‹ La cabale des dévots, 1627-1666Chapitre 30 sur 38 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

leur en donner avis de vive voix ou par écrit, à peine qu'il sera procédé contre eux exlraordinairement,

l'enjoint à tous les habitants de veiller soigneusement pour découvrir lesdites assemblées et ceux qui les composent et en donner avis au magistrat afin d'y apporter le remède,

Et pour que personne n'en puisse ignorer, la présente délibération sera publiée aux prônes des messes des paroisses et à son de trompe par les carrefours pour ensuite y être affichée \

C'était un coup droit contre les confrères. Ils n'étaient pas hommes à se décourager vite. Le {"^^ juin 1678, ils subirent une épreuve plus douloureuse. Gonthier mourut. Joly était désormais le chef de la mystérieuse association. Tout en se dépensant dans les œuvres de charité au point de mériter le nom de « père des pauvres ». il porta ses efforts, avec une sorte de sainte rage, contre la débauche et les malheureuses qui en vivaient. Son indignation lui interdisait de voir jamais en elles de pauvres victimes à plaindre. Il disait volontiers « qu'il n'y avait point de supplices assez rigoureux pour elles ». Il répétait « que, comme des empoisonneuses de fontaines publiques, elles méritaient qu'on les fit brûler toutes vives ». Les pouvoirs officiels montraient, à son gré, une inqualifiable mollesse dans la répression du mal. Il voulut avoir sa prison, qui fût bien à lui et dans laquelle il pût enfermer les filles qu'il parviendrait à saisir.

Il avait obtenu des administrateurs du vieil hôpital trois chambres à l'usage de celles de ces misérables qui voudraient se relever. Mais les administrateurs entendaient qu'on ne reçût personne dans cet asile sans leur permission. Se plaignirent-ils au conseil de ville? D'autres le firent-ils à leur place? Toujours est-il que procès-verbal fut dressé constatant « l'établissement illégal d'une communauté des filles pénitentes, dite communauté du Bon-Pasteur, dans le bâtiment du vieux couvent de Saint- Etienne et la contrainte imposée aux filles qui y étaient gardées etqui réclamaient leur liberté^ ». Cela se passait

* Archives communales delà ville de Dijon, B. 31 G.

* ArcJiives communales de la ville de Dijon, D. 57.

43i LA CABALE DES DEVOTS

en 1679. Cette surveillance pesait à Joly. Il s'assura un immeuble dans lequel il aurait tout pouvoir de travailler à sa guise. Il agit avec une telle vigueur qu'en 1681, le sieur Piilot, avocat à Besançon, adressait une requête au conseil de ville pour qu'il plût là cette assemblée d'ordonner rélargissement de Catherine Bureau « avec qui il vivait depuis deux ans et qu'il allait épouser ». Elle était retenue malgré elle dans cette maison qui n'était pas destinée seulement, on le voit, aux professionnelles de la débauche vénale. Le procureur-syndic appuya la requête. Une fois de plus, les bons desseins de Joly étaient traversés*.

Les bruits malveillants devinrent tels, et les plaintes si violentes, que le Parlement de Dijon députa deux conseillers pour en connaître. Ces deux conseillers avaientils été choisis, selon la tradition de la Compagnie, parmi des gens biens sûrs ? Ne virent-ils vraiment que des scènes édifiantes ? Il est certain qu'ils se déclarèrent profondément émus par leur visite, ils avaient offert leur liberté aux vingt-quatre filles qui étaient dans la maison. Deux avaient accepté, mais « les vingt-deux autres s'étaient jetées la larme à l'œil cà leurs pieds pour leur demander en grâce de demeurer dans leur sainte retraite ». L'établissement fut enfin autorisé par l'évèque de Langres le 18 septembre 1682, par le maire et la ville le 27 février 1684, et approuvé par Ici très patentes du roienjuilletl687-.

Et ce sont là les dernières traces, qui soient actuellement saisissables, de la Compagnie du Saint-Sacrement. D'Argenson raconte pourtant qu'au mois de juin 1659, un grand nombre de confrères des provinces se trouvant à Paris, on avait eu l'idée de leur faire des conférences particulières sur les maximes inspiratrices de l'œuvre; « et il sembla, ajoute-t-il, que la divine Providence, qui prévoyait la ruine de cette pieuse Assemblée, avait ordonne ces conférences pour inspirer son esprit à tous ces particuliers, afin de le porter dans les Compagnies des pro-

* Archives communales de la taille de Dijon, D. 57.

• Vie de messire lie'nif/ne Joly... p. 91-100.

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