DANS L EGLISE
une « officialité » bénévole qui fonctionnait dans l'ombre. « Sur l'avis qui fut donné à la Compagnie, le 16^ de juillet de l'année présente 1637, qu'en diverses églises de Paris, particulièrement à Notre-Dame, un grand nombre de mauvais prêtres célébraient la messe, et avec beaucoup d'indécence, elle députa M. l'évèque de Bayonne et plusieurs autres confrères ecclésiastiques, pour conférer ensemble des remèdes que l'on pourrait apporter à ce désordre. Et par l'avis de M. Vincent et les soins de M. dePerrochel, depuis évêque de Boulogne, et de M. Renard, on fit faire un examen fort exact de tous les prêtres qui étaient dans la ville, et l'on exclut du ministère actuel, autant qu'on le put, ceux qui se trouvèrent scandaleux. » L'autorité diocésaine pouvait sommeiller; il y avait des gens de zèle pour la suppléer.
Les occasions d'intervenir ne manquaient pas à ces zélés. « 11 y avait en ce temps-là, dit d'Argenson, un grand nombre de prêtres vagabonds et mendiants qui faisaient honte au caractère. Et l'on eut avis même que plusieurs ne l'avaient pas, bien qu'ils portassent l'habit de prêtre; que quelques-uns s'habillaient en ermites, afin de demander l'aumône plus librement et plus utilement sous ces habits empruntés. » ïl se trouvait à l'archevêché des personnes bien qualifiées pour sévir contre cette industrie. Elles le firent, mais quand le comité secret se fut remué. « M. Féret, curé de Saint- Nicolas-du-Ghardonnet, fut prié d'en avertir le conseil de M. l'archevêque. On décerna contre eux un décret à l'officialité, et l'on pria M. Vincent de trouver bon qu'on les enfermât à Saint-Lazare. Il y fit d'abord quelques difficultés, mais enfin il y consentit. L'on fit fonds pour leur subsistance par les soins de la Compagnie qui y contribua de sa part avec plusieurs personnes charitables de Paris. Ces prêtres renfermés demeurèrent plus d'un an à Saint-Lazare aux dépens de la charité. Mais le fonds de leur subsistance ayant manqué, on les laissa sortir sur l'assurance qu'ils donnèrent d'une meilleure conduite. Cependant ils retournèrent à leurs mauvaises ha-
bitudes et furent derechef renfermés et nourris sur un nouveau fonds qui fut fait par la Compagnie. Mais enfin on leur donna la liberté et ils ne parurent plus ^ »
Cette ambition d'une pureté toujours plus grande pour l'Église n'allait pas sans une autre, celle de conquêtes toujours plus étendues. Et les infidèles n'étaient pas tous dans les pays très lointains. Ils pullulaient — sans compter les hérétiques — dans une nation dont le roi s'intitulait très chrétien et qui se disait elle-même la fille aînée de l'Église. Société de charité, société de police, la Compagnie du Saint-Sacrement devait être aussi une société de mission.
Elle le fut sans doute de très bonne heure, — plus tôt que ne le raconte d'Argenson. En 1630, une petite troupe d'ouvriers apostoliques partait pour l'Auvergne. Or, elle était envoyée par un des fondateurs de la Compagnie, le P. de Condren; un de ses chefs était l'abbé Olier, que le supérieur général de l'Oratoire venait d'introduire parmi les confrères, et ses plus importantes recrues avaient été fournies par Vincent de Paul qui, lui aussi, entrait peutêtre à ce moment dans la dévote et secrète association. Croit-on que celle-ci ait été vraiment étrangère à cette pieuse campagne?
Vers la même époque, elle travaillait à organiser avec suite les efforts que les historiens devaient rapporter plus tard au seul Vincent de Paul : « Le 4*^ de janvier 1035, on donna avis à la Compagnie que, dans plusieurs villages des environs de la ville, le peuple y était fort ignorant de ce qu'il faut savoir pour se sauver. Sur ce sujet, elle chargea (luelques particuliers de faire avertir de ce désordre M. l'archevêque, afin qu'il défendît aux curés de marier qui que ce soit qui ne fût bien instruit de ce que les chrétiens doivent savoir ; M. le curé de Saint-Nicolas-
* Anmles, p. 38 (F].-F. 7i).