‹ La cabale des dévots, 1627-1666Chapitre 12 sur 38 · DANS L EGLISE J · texte numérisé non relu

DANS L EGLISE J

du-Ghardoiinet promit d'en parler au conseil de l'archevêché ; mais comme tous ses soins n'eurent pas grand effet en ce temps-là, M. Vincent fut prié dans la suite de remédier à ce grand mal, et sa charité y a pourvu par différentes missions ^ ».

« Dans la suite », en effet, surtout à partir de 1039, on retrouve un singulier parallélisme entre les décisions prises par le mystérieux comité et les initiatives prêtées à Vincent par tous ses biographes. « Le zèle des missions, dit d'Argenson, s'échauffa lors puissamment dans la Compagnie ». La désolation de la guerre avait chassé de Lorraine, de Picardie, de Champagne, des multitudes qui s'étaient portées dans les environs de Paris. « La Compagnie fut touchée de la misère de tant de pauvres et, pour y remédier, elle crut qu'il fallait commencer à leur donner la véritable consolation, qui est la spirituelle. Ainsi elle procura une mission tout exprès pour ces pauvres réfugiés, dont ils furent avertis. Elle se fit à la Chapelle, petit village près le faubourg Saint-Denis. Et à la sortie des instructions, qui ne se faisaient que pour ces mêmes pauvres, on leur donnait une aumône assez forte suivant le registre qu'on avait dressé de leurs noms et de leurs besoins, et la marque qu'ils avaient reçue pour les distinguer. Cette double charité dura plus d'un mois et produisit de grands fruits dans les âmes de ces pauvres exilés. » « Les pauvres de la Ville-Neuve près Paris, nous est-il dit un peu plus loin, eurent le même bonheur. » Il n'y a qu'à lire les lettres de Vincent de Paul à M^'^ Legras pour savoir quels furent les ouvriers de cet office de consolation. « L'hôpital des Petites-Maisons, continue l'annaliste, reçut un pareil secourspar les soins de la Compagnie 2. » C'est ce qu'Abelly raconte ainsi, à propos des

'Annales, p. 27 6 (B.-F. 58).

* Ajinales, p. 43 6, 44 (B.-F., 82, 83). Les filles de la Charité étaient installées à la Chapelle ; voir les Lettres de Vincent de Paul, notamment, t. I, p. 245, 246, 270, 273. Les prêtres de la Mission se sont occupés plusieurs fois Ule Villeneuve-Saint- Georges, en 1649 [Annales, p. 58 6, B.-F. 108) et en 1652 (Le/^res de Vincent, t. II, p. 397).

prêtres groupés par le saint : « lisent fait aussi une mission à Ihôpital des Petites-Maisons ; dans lequel, outre les pauvres aliénés d'esprit auxquels la mission ne pouvait profiter, il se trouve quantité de pauvres familles, avec lesquelles plusieurs habitants du faubourg prirent part aux instructions qui s'y firent ^ » Et d'Argenson ajoute : « La plupart des frais de ces missions furent faits aux dépens du coffret et des aumônes des particuliers de la Compagnie ou de celles de leurs amis. »

A la même époque, Vincent était très occupé de pourvoir aux besoins spirituels des maisons religieuses et des paroisses dépendant de l'île de Malte. Brulart de Sillery, commandeur de l'ordre, s'était placé sous sa direction ; puis, en 1G37, il lui avait obtenu du grand-maître une « commission de visite » avec pouvoir de retrancher les abus ; et dans tous ces lieux le saint fiiisait faire des missions par Pavillon, Abelly, Perrochel, Fouquet et Vialart 2. Trois au moins, et même quatre, de ces prêtres appartenaient à la Compagnie. Comment ne pas soupçonner l'intervention de celle-ci, quand on constate qu'elle cherchait les moyens de procurer ce secours spirituel à l'île même de Malte? « On trouva que le meilleur, c'était de faire inspirer au pape d'en parler au commandeur de Vion, qui apparemment était lors ambassadeur à Rome de la part de sa religion. Quoi qu'il en soit, cette bonne pensée fut suivie de son effet et produisit beaucoup de bien aux âmes des chrétiens et des habitants de Malte. » Et quelques années plus tard, la Compagnie délibérait sur les mêmes faits qui avaient déterminé la mission de Vincent de Paul : « Le 8*^ d'octobre 4654... on parla des abus qui se commettaient et des désordres qui se rencontraient dans les paroisses et les églises qui dépendaient de l'ordre de Malte et on proposa divers moyens pour y remédier '. »

* Vie de saint Vincent de Paul, 2* partie, p. 257.

* Maynard, Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps.... t. II. j). 163, 107. Cf. Lettres de Vincent, t. I, p. 241, 253.

' Arinales, p. 43 b, 82 (B.-F. 83, 147).

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