ÉPILOGUE
Mercier nous apprend encore que, devant cette colère de Louis XIV, les confrères se turent à Paris, mais que quelques-uns imaginèrent de continuer leurs exercices en Bourgogne, et que, là encore, l'autorité les poursuivit. La Compagnie du Saint-Sacrement avait-elle interrompu ou ralenti ses travaux? Quoi qu'il en soit, en 1673, Gonthier et Cœurderoy, qui en avaient été l'âme et qui l'étaient peut-être encore, se sentirent singulièrement réconfortés par l'arrivée d'un jeune apôtre. Bénigne Joly.Ge nouveau venu était le fils d'un secrétaire au Parlement, mort en 1659*. Elevé d'abord à Beaune chez les Oratoriens, puis à Reims chez les Jésuites, il s'était rendu à Paris en 1662, pour étudier au collège de Navarre. En 1664, il était allé loger chez un confrère de la stricte observance, M. de la Chapelle-Pajot, chez qui il demeura jusqu'à la fin de 1666. Il était devenu un familier du séminaire des Missions étrangères. Et, dans le commerce des hommes qui conservaient l'esprit du « Saint-Sacrement », il n'avait pu que « se fortifier dans le dessein que dès lors il avait conçu de travailler au salut du prochain ». Elevé à la prêtrise le 2 avril 1672, il avait célébré, le 14, sa première messe dans cette maison où les survivants de la sainte ligue venaient régulièrement réchauffer leur zèle et leurs espérances. Peu après, il était rentré à Dijon 2.
Il arrivait tout débordant de charité, avide de s'opposer aux « outrages dont les impies et les libertins déshonoraient Dieu ». Il les vengeait, d'abord, sur son propre corps par les cruautés volontaires de la pénitence. » Mais cela ne lui suffit pas :
Il crut qu'il fallait faire comme Tertullien dit que faisaient les premiers chrétiens, qui s'unissaient comme un corps d'armée,
* Les citations qui vont suivre sont extraites de la Vie de messire Bénigne Joly, prëlre, docteur de la Faculté de Paris, etc. l)ar un religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, Taris, 1700, in-12. — M. l'abbé Tresvaux a publié une nouvelle édition de ce livre en 18o4.
- Vie de messire Bénir/ne Johj. p. 10-36.
quasi manu fada, pour arracher à Dieu, par une violence qui ne lui pouvait déplaire, la foudre dont il frappe quelquefois les provinces entières, pour punir les impiétés des particuliers. Il employa donc ses exhortations et ses exemples pour lever une armée d'anges fidèles et zélés, je veux dire de plusieurs personnes de piété de l'un et de l'autre sexe auxquels il inspira son courage et sa ferveur... Il en fit une sainte association où, à certains jours et à certaines heures les personnes pieuses qui la composaient étaient convenues de se trouver dans les églises qui leur seraient le plus commodes, et autant que possible devant le Très-Saint-Sacrement, où elles imploreraient la miséricorde de Dieu sur son peuple... L'impiété fut contrainte de se tenir cachée et n'osa plus — du moins à découvert — répandre une corruption qui avait causé tant de scandales dans la ville et dans la province... *
En termes plus brefs, Joly avait reconstitué la Compagnie du Saint-Sacrement. Elle travailla si bien, que le jeudi l*-'" juillet 1677, en la chambre du conseil de ville, M*^ Sébastien Arnaud, procureur syndic, prit la parole pour dénoncer une « secte » qui s'élevait sous le nom de « Frères des œuvres fortes » : Les actions de ces personnages, « voilées du prétexte de la charité chrétienne »,ne pouvaient avoir d'autre résultat que de « troubler l'Etat et la Religion ». Les « inquisitions qu'ils entreprenaient des mœurs et des actes des personnes, « sur les faux avis dont ils faisaient rapport dans des assemblées illicites », ne pouvaient procéder que d'un mauvais esprit. Enfin, conclut le procureur, « les voies qu'ils tenaient pour corriger les prétendus vices sont directement opposées à cette même charité chrétienne qui condamne la diffamation et veut que la correction soit secrète entre celui qui avertit et celui qui pèche. » Sur ce réquisitoire, le conseil mit immédiatement l'affaire en délibéré, puis vota la résolution suivante :
La chambre du conseil de ville de Dijon
A fait et fait très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes de quelque (lualité (pielles soient, de s'assembler pour parler, rciir.- ni censurer les mœurs d'aucuns habitants,
' Vie de mensire Dénif/ne Joly..., \). 81-86.