ÉPILOGUE
La Compagnie des Œuvres Fortes. — A Paris et en Bourgogne. — Bénigne Joly. — Dernières confidences de d'Argenson.
On ne parla bientôt plus de la Compagnie du Saint- Sacrement. Mais on ne tarda pas à dénoncer une autre « cabale ». Elle s'appelait, disait-on, la « Compagnie des œuvres fortes ». Ce titre, un peu bizarre, rappelle le programme des confrères qui prétendaient « embrasser toutes les œuvres difficiles et fortes » ^ On ajoutait que cette société avait pris naissance en 1661. Le « Saint-Sacrement » ayant été condamné à la fin de 1660, on devine de qui elle recueillait l'héritage. C'était l'ancienne ligue qui se survivait, mais elle avait changé de nom'^. Nous avons raconté son histoire de 1661 à 1665.
Cette histoire s'est prolongée au delà de 1665. Les « Frères des œuvres fortes » avaient pour but essentiel, d'après Mercier, « de censurer toutes les actions malhonnêtes que les lois ne punissent pas » : « Ils faisaient, ditil, des perquisitions secrètes sur les mœurs et les personnes, en établissaient le rapport dans leurs assemblées,
' Annales, p. 114 (B.-F. 197).
* Il semble bien que, le 14 août 1662, on se préoccupe de choisir un nouveau nom pour la société [Annales, p. 131 B.-F. 225). Les confrères n'ont-ils pas pris au Puy le titre de « chevaliers de la bonne foi » ? Le M août 166o, Bazin de Bezon, intendant de Languedoc, ordonne d'informer contre une assemblée ainsi désignée. 11 n'a pas l'air de bien savoir de quoi il s'agit : ne serait-ce point de la société que nous connaissons? {Archives départementales de la Haute-Loire, B. 27).
et, d'après une délibération motivée et unanime, ils exposaient au public les délits et la honte des coupables. » Mercier prétend que les critiques virulentes de leur tribunal secret ne ménagèrent pas même le roi, que celui-ci se courrouça et ordonna « que Ion eût à sévir contre tous les membres de la Compagnie. » « De grands noms, continue-t-il, appartenaient à cette espèce de ligue offensive contre le vice et les mauvaises mœurs; mais on fit comprendre à Louis XIV que ces écrivains courageux et véhéments étaient un reste de la Ligue et de la Fronde. Il le crut sans examen et menaça de les envoyer tous au Canada ^ »
Ce n'est point là un racontar. Le iG mars 1671, Colbert écrivait à M. de Harlay, procureur général au Parlement de Paris :
Le roi étant averti qu'il se tient à Paris des assemblées de particuliers qui se sont qualifiées dœuvres fortes, lesquelles, quoique animées de zèle et de bonne intention, sont néanmoins contraires aux ordonnances du royaume et pourraient servir de prétexte pour y introduire, dans les différentes occasions qui se peuvent présenter, des impressions qui ne seraient pas conformes à l'esprit de ceux qui coni|)osent à présent ces assemblées. Sa Majesté m ordonne de vous en donner part et vous dire en môme temps que vous vous informiez avec soin si ces assemblées sont véritables, et en ce cas que vous fassiez connaître à ceux qui les composent que Sa Majesté ne désire point qu'il se fasse aucune assemblée sans son autorisation et sa permission *.
Le ton de cette lettre est vraiment curieux. Colbert sait, de toute évidence, les noms des personnages qui sont accusés de se réunir ainsi; et il montre son désir de ménager ceux qui linquiètent. Craignait-il qu'une enquête exacte n'amenât le procureur général à requérir contre des gens trop en vue, par exemple contre un premier président ?
' Tableau de l'avis. Kdit. d'.Xmsterdam, 178i. t. IV, p. 89-91.
* Lettres. Instructions et Mémoires de Colhert. publiés par P. Clément. I. VI. p. :{2-3:{.