X AVANT-PROPOS
En introduisant une grande puissance dans la Péninsule, le congrès de Berlin a ouvert la porte à toutes les convoitises. Si- TAutriche est à Saraievo et à Mostar, pourquoi la Russie ne serait-elle point à So.fîa et à Philippopoli, l'Italie à Janina, l'Angleterre à Constantinople ? La solution du problème oriental a été faussée et 'dénaturée par l'intrusion d'un élément étranger. La Serbie, étouffée au nord et l'ouest par un redoutable voisin, cherche en vain à se dégager de son étreinte. Exclue des pays serbes où l'appelait sa destinée historique, elle essaie aujourd'hui de se rejeter sur les pays bulgares où le droit de la force est le sçul qu'elle puisse invoquer. Cette politique insensée et désespérée est la conséquence néfaste du traité de Berlin. « Des actes contre nature engendrent des désordres contre nature
Unnatural deeds
Do breed unnatural troubles ^ d
* Shakespeare, Macbeth.
Tf ^.
XU AVANT-PROPOS
exerce des droits souverains, et a même établi dans ces deux provinces, le recrutement militaire, mesure qui n'est guère conciliable avec le caractère d'une occupation essentiellement temporaire, comme celle par exemple que la France a exercée autrefois en Syrie.
Comme tous les traités qui ne répondent pas à la réalité des choses et aux aspirations des peuples (Villafranca, en 1859, Prague, en 1866), le traité de Berlin s'est trouvé caduc au lendemain même du jour où il était signé.
L'Europe n'est intervenue ni quand l'Autriche a fait acte de souveraineté sur la Bosnie et sur l'Herzégovine, ni quand la Bulgarie et la Turquie se sont refusées à remplir les obligations qui leur avaient été solennellement imposées. Si elle s'émeut aujourd'hui de l'union accomplie par les deux Bulgaries du nord et du midi, ce
XIV ÀVAOT-PROPOS
voyageurs qui ont eu l'occasion de L siter : « Les Bulgares, écrivait Blan^ il y a quarante ans, sont générale) doux, paisibles, patients, Ijiborieu:
hospitaliers. Ils ont des mœurs plus que les Grecs ; ils sont plus sobres, francs, plus sûrs en toutes choses.
Grecs aiment le bruit, la guerre, le m^ vement et les intrigues ; les Bulgares Si modestes, prudents, économes et seni Les Bulgares sont les Allemands de L Turquie ; les Grecs en so^it les Italiens.
« Les Bulgares, disait Lamartine, vers Ir même époque, sont complètement mûr:
pour l'indépendance et formeront avec le^ Serbes leurs voisins la base des états futurs de la Turquie d'Europe^. » — « Dans la manière dont il a entrepris l'œuvre de son émancipation, le peuple bulgare a fait preuve d'un mérite bien rare chez les chrétiens d'Orient, écrivait naguère M. Al-
* Voyage en Bulgarie, 1843.
* Voyage en Orient,