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ils donnaient l'exemple des dénonciations auxquelles ils avaient fait inviter tous les fidèles catholiques*. Et, pendant ce temps, la Compagnie, qu'ils servaient parmi la foule, intervenait auprès des curés. Elle faisait imprimer et distribuer aux prêtres des paroisses une brochure qui leur indiquait les scandales à réprimer, leur apportait la sentence de la Sorbonne et les aidait à interroger pendant la confession les gens de métier.
Le temps était passé où, selon Thistoriographe du « bon Henry ». « les juges ecclésiastiques ni laïques ne condamnaient point les compagnons, ou parce qu'ils n'en avaient pas la connaissance ou parce qu'ils ne voulaient pas s'y engager ». Grâce à la société du Saint-Sacrement et à son pieux policier, les diverses magistratures agissaient avec vigueur. L'officialité et d'autres juridictions renouvelèrent leurs interdictions et leurs menaces. Les compagnons étaient traqués partout. Ils ne savaient plus comment tenir leurs assemblées. Ils résolurent de les transporter dans le Temple, au Marais, où il y avait une juridiction séparée de l'ordinaire de Paris. Mais le « bon Henry » et ses agents veillaient. Le bailli du lieu, averti par eux, sévit à son tour et les chassa -. Privé de ses réunions, le compagnonnage semblait frappé à mort. On avait réussi à soulever contre lui le fanatisme populaire et la colère des autorités. A Paris, on surveillait de près les suspects. A Toulouse et en d'autres villes, la foule criait volontiers après eux : « Aux excommuniés! » On jugea cette abomination définitivement extirpée. L'Eglise était rassurée, et les patrons avec elle : « Les maîtres de Paris et d'ailleurs, ditJ.-Ant. Vachet, conçurent de cette belle action une haute estime du « bon Henry » et de ses frères associés; ils s'en entretenaient dans leurs boutiques et dans leurs assemblées, et ils l'en félicitaient •'».
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' A/utulci, |). N4 b \li.-h\ ibi].
* L'Artisan chrélien. \). 42, 56. o7,
' LWvIisan clur/icn. p. 5*.». G6.
otahli dans les âmes et dans les ateliers ^ ? Sur la fin de 1659, le comité de Paris, toujours bien informé, « donna ordre à toutes les Compagnies pour les avertir des impiétés des Compagnons du Devoir parmi plusieurs métiers afin d'y apporter des remèdes. » Le 22 décembre, l'on décida qu'il y avait lieu d'en pousser partout le procès « à bout ». L'on était presque à la veille de la grande bourrasque qui allait s'abattre sur la Compagnie de Paris et la disperser. Les confrères ne perdaient pas une occasion de diriger de vigoureuses opérations de police contre les mal pensants ; mais ils avaient en même temps à se garder contre celles d'un gouvernement alarmé parleurs menées occultes. D'Argenson est à tel point scandalisé par cette persécution qu'il oublie souvent de raconter les vexations que la cabale organise contre d'autres.
11 est possible, à l'aide d'autres documents, de saisir quelque chose de l'activité de la Compagnie. L'on avait résolu, le 22 décembre, à Paris, de reprendre les poursuites contre les fauteurs du « Devoir ». Les procès-verbaux de Grenoble fournissent la suite de cette délibération :
11 janvier 1660. — M. Mai'chier a été chargé de faire voir à -M. le grand vicaire l'imprimé qu'on a reçu de Paris touchant l'abus qui se commet parmi les compagnons tailleurs, cordonniers et chapeliers.
ib janvier. — M. Marchier a parlé à M. le grand vicaire qui a aii.ssi renvoyé à la première assemblée (du clergé de la ville) -iir les abus qui se commettent par les compagnons de métier.
'.) février. — M. Marchier dit que M. le grand vicaire travaille . découvrir les sacrilèges et les abus qui se commettent par les
ompagnons de métier.
12 février. — M. de Chevrières a dit que les menuisiers com-
• Les affiliés du « Saint-Sacrement » se préoccupèrent fort de de la conduite des ouvriers imprimeurs ; ils ne paraissent pas être parvenus à découvrir parmi eux un compagnonnage analogue à celui du « Devoir ». Us ne créèrent pas avec eux des communautés dans le genre de celles des cordonniers et des tailleurs ; mais ils donnèrent leurs soins à la confrérie de ces ouvriers, laquelle — le cas ne serait pas isolé — ])ouvait parfaitement dissimuler un compagnonnage. Voir Annales, p. 78, 78 b,
mettent les mêmes abus que les cordonniers et tailleurs, et qu'il y fallait songer.
La campagne fut sans nul doute menée avec vigueur. Car, sur la fin de l'année suivante, la Compagnie croyait avoir entièrement réussi. Ses procès-verbaux en font foi :
11 décembre 1G61. — M. le doyen a dit avoir appris comme il y a différend entre les cordonniers, et qu'il croit que ce serait une bonne occasion de tâcher k poursuivre l'abolition de leur pratique infâme qu'ils observent quand ils se passent compagnons. Sur quoi la compagnie n*a rien résolu, sur la croyance qu'elle a depuis longtemps que cela ne se pratique plus, et principalement en cette ville.
18 décembre. — Touchant les cordonniers, quoiqu'on croie leurs superstitions entièrement abolies, néanmoins a été résolu qu'on parlera au supérieur de la petite congrégation pour le prier d'en pouvoir découvrir quelque chose.
Et c'est ainsi que partout où le comité secret de surveillance spirituelle est à l'œuvre, le syndicat ouvrier, accusé de révolte contre les maîtres et contre l'Eglise, est obligé de se cacher de plus en plus, de renoncer à toute activité qui le trahirait, et peut-être — ce qui est loin d'être sûr — de se dissoudre. Les confrères déploient contre lui un acharnement que ne connaissent guère les agents de la police officielle. A partir de 1605, ils semblent vaincus, obligés de se séparer et de mettre fin à leur tâche. La Compagnie s'efforce, pourtant, vers la fin de 1670, de se réorganiser sous le nom de Confrérie des œuvres fortes. C'est en Bourgogne surtout qu'elle paraît s'y être essayée. Or, exactement à cette époque, le conseil de ville de Dijon poursuit des compagnons qui lui sont dénoncés. Le 18 décembre 1G70, le procureur-syndic requiert contre Marguerite Joly, veuve d'EdmeBonvalet, hôtesse de « la Croix de Lorraine », qui reconnaît héberger depuis quarante ans, les compagnons menuisiers, et contre Michel Colombet, dit le (luespin, et Pierre^ le Provençal, dit « Cotcviq », « atteints et convaincus d'avoir fait des assemblées illicites et monopoles » ; et la chambre du conseil condamne chacun d'eux à ciiKjiiantc
livres d'amende et, en outre, les deux hommes au « bannissement de la ville et banlieue ». Le 14 juillet 1G71, la même chambre prononce une défense générale « à tous hôteliers et cabaretiers de retirer en leurs maisons pour boire et manger des compagnons de métier, soit de jour ou de nuit, ceux qui sont nouvellement en la ville ou qui sont hors de condition et qui doivent sortir le lendemain, sans favoriser leur séjour en cette ville » ; en cas de délit, ils seront condamnés à cinquante livres d'amende et les compagnons emprisonnés et poursuivis en justice ^
Quelques années se passent. Un document du 1<^'" juillet 1677 prouve bien l'existence, à cette date et à Dijon, de la société dite des Œuvres fortes. Or, le 5 novembre de la même année, et à Dijon, la chambre du conseil de ville interdit aux Compagnons du Devoir et aux autres de tenir aucune assemblée. L'arrêt vise surtout les menuisiers. Il est renouvelé, le 29 avril 1678, spécialement contre les bonnetiers ^.
Enfin, le silence se fait définitivement, à Paris et ailleurs, autour de la Compagnie du Saint-Sacrement. Cette fois, elle est bien morte. Dès 1683, dans la capitale et dans les provinces, l'existence des compagnonnages, qui s'étaient probablement contentés de se cacher un peu mieux durant la tempête, devient de plus en plus sensible. Elle n'est pas tolérée par les autorités civiles; mais celles-ci n'ont plus pour la combattre, la collaboration si précieuse de leurs rabatteurs ignorés, policiers pour la gloire de Dieu et persécuteurs par amour des âmes.
' Archives municipales de Dijon, B. 309 et 310.
- Archives municipales, B. 3J6. Voir plus loin, p. 431, 432.