CHAPITRE YIII
Purification du sanctuaire. — Les honneurs du saint sacrement de l'autel. — La « réforme » dans les couvents. — La Compagnie et le clergé séculier. — Mission intérieure. — Encore Vincent de Paul.
Il était difficile à des hommes décidés à sanctifier le monde de jie. pas rêver la purification du sanctuaire luimème. Mais convenait-il à une association, qui comptait parmi ses membres autant de laïques que de prêtres, d'entreprendre une œuvre qui semblait réservée au sacerdoce? La question ne parait pas avoir arrêté beaucoup la Compagnie. Résolument, elle se mit, dès ses débuts, à s'ingérer dans tout, pourvu que la gloire de Dieu y fût intéressée. Rien ne lui échappait de ce qui se passait dans les églises comme des événements delà rue, de ce qui était affaire de règlements ecclésiastiques comme de ce qui relevait des ordonnances civiles. Quand un évêque était dans ses principes, elle se donnait à lui pour une collaboratrice humble et dévouée. Quand un autre était peu digne de recevoir la confidence de ses grands desseins, elle s'arrangeait pour le conduire par des moyens cachés, et le bien qui se faisait ainsi justifiait une pieuse usurpation.
Les documents sont unanimes sur l'état lamentable de tous les diocèses catholiques au commencement du xvn« siècle*. Si l'on y réfléchissait, la transformation
* Voir par exemple, la Vie d'Alain de Solminihac, par Chastenet, p. 263-268, la Vie de M. Olier, par l'abbé Faillon, t, II,
morale de ces mêmes diocèses en moins d'un demi-siècle surprendrait comme un miracle invraisemblable. Sans doute elle s'explique, en partie, par la concurrence bienfaisante du protestantisme. Mais, avec l'action de la Compagnie du Saint-Sacrement, qui s'exerce à la fois sur tous les points du royaume, la rapidité du phénomène devient intelligible. Il ne faut pas attribuer à une seule société tous les résultats obtenus. Ce serait une injustice pour d'autres hommes et pour d'autres œuvres dont le travail n'a pas été médiocre. C'est elle pourtant qui, dans une obscurité voulue, a préparé un moment presque unique dans l'histoire du catholicisme français.
L'action de la Compagnie ressemble parfois beaucoup plus aux bons offices d'une servante fidèle qu'à des empiétements indiscrets d'une autorité occulte. Elle consiste alors, par exemple, à maintenir dans leur intégrité les privilèges des lieux saints. En 1034, le jour de TAscension, le prévôtde la ville d'Angers poursuit un prisonnier jusqu'au pied du grand autel et l'y arrête. Le chancelier et le procureur général sont avertis de cet acte téméraire et priés d'agir contrôle coupable ^ D'autres fois la Compagnie est très préoccupée de réparer par des humiliations collectives tous les îittentats commis contre le saint sacrement. Si des criminels se sont introduits dans une église, si le tabernacle a été violé et les hosties profanées, les confrères ne se contentent pas de subvenir aux perles niiitériclles; ils assistent en corps à des messes, ils communient, ils associent à leur manifestation toutes les succursales des provinces. Avec un même zèle infatigable, la Compagnie secourt toutes les églises pauvres ou dévastées, répare les clochers qui menacent ruine, remplace
pages 1-8. l'Histoire de Bordeaux, par C. Jullian. p. 432-435, etc. etc.
' A II finies, p. 23 fj (n.-P. 53).
DANS l'Église 127
les vitraux l)riscs, distribue de beaux ciboires, munit (1 ornements pour le saint sacritice les desservants qui manquent de tout^ Enfin elle aide toutes les maisons religieuses que la misère poursuit et pourrait tuer. Dans la seule année 1652, elle sauve cinq couvents de Carmélites en Lorraine, elle maintient à Paris celui de VAve Maria, elle empêche les filles de la Madeleine, réduites à l'extrême nécessité, de se disperser comme elles l'avaient résolu, elle fournit un abri aux Bernardines, et à combien d'autres^?... Elle est cependant autre chose qu'une société d'assistance pour chapelles profanées ou misérables, pour prêtres indigents et pour religieux ou religieuses dans la détresse.
Quand elle commença son œuvre, les églises, à Paris comme ailleurs, présentaient un spectacle étrange. Le <candale commençait à la porte même. A celle de Saint- Sulpice, « on vendait impunément, dit le P. Giry, des caractères de magie et d'autres inventions superstitieuses « t diaboliques ». En 1642, on y étalait encore des livres de sortilèges; et un témoin affirme même, avec plus de précision, que ce trafic avait lieu à une des portes voisines de la chapelle de la sainte Vierge. En théorie, ce commerce était proscrit par les lois; en fait, il était libre, et beaucoup de curés, par faiblesse ou dépravation, le toléraient sous leurs yeux^. La Compagnie fit prévenir la communauté des libraires qu'elle eût à enlever sans retard tous
' Annales, p. 16 b, 37, 58, 59 (B.-F. 36, 73, 407, 409). En 1648, un sacrilège fut commis à Saint-Sulpice. Une brochure, dont un exemplaire est aux Archives nationales (AD, III, 2, 249), raconte le crime et les cérémonies expiatoires : le violement du sanctuaire ou le sacrilcr/c commis sur le Saint-Sacrement de l'autel à Saint-Sulpice avec lu réparation d'honneur gui lui a été faite : et tout ce qui s'est passé en la procession générale, faite le Gaoût 1618. (A Paris, chez Guillaume Sassier, ÎM.DG.XXXX VIII). Cette brochure se termine par ces mots soulignés : Loué soit le Très Saint-Sacrement de l'autel ! N'est-ce pas une signature '?
- A7inales, p. 70, 70 b, 71 b, 72 (B.-F. 427, 429, 130).
^ Voir les sources citées par Faillon, Vie de M. Olier, t. Il, p. 5et6. « Si quelquefois, pour sauver les apparences, dit cet historien, les magistrats se voyaient comme obligés de commencer quelque procédure, ils renonçaient i\ la poursuivre, par la crainte d'en-
les livres infâmes qu'on affichait aux portes et contre les murailles des églises; et cet ordre fut exécuté^.
A l'intérieur même des édifices sacrés, les scandales étaient quotidiens. « Les églises les plus affligées de ces désordres, dit d'Argenson, étaient celles des Minimes de la place Royale, des Capucins du Marais, du Petit Saint- Antoine, de la Merci et des Billettes. C'était presque en tous ces lieux-là une galanterie ouverte et un caquet perpétuel pendant les messes qui se disaient depuis dix heures jusqu'après midi ». On chargea deux particuliers d'avertir les supérieurs de ces monastères et de les inviter à remédier à ce mal. Les sollicitations, assure-t-on, produisirent de bons elTets. Les prédicateurs de ces quartiers-là prêchèrent ouvertement contre ce libertinage; les Minimes et les Capucins mirent quelque ordre dans leurs églises, ce dont la Compagnie, par quelques-uns de leurs amis, « leur fit faire des remerciements et des conjouissances 2 (1634) ».
A Notre-Dame, les désordres allaient aussi loin que possible. La cathédrale était, couramment, un lieu de rendez-vous, le marché couvert de la prostitution plus ou moins élégante. La Compagnie résolut de supprimer ces « crimes ». Elle nomma cinq ecclésiastiques qui en conférèrent ensemble, et son supérieur fut chargé d'ex-
courir le ressentiment de leurs parents, de leurs amis ou des personnes qui s'y seraient trouvées compromises. Ainsi, peu après que M. Olier eut pris possession de la cure de Saint-Sulpice, le bailli du faubourg, étant un jour à la recherche de trois gentilshommes, accusés de magie, et ayant pris, par erreur, une maison pour une autre, il y trouva un autel ilétiié au démon, avec ces mots : grâces à toi, Lucifer ! grâces à toi, Béelzébut ! grâces à toi,AzaréeL ! il y avait, sur lautel, des chandelles noires ; et, sur les gradins, quelques ornements analogues a ce culte infernal, avec un livre rempli de prières et d'invocations diaboliques. Le bailli se saisit du livre, mais n'osa donner suite à cette affaire à cause du grand nombre de personnes qui s'y seraient trouvées inculpées. » Cf. Journau.i- de Deslions, p. 606,
* Annales, p. 25 b (B.-F. Îi3).
* Annales, p. 24 (B.-F., 51). — Pourtant le 1" mai 1656, le comité central des sociétés paroissiales de charité s'occupera encore de cette (|ueslion. V. plus haut, p. 1U6.
poser au Doyen du chapitre, les mesures qui paraissaient indispensables. L'archevêque de Paris fît un mandement général sur ce sujet. Plus tard, la Compagnie de Bordeaux obtint du Parlement de Guyenne, contre ces abominations, un arrêt rigoureux ^ On en réclama un pareil du Parlement de Paris; mais on obtint mieux : une ordonnance royale, qui fut datée du 13 mai 1650 et qui s'appliquait à la France entière. Le roi y requérait tous les juges de toutes les juridictions de poursuivre tous ceux qui profanaient les édifices consacrés, notamment ceux qui s'y assemblaient « pour caqueter, rire et folâtrer aux pieds des autels jusqu'à donner distraction aux prêtres qui offrent le saint sacrifice ^ ».
Ces distractions malséantes, offertes aux prêtres, préoccupèrent toujours la Compagnie. Elle jugea qu'il y avait lieu de les empêcher et provoqua des délibérations du chapitre de Notre-Dame pour interdire aux femmes de s'approcher trop des autels. Par là, elle intervenait dans l'administration intérieure des églises. L'horreur du mal la porta vite à faire plus. « La mode vint, en ce tempslà, parmi les femmes, dit d'Argenson, de porter la gorge découverte jusqu'à l'excès. C'est ce qui contribua beaucoup aux désordres et aux scandales qui arrivaient dans les églises. Ainsi toute la Compagnie excita les particuliers d'avertir les confesseurs de leur connaissance de travailler à corriger cet abus et par leurs remontrances et par le refus d'absolution à celles qui ne voudraient pas être dociles, surtout si elles étaient si imprudentes que de s'approcher en cet état de la sainte Table. Et afin que les confesseurs fussent plus exacts sur ce sujet, M. le grand-vicaire fut prié de leur faire un mandement; ce qui fut exécuté, et Ton apporta quelque modération à
' Cet arrêt fut rendu le 20 juillet lG4o, sur les conclusions du substitut du Sault dont on retrouvera le nom pkis loin. Il condamnait les délinquants à 4 000 livres d'amende « sans espérance de rabat » et les témoins qui négligeraient de déposer à oOO livres d'amende. (Filleau, Décisions catholiques, p. 173.)
- Delamarre, Traité de la Police, t. I. p. 324.
cette licence effrénée qui manquait de respect à Dieu c aux hommes ^ ». En s'efforçant de diriger les confesseurs et de leur rappeler leurs obligations, la Compagnie s'ingérait dans l'œuvre spirituelle elle-même. Ce n'était d'ailleurs qu'un début.
La Compagnie n'entendait pas préparer des règlements pour les seuls fidèles. Elle estimait que les prêtres n'en avaient guère moins besoin. Elle leur en fit imposer qui renouvelèrent bientôt jusqu'à des cérémonies essentielles.
Conformément à l'esprit et à la lettre de ses statuts, elle poursuivait surtout l'honneur dû au saint sacrement de l'autel. Il était médiocre dans la plupart des sanctuaires. Grands seigneurs et riches bourgeois, par exemple, avaient coutume de faire garder leurs chaises avant le sermon ; et les laquais, chargés de cet office, se permettaient toutes sortes de licences. Mais plus coupables qu'eux étaient les prêtres qui laissaient « la divine Majesté » exposée à ces outrages. La Compagnie agit auprès des curés des grandes paroisses et des supérieurs de monastères. Elle leur fit accepter une réforme dont ils auraient pu avoir l'idée les premiers. Désormais le saint sacrement fut voilé durant ces moments de désordre et durant le sermon lui-même ^.
Les confrères s'engageaient à accompagner pieusement le saint sacrement quand ils le rencontraient dans la rue. Cette habitude leur donna l'occasion de constater avec quelle indécence trop de prêtres le portaient. On trouva qu'il était absolument nécessaire de les obliger à user toujours d'un dais et à lui procurer une suite plus convenable. Au mois de janvier 1639, « M. le Supérieur et M. Amelotte, ecclésiastique, furent députés vers MM. les
' A7imles, p. 24-23 (B.-F. 51-53).
* Annales, p. :]f) 6 (B.-F. 72).
curés de la ville pour les prier de mettre quelque ordre à CCS indécences et de leur en faciliter les moyens ». L'affaire était de si grosse importance que tous les confrères furent conviés d'y penser et de mettre par écrit les vues qu'ils pourraient avoir. Les choses n'étaient pas aussi simples qu'il semble, car on dut en discuter pendant des années. Enfin, le 14juillet 1642,les confrères furent en possession d'un texte satisfaisant. Ils le devaient à la Compagnie de Poitiers et il était signé par l'évêque même de cette ville, Henri de la Uoche-Pozai^.
Une lampe brûlera perpétuellement devant le saint sacrement. Un poêle ou dais sera toujours prêt à l'abriter quand il sortira. On ne le portera chez des malades qu'après avoir fait sonner douze coups de cloche pour avertir les paroissiens de l'accompagner dans la rue : « Et lorsque les fidèles entendront sonner les douze coups, ou qu'ils le rencontreront par les rues, ou le verront passer devant leurs maisons ou boutiques, après s'être prosternés à genoux, et rendu l'acte d'adoration, qu'ils aient à l'accompagner es maisons desdits malades, pour lesquels ils offriront leurs prières, et de là le reconduiront auxdites églises. Pour à quoi les exciter davantage et obliger un chacun tant desdites paroisses qu'autres qui rencontreront le Très Saint-Sacrement de l'autel de l'accompagner, nous avons de notre puissance et autorité épiscopale accordé et accordons à chaque fois qu'ils l'accompagneront quarante jours d'indulgence ^ ».
Cette ordonnance servit de modèle dans la plupart des diocèses, et les évêques, les uns après les autres, en reproduisirent l'essentiel. Ils réalisaient ainsi des vœux qui auraient été tout naturels dans des synodes ou autres assemblées ecclésiastiques, mais qui leur venaient tout simplement d'un comité de dévots, installé à leur côté et à leur insu.
* Annales, p. 30 (B.-F., 71, 72), L'ordonnance de l'évêque était de janvier. V. le Journal de Denesde, bourgeois de Poitiers, p. 104- 105 [Archives historiques du Poitou, t. XV).
- Fillcau. Décisions catholiques, p. 120.
132 LA CAIJ.VLE DES DEVOTS
L'honneur à rendre dans les rues au saint sacrement devait amener ce comité à régler un peu mieux, pardessus la tète des personnages responsables ou en leur dictant les mesures nécessaires, l'ordre souvent défectueux des processions. Les curés ordonnaient bien que, pour ces cérémonies, les murs des maisons fussent ornés et « tendus ». Mais pourvu que l'on fit étalage de luxe, ils tenaient cet empressement pour marque de piété et étaient, pour le reste, peu regardants ; et il arrivait que les tapisseries et les tableaux entre lesquels cheminait le saint cortège présentaient un spectacle peu édifiant. Ils choquaient assez souvent la plus vulgaire décence; et, sous prétexte d'honorer « le bon Dieu » qui allait passer, ils excitaient dans la foule pensées profanes et rires grivois. Les curés auraient pu s'en émouvoir. Quand ils le firent, c'est que la Compagnie, sans se découvrir, avait protesté contre ces scandales. En 1658, elle avait provoqué des démarches pressantes. Mais, en 1660, le désordre fut tel qu'elle dut rendre ses plaintes assez vives pour être entendue de qui pouvait procurer le remède. Les prônes retentirent cette fois d'avertissements sérieux, « Ces soins, dit d'Argenson, ont eu de bons effets, et on prend bien garde aujourd'hui à ne pas souffrir ce qu'on tolérait autrefois pour les tentures^ ».
Dans tous ces cas, la Compagnie s'était contentée de suggérer aux supérieurs spirituels une observation plus attentive de leurs devoirs. Elle poussait parfois l'ingérence un peu plus loin.
Elle n'était pas seule à constater combien il importerait « d'inspirer aux maisons de religieuses de reprendre un peu la première ferveur de leurs fondatrices ». On savait que celles-ci « regardaient bien plus la piété et la solide vocation des filles qu'elles recevaient dans leurs
« Annalcf!, p. 400 h. 117 h (B.-F. 177. 202).
monastères que les grandes dots qu'elles pouvaient y apporter, et le contraire n'était que trop visible dans la plupart des couvents ». Le comité d'action catholique chercha le moyen de réformer ces abus en rappelant le soixante-quatrième canon du concile de Latran : « Ce canon défend de demander aux postulantes bien appelées à la religion aucunes rentes ni deniers, quand le nombre des filles porté par la fondation n'est pas rempli, et, s'il l'est, de n'exiger d'elles que la pension nécessaire pour leur vie et pour leurs vêtements, qui doit s'éteindre à mesure que les nouvelles reçues entreront dans l'ancien nombre. » La Compagnie se rendait bien comple que cette réforme, allant contre tant d'intérêts, serait malaisée et qu'il fallait y faire concourir les puissances temporelles et spirituelles. C'est pourquoi elle supplia la cour d'obliger les abbesses, qu'on nommerait, « à promettre qu'en cas de places vacantes dans leurs maisons, elles recevraient sans dot les filles d'excellente vocation ». Cette démarche fut décidée le 17 février 1634; elle fut renouvelée, le 12 juin 1643, auprès de la reine régente par l'intermédiaires des évêques de Lisieux et de Beauvais ^.
En les'f, la Compagnie fut avertie « qu'il y avait un grand nombre d'apostats à Orange qui désiraient ardemment se convertir ». Ils s'étaient enfuis de leurs couvents pour embrasser l'hérésie. Et maintenant le retour leur était presque impossible; car « les ordres d'où ils étaient sortis ne voulaient point les recevoir que sous de très dures conditions qui faisaient peur à ces misérables déserteurs». Les mêmes hommes, qui, dans d'autres cas, rappelaient si vivement aux abbés et abbesses la rigueur de leur règle, s'entremirent pour recommander la douceur, et ils facilitèrent la rentrée des brebis fugitives dans leur bercail. Ils avaient confié à un confrère du midi une somme considérable qui devait seconder ce travail en déterminant, sans doute, chez quelques-unes
* Annales, [\ 47 (B.-F. 89j. Cf. p. 9o (B.-F. 168).
(le ces créatures à gagner, la crise nécessaire de conscience. En obtenant pour elles des humiliations atténuées, l'on continuait cette œuvre de douce persuasion ^
Le clergé séculier n'échappait pas plus que les maisons religieuses à la direction occulte des confrères. Faisant la visite de son diocèse, François de la Fayette, évoque de Limoges, avait « trouvé en plusieurs lieux des églises ruinées, et d'autres destituées d'ornements convenables pour faire le service divin, les habitants d'icelles ignorants et sans instruction avec beaucoup de désordres et d'abus, tant parmi les ecclésiastiques que personnes laïques »; et tous ces désordres et abus provenaient de ce que beaucoup de curés ou vicaires perpétuels ne résidaient pas en leurs bénéfices. A la requête du prélat, un arrêt du conseil, le 18 mars 1044, commanda à touç les prêtres cette résidence qui leur répugnait si fort. La Compagnie de Rouen trouva qu'il y avait lieu de généraliser ces mesures; elle se mit en campagne et obtint, le 14 décembre 1G46, un arrêt du Parlement qui intimait le même ordre à tous les chanoines titulaires de cures ^. Le toile fut grand parmi tous ceux que cet arrêt inquiétait dans de chères habitudes; encore qu'il eût été rendu toutes chambres assemblées, ils en réclamèrent vivement à Paris la cassation. Mais, dans la capitale, le comité central veillait. Averti par les amis de Rouen, il fit solliciter la reine régente. Puis, une fois la cause gagnée, il mobilisa toutes les succursales des provinces; et 'le bien obtenu pour la Normandie s'étendit peu à peu à toute la France ^.
Ainsi s'organisait une police ecclésiastique que les autorités régulières négligeaient souvent d'exercer. C'était
* Aîmale.f, p. 81, 81 b (B.-F. 145-146).
• Archives nationales, AI). XVII. 1.
' Annales, p. 54 (B.-F. 4 00). François do la Fayctie n'était pas élranger k la Compagnie puisqu'on dOi7 la"^ succursale de Limoges se fonda avec son « consonlemonf ol a|)probation ». V. plus loin, p. 340, les incidents auxquels il fut inùlé avec les évoques de Lisioux et de Beauvals, Aug. Potier et Ph. Cospéan.