le détachement de
3 bataillons et de la brigade de cavaicrie, par suite de " fausses nouvelles relatant des mouvements de troupes bulgares, au nord, dans la direction de Tsaribrod. Les Bulgares avaient au contraire reçu encore un régiment ainsi qu*un bataillon rouméliote, qui furent en partie transportés de Sofia à Slivnitsa, h cheval et en voiture. Le lendemain, arrivèrent encore i régiment venant de Sofia et 3 escadrons précédemment dclacliés du côté de Breznik. Le 19, les Bulgares purent disposer de 30 bataillons, 10 escadrons et 7 batteries, présentant un total de 32,000 combattants et de 52 canons.
La 3° journée s'ouvrit par une attaque des Bulgares dirigée contre Taile gauche des Serbes; un combat des plus vifs se livra sur la position des Tri-Ouchi, dont les trois sommets furent successivement enlevés par les Bulgares; le plus occidental ne fut occupé par eux qu'assez tard dans l'après-midi. En môme temps Textrôme droite de Taltaque repoussant les troupes serbes établies sur les pentes méridionales des monts Tchépan, s'avançait jusqu'à moitié chemin entre Malo-Malkovo etDragoman. Vers le soir, la division du Danube battit en retraite sur Dragoman.
Au centre et à gauche les Bulgares s'étaient trouvés aux prises avec la division de la Drina, renforcée de 2 régiments et de Tartilleric de la division de laSchour madia (un des régiments d'infanterie de cette division avait été adjoint à celle du Danube); mais tandis que la colonne du centre réussissait après une résistance sérieuse des Serbes, h s'avancer au sud de la route jusqu'au bois voisin de Balin, au sud-ouest des Tri-Ouchi, l'aile gauche était repoussée dans ses retranchements, dont quelques-uns auraient môme été occupés par les
Serbes; mais ce dernier détail est contesté par les Bulgares.
La division de la Morava n'avait pas pu prendre part aux actions principales de cette journée. Nous l'avons laissée le 16 à Trn, d'où deux de ses régiments (le troisième se trouvait toujours entre Vlasina et Trn, retardé par le mauvais état des chemins) s'étaient dirigés sur Bréznik. Cette ville fut occupée le 17 au soir, mais le lendemain, comme la division se mettait en marche vers Slivnitsa, après avoir laissé une garnison dans Brêznik, elle fut attaquée par deux bataillons bulgares commandés par le capitaine Popov; bien que cette tentative n'ait abouti qu'à une défaite, elle n'eut pas moins pour résultat de retarder la jonction de la division de la Morava avec le reste de l'armée serbe. Cependant le bruit de ce combat parvenu h Sofia, accompagné de commentaires du caractère le plus pessimiste, avait fait croire à une marche immédiate des Serbes sur la capitale et causé une véritable panique que la présence du prince, arrivé de Slivnitsa, et les nouvelles rassurantes venant de ce côté purent calmer assez promptement; aussi le prince retourna-t-il presque aussitôt sur les positions où il arriva au milieu de la bataille décisive du 19. La division de la Morava ne se remit en marche que le 19 au matin ; laissant 2 bataillons à Brêznik, elle n'en possédait plus que 4, avec 3 batteries et 1 escadron. Arrivée près de Gorgoidiata, h moitié chemin de Slivnitsa, elle rencontra de nouveau le capitaine Popov, il la tcte de 3 bataillons, et d'une batterie de montagne; le combat se prolongea jusque dans l'après-midi sans résultat sensible; mais vers 3 heures les Bulgares, ayant reçu d'importants renforts, firent reculer l'aile droite des Serbes.
A la fia de la joiirncc, les Jîulgares occupèrent une ligne partant des monts Tchôpan, entre Dragoman et Malo-Malkovo, coupant la grande route à Touest des Tri-Ouchi, k 4 kilomètres de Dragoman et se dirigeant ensuite sur Aldomirovtsi et Gorgouliata. Les positions serbes, partant de Dragoman, formaient une ligne ti peu près parallèle à la précédente et s'élendaut jusqu'à lUkita.
Le gain de ces trois journées de combat appartenait donc aux Bulgares; la victoire revenait sous leurs drapeaux et s'y fixait h partir de ce moment.
L'armée serbe commença le 20 la retraite sur toute sa ligne. Les divisions devaient se rckmir derrière ïsaribrod pour se remettre en ordre, reconstituer leurs approvisionnements en vivres et en munitions, celles-ci en particulier ayant été épuisées par les combats des jours précédents, enfin recevoir des renforts fournis par le 2« ban dont les 7 derniers régiments venaient d'être mobilisés.
L'armée bulgare avait aussi besoin de se réapprovisionner et surtout de se réorganiser, car, pendant ces derniers jours, les renforts, arrivant successivement, avaient été répartis suivant les besoins du moment, sans aucun souci de formation tactique; elle ne put donc pas poursuivre sérieusement l'armée en retraite. Le 22 novembre seulement, Tavant-garde, commandée parle lieutenant-colonel ronmélïoia Nikola'iev, rejoignit les Serbes à l'entrée du défilé de Dragoman. Un combat très vif, qui dura jusqu'à la nuit, se développa principalement contre la division de la Drina, sur les hauteurs situées entre Dragoïla et ïchoroul, qui furent enlevées d'assaut par les Bulgares. Au nord de la route, oii se trouvaient
deux régiments de la division de la Schoumadia, l'issue de la lutte fut décidée par l'arrivée d'une petite colonne commandée par le capitaine Benderev, qui, venant du nord-est, prit les Serbes d'enfilade.
Le 23, l'armée serbe tout entière, placée en ce moment soiis le commandement du colonel Topalovitch, était concentrée le long de la frontière, derrière Tsaribrod. Dans l'après-midi de cette môme journée, la colonne principale bulgare se présentait devant Tsaribrod et, après un combat de plus de huit heures, occupait cette ville et les positions voisines; seule la hauteur appelée Nischnra-Gora était restée occupée par un régiment serbe; ce point, dont la possession par l'ennemi était dangereuse pour les troupes de Tsaribrod, fut attaqué avant le lever du soleil et emporté après deux assauts.