CHAPITRE IX
Le feu du foyer jetait de gais reflets sui' le tapis d’un salon élégant, sur les tasses et la théière. Le sénateur Bird ôtait ses boites pour mettre une jolie paire de pantoufles toutes neuves que lui avait brodées sa femme, pendant qu’il faisait sa tournée ofQcielle. Mistress Bird était l’image de la satisfaction. En surveillant l’arrangement de la table, elle adressait, à tout propos , admonitions sur admonitions à quelques enfants, qui faisaient mille espiègleries, éternelle appréhension des mères.
— Tom, ne touchez pas au bouton de la porte ., quel enfant! Mary, Mary, épargnez la queue de ce pauvre chat ! Jim, pourquoi grimpez-vous sur la table? — Vous ne sauriez croire, mon ami, quelle agréable surprise vous nous avez faite à tous, en nous revenant ce soir, dit-elle à son mari, dès qu’elle eut le loisir de lui adresser quelques paroles.
— Oui, après une excursion là-bas, j’étais bien aise de passer la soirée chez moi. Je suis mortellement fatigué, et j’ai mes maux de tête !
Mistress Bird jeta les yeux sur un flacon de camphre, que laissait voir la porte entr’ouverte du cabinet, et elle semblait avoir l’intention d’y recourir, mais son mari lui dit de n’en rien faire.
— Non, Mary, non, pas de drogues! Une tasse bien chaude da votre bon thé, et un peu de notre bien-être domestique, voilà ce que je veux. C’est une chose assez ennuyeuse que les devoirs d’un législateur.
Et le sénateur sourit, comme s’il était flatté de l’idée qu’il se sacriliait à son pays.
— A propos, lui dit sa femme lorsque le thé ne réclama plus le même degré d’allenlion, qu’cst-ce qu’on a fait au sénat?
Celte question était tout à fait insolite de la part de la gentille petite dame, qui pensait avoir assez d’occupation chez elle, sans
s'inquiéter de ce qui se passait dans la sphère gouvernementale. Aussi M. Bird ouvrit de grands yeux et lui dit :
— Rien de bien important.
— Mais est-ce qu’ils n’ont pas volé une loi qui défend de donner h boire et à manger aux pauvres nègres fugitifs ? J’ai entendu parler de celte loi, mais je n’ai jamais pensé que des législateurs chréiiens pussent l’adopter.
— Comment donc, Mary, voilà que vous faites de la politique!
— Non! quelle idée! En général, je ne donnerais pas cela de toute votre politique ; mais c’est une chose directement opposée à l’humanité et à l’esprit du christianisme. J’espère, mon ami, que celle loi n’a point passé.
— Ma chère, il a passé une loi qui défend de secourir les esclaves du Kentucky. Ces alx)lilionistes en ont tant fait, que nos frères du Kentucky sont dans une grande exaspération ; et il est devenu nécessaire, sans blesser toulefois ni la justice ni le christianisme, de prendre quelque mesure pour calmer celte irritation.
— Et cette loi, est-ce qu’elle nous défend de donner à ces pauvres créatures un abri pour la nuit, quelque chose à manger ou de vieux vêlements, et de les aider à retourner paisiblement à leurs occTipations ?
Sans doute, ma chère... Voyez-vous, ce serait les encourager, les exciter. '
Mislress Bird était une femme timide, rougissant d’un rien, et qui n’avait guère plus de quatre pieds de haut: ses yeux bleus et sa voix exprimaient la douceur, son teint avait le coloris velouté d’une pêche; une pintade lui aurait fait peur, et rien qu’en lui montrant les dents, un chien de garde, do médiocre grandeur, l’aurait mise en révolution. Pour elle, le monde c’était son mari et ses enfants, et son influence s’exerçait sur eux bien plus par la prière et la persuasion que par le raisennement et la volonté. Une seule chose était capable de la faire sortir de sa modération naturelle, et c’était encore une conséquence de sa bonté : tout ce qui ressemblait h de la miaulé la mettait hors d’elle, et sa colère faisait d’autant plus d’elTet, qu’elle contrastait d’une manière plus tranchée avec scs habitudes débonnaires. Quoique la plus tendre cl la plus facile à fléchir de toutes les mères, scs fils gardaient encore le souvenir du châtiment qu’elle leur avait infligé, un jour qu’elle les avait
surpris, en compagnie de quelques garnements du voisinage, s'amusant à jeter des pierres à un pauvre chat.
Aussi, master Bill disait en parlant de cette correction : J’ai eu une belle peur, je vous assure... Ma mère ne se possédait plus. Je fus fouetté, et elle m’envoya coucher sans souper, avant même que j’eusse le temps de m’étonner. Ensuite, je l’entendis qui pleurait dans l’antichambre , ce qui me fit plus de peine que tout le reste... Je vous assure que jamais nous n’avons recommencé.
Dans la circonstance qui nous occupe, mistress Bird se leva avec vivacité, les joues toutes rouges, et s’approchant de son mari d’un air résolu, elle lui dit :
— Maintenant, John, vous allez m’apprendre si vous troüve? qu’une telle loi est équitable et chrétienne.
— Et si je vous dis que oui, que me ferez-vous ?
— Je n’aurais jamais cru cela de vous, John ! De pauvres créatures sans asile 1 Cette loi est honteuse, immorale, abominable, et je la violerai la première fois que j’en trouverai l’occasion... et j’espère que cela ne tardera pasi Où en serions-nous, si une fcimne ne pouvait donner à souper et à coucher à des gens qui meurent de faim, précisément parce qu’ils sont esclaves, et que, comme tels, toute leur vie n’a été que misère et oppression 1
— Mais, Mary, écoutez donc. Cessentiments sont honnêtes et louables, et je vous en aime davantage... Mais, voyez-vous, ma chère, il faut que la raison domine le sentiment. Il faut considérer qu’il ne s’agit pas ici de nos sympathies comme individus ; des intérêts généraux d’une haute importance entrent dans cette question, et en présence de l’agitation publique, nous devons faire taire nos sentiments privés.
— Eh bien, John 1 je ne suis qu’une ignorante en politique, mais je sais lire la Bible, et j’y trouve que je dois nourrir celui qui a faim, vêtir celui qui est nu, et consoler l’aflligé ; or, c’est la Bible que je compte suivre.
— El si, en agissant ainsi, vous causiez un grand malheur public ?
— Ce n’est pas en obéissant à Dieu qu’on peut causer un malheur p\;hlic. J’ai la conviction que c’est impossible. Ce qu’il nous prescrit est toujours ce qu'il y a de plus facile et de plus sùr.
Écoutez, Mary, et répondez à cet argument....
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— Allons, John ! vous parleriez toute la nuit, que tous n’en seriez pas plus avancé. El moi je vous pose celle question : Est-ce que vous mettriez à la porte une pauvre créature toute transie de froid cl affamée, sous prétexte que ce serait un fugitif? Voyons, le ferlez-vous ?
Pour ne rien déguiser, notre sénateur était naturellement sensible et humain, et il lui en eût coûté de renvoyer de chez lui un être souffrant : ce qu’il y avait de pire pour lui, dans l’argument auquel il avait à répondre, c’est que sa femme le connaissait, et avait porté l’attaque sur le côté faible. Il eut donc recours, comme c’est l’ordinaire, à des moyens dilatoires : il toussa plusieurs fois, lira son naouchoir, et se mit à essuyer les verres de ses lunettes. En voyant la détresse de l’ennemi, mistressBird usa sans ménagement de ses avantages.
— Je voudrais bien vous voir faire une chose semblable, John ! mettre dehors une femme par une nuit neigeuse, au beau milieu d’une tourmente, par exemple ; ou la faire arrêter et emprisonner. . . vous feriez cela ! vous regarderiez comme un devoir de le faire 1
— Il m’en coûterait, sans doute, répondit M. Bird en baissant la voLx.
— D’abord, John, ce n’est pas un devoir, et, vous le savez bien... cela ne peut être un devoir ! Si l’on veut empêcher les esclaves de s’enfuir, qu’on les traite bien, voilà mou système. Si j’avais des enclaves, et j’espère bien n’en jamais avoir ! je ne craindrais pas qu'ils voulussent nous quitter, ni moi ni vous. Je vous dis qu’ils ne pensent pas à se sauver, quand ils sont bien ; et s’ils le font, les pauvres créatures!... ils soud'enl assez du froid, de la faim et de leurs craintes, sans qu’on aille encore les persécuter. Quant à moi, loi ou non, c’est ce que je ne ferai jamais, s’il plaît à Dieu!
— Mary ! Mary ! faisonnons un peu.
— Je bais le raisonnement, John, surtout sur un tel sujet. Vous autres politiques , vous tournez autour des choses les plus simples. . . Vous savez aussi bien que personne ce qu’il en est, quand vient l’application de vos principes... Je vous connais, John.. .Vous avez là-dess’is les mêmes idées que moi, et s’il s’agissait d’exécutiou, nous arriverions l’un cl l’autre absolument au même résultat.
Dans ce moment critique, Cutjoe, le vieux factotum, avança la tète, et, sans entrer, pria mislress Bird de passer à la cuisine.
Notre sénateur, visiblement soulagé, suivit du regard sa petite femme avec un singulii r mélange de plaisir et de dépit ; puis U s’assit dans son fauteuil et prit ses journaux.
Un instant après, il entendit la douce voix de sa femme qui l’appelait de la porte :
johnl John I j’aurais besoin de vous pour un moment.
Il déposa son journal, se rendit à la cuisine, et tressaillit au spectacle qui s’offrait à sa \Tie... Une jeune femme d’une taille délicate, les habits déchirés et encore pleins de givre, était là évanouie. Elle avait perdu une de ses chaussures, et à travers les lambeaux de son bas on voyait son pied tout meurtri et saignant. Ses traits offraient le type de la race que nous vouons au mépris, et, cependant, elle était belle et touchante. En présence de ces formes qui semblaient taillées dans la pierre et de cette immobilité pareille à la mort, le séna'reur frissonna. Il demeurait silencieux et n’osait respirer. Sa femme et la vieille tante Dina, la seule domestique de couleur qui fût à leur service, s’empressaient autour de la jeune femme, tandis que le vieux Cudjoe avait pris l’enfant sur ses genoux pour le déchausser et réchauffer ses petits pieds.
N’est-ce pas triste à voir ! dit la vieille Dina d’un air de compassion. C’est sans doute la chaleur qui l’a fait évanouir. Elle était assez bien en entrant. Elle a demandé la permission de se cbaullor un peu ; et j’étais justement en train de lui demander d’où clic venait,'quand elle s’est trouvée mal. Elle n’a jamais fait de travail dur... il n’y a qu’à voir ses mains.
Pauvre créature dit mistress Bird avec'l’expression d’une
profonde pitié, en voyant la jeune femme entr’ouvrir lentement ses grands yeux noirs et promener ses regards autour d’elle d’un air égaré. Tout à coup le désespoir se peignit sur ses traits, et elle se dressa en s’écriant : Oh ! mon Henri ! l’ont-ib pris ?
L’enfant s’élança vers elle, les mains levées. Dieu soit loué !
dit-elle, le voilà ! voilà mon enfant !
A.h ! madame ! ajouta-t-elle, protégez-nous ! ne permettez pas
qu’ils me l’enlèvent !
— Pauvre femme ! dit mistress Bird, vous n’avez rien à craindre ici... Soyez sans inquiétude.
Que Dieu vous bénisse I dit la fugitive, et die sanglota, eu &9
coumnt la face^e sos mains : et l’enfant, la voyant pleurer, essaya de grimper sur ses genoux.
Grâce à des soins délicats, que personne ne savait mieux donner que madame Bird, la pauvre femme fut bienlét plus tranquille. Oa lui dressa un lit près du feu, et elle ne tarda pas à tomber, ainsi que l’enfant, dans un assoupissement profond. On essaya plusieurs fois de lui retirer son fils, autour duquel elle avait passé son bras, mais elle le retenait convulsivement, et, meme dans son sommeil, elle ne le quittait pas ; la sollicitude maternelle dominait jusqu’à ce besoin impérieux de la nature physique.
M. et M'"® Bird étaient rentrés au salon, où, quelque singulier que cela puisse paraître , ils ne firent aucune allusion au dialogue précédent. Mistress Bird reprit son tricot, et le sénateur fit semblant de lire son journal.
— Je me demande, dit enfin M. Bird, qui elle peut être.
— Nous verrons... quand elle sera un peu reposée, répondit mistress Bird.
— Je pensais... ajouta-l-il en jouant avec son journal.
— Vous pensiez ?...
— Qu’elle ne pourrait mettre vos robes... Je la crois plus graede que vous.
Un sourire imperceptible effleura les lèvres de mistress Bird.
— Nous verrous, dit-elle.
— Je pensais...
— Qu’est-ce encore?
— Qu’on pourrait lui donner ce manteau de laine que vous étendez sur moi quand je fais la sieste... Elle n’est pas vêtue.
En ce moment, Dina vint annoncer que la femme était éveillée, et qu’elle demandait à voir madame.
M. et M™® Bird retournèrent à la cuisine, suivis de leurs deux aînés; quant aux plus jeunes, on venait de les coucher.
Us trouvèrent la jeune femme assise sur son lit; elle regardait la flamme avec une expression de douleur concentrée, bien ditTércüte de son premier désespoir.
— Vous me demandez? dit mistress Bird avec douceur. J’espère que vous veilà un peu remise.
Elle se répondit que par un long soupir ; mais elle leva ses
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grands yeux noirs d’un air si désespéré et si suppliant, que niis- Iress Bird ne put retenir quelques larmes.
— Vous n’avez rien à craindre, pauvre femme ! vous êtes avec des amis, Dites-moi d’où vous venez et ce qu’on pourrait faire pour vous.
— Je viens du Kentucky.
— Quand êtes-vous partie ? dit M. Bird, l’interrogeant à son tour.
— Ce soir.
— Comment avez-vous fait ?
— J’ai passé sur les glaces.
— Sur les glaces I
— Oui, coniiuua-t-elle lentement, c’est la vérité. J’ai traversé le fleuve sur la glace avec l’aide de Dieu... car ils étaient derrière moi, tout près de moi, et il n’y avait que ce seul ejiemin.
— Figurez-vous, maîtresse, dit le vieux Cudjoe, que c’est un banc de glaçons qui oscillent et s’entrechoquent sur la rivière!
— Je le savais! dit-elle d’un air égaré. Je n’aurais jamais cru que j’aurais pu le faire; je ne l’espérais pas... mais je l’ai fait... Que m’importait d’ailleurs? je voulais passer ou mourir 1 Le Seigneur m’a aidée. On ne sait pas ce qu’on peut entreprendre avec l’aide de Dieu !
, Et son regard étincelait.
— Vous étiez esclave?
— Oui, monsieur; j’appartenais à un maître dans le Kentucky.
— Est-ce qu’il vous maltraitait ?
— Non ; c’était un bon maître.
— Et votre maîtresse?
— Ma maîtresse a toujours été bonne pour moi.
— - Quel motif a donc pu vous faire abandonner une maison où vous étiez bien, pour vous exposer à de si grands périls?
La fugitive porta sur mislress Bird un regard scrutateur; elle remarqua qu’elle était en deuil,
— Madame, lui dit-elle tout à coup, est-ce que vous auriez perdu un enfant?
Cette question inattendue rouvrit une blessure mal fermée ; il y avait un mois à peine qu’un des enfants de la maison avait été déposé dans la tombe.
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M . Bird se détourna et s'approcha de la fenêtre ; in'istress Bird fondit en larmes, puis, après s’èire remise :
— Pourquoi cette question? dit-elle. Oui, j’ai perdu un enfant.
— Alors, répondit Ëlisa, vous me comprendrez. J’en ai perdu deux, l’un après l’autre, et c’est là-bas que je les ai laissés... Je n’ai plus que celui-ci ; jamais je n’ai dormi sans l’avoir près de moi. C’est tout ce qui me restait ; il était ma consolation et mon orgueil I .. . Eh bien I madame, ils allaient me l’enlever et le vendre... oui, le vendre pour le sud. lin enfant! l’envoyer là tout seul, pauvre petit qui n’a jamais quitté les genoux de sa mère! Voilà, madame, ce que je n’ai pu supporter. Je savais bien que si cela arrivait, je ne serais plus bonne à rien ; et quand je sus que l’acte était signé, j’ai pris mon fils et je me suis sauvée avec lui. Ils m’ont donné la chasse, le marchand qui l’avait acheté et quelques domestiques de mon maître. Ils éUaient près de m’atteindre, quand je les ai entendus... alors, je sautai sur les glaces. Comment j’ai pu faire, je l’ignore. Je me souviens seulement qu’il y avait sur le rivage un homme qui m’a aidé à monter.
Ëlisa fit ce récit sans verser une larme. Elle en était venue à ce point où l’on ne peut pas pleurer ; mais tous ceux qui l’écoutaient, chacun selon son caractère, lui témoignaient une vive sympathie.
Les deux petits garçons, après avoir inutilement cherché dans leurs poches ce mouchoir qui n’y est jamais, comme le savent les mères, s’étaient jetés tout en larmes dans la jupe de mistress Bird, et là ils sanglomient, ils essuyaient leurs yeux et leur nez tout à leur aise. L’excellente mistress Bird avait caché sa figure dans son mouchoir; la vieille Dina, avec sa face noire toute humide de larmes, s’écriait : — Seigneur, ayez pitié de nous ! Et le vieux Cudjoe, qui se frottait de temps en temps les yeux avec sa manche, lui répondait sur le même ton. En sa qualité d'homme d’Éiat, notre sénateur ne pouvait se permettre de pleurer comme le commun des mortels ; aussi tournait-il le dos à la compagnie, en faisant semblant de regarder par la fenêtre. Il toussait, nettoyait les verres de' ses lunettes, et se mouchait de temps à autre, de manière à désorienter toutes les remarques.
— Vous venez cependant de me dire que vous aviez un bon maître? demanda-t-il tout d’un coup en se tournant du côté de lu fugitive et en comprimant l’émotion qui lui serrait le gosier.
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— Puisque c’éuil un bon maître, je l’ai dit el je le répète. Et ma maîtresse aussi était bonne. Mais iis oui été forcés de faire ce marché. Us devaient; el par suite de je ne sais quel engagement, ils étaient à la merci d’un créancier qui leur a forcé la main. J’écoutais, cl j’ai entendu monsieur qui disait à madame, comme elle intercédait pour moi, qu’il n’y pouvait rien, que l’acte était signé. C’est alors que j’ai pris mon enfant et que je me suis enfuie. Je savais bien que j’aurais vainement essayé de vivre, si l’on m’eùl enlevé mon Cls, le seul bien qui me reste au monde.
— Avez-vous un mari?
— Oui ; mais il appartient à un autre maître. Celui-là est dur ; il ne voulait plus lui permettre de venir me voir. Devenant chaque jour plus impitoyable, il le menaçait de le vendre pour le sud. Il est probable que je ne le reverrai jamais I
Le tou (le résignation avec lequel ces paroles étaient prononcées aurait pu faire croire à un observateur superficiel qu’il y avait chez elle une apathie complète; mais l’expression de calme et profonde douleur qui animait son regard, annonçait toute autre chose.
— El où comptez-vous aller, ma pauvre femme? dit M. biid..
— Au Canada. Si seulement je savais le chemin. Est-ce bien loin le Canada? demanda-t-elle naïvement à M. liird.
— PauvTe créature î s’écria involontairement mislress Bird.
— 11 y a donc bien loin? reprit-elle avec vivacité.
— Beaucoup plus loin que vous ne pensez, pauvre enfant 1 dit madame Bird. Mais nous verrons ce qu’on peut faire pour. vous. Dina, vous lui dresserez un lit dans votre chambre, tout près de la cuisine; et demain nous aviserons. En attendant, tranquillisezvous, ayez confiance en Dieu, et il vous protégera.
Le couple rentra au salon. Mistress Bird s’assit sur sa chaise basse, el donna quelques ordres ; M. Bird se promenait à grands pas, murmurant de temps en temps : — La maudite affaire ! Enfin il s’approcha de sa femme et lui dit :
— Femme, il faut qu’elle parle dès ce soir ; demain malin on sera sur leurs traces. Encore , si ce n’était que la femme , elle pourrait se tenir tranquille jusqu’à ce que les poursuites eussent cessé ; mais ce petit marmot, il faudrait un régiment pour le surveiller, Je suis sûr qu’il fera tout découvrir; il ne pourra s’empêcher de mettre le nez à quelque fenélfe ou à quelque porte. Ce
sérail une belle affaire pour moi, que d’élre surpris avecenx, juste eu ce inoinenl!... Il faut qu’ils parlent ce soir.
• — Ce so;rt mais c’esl impossible.., et où voulez-vous qu’ils ailleiu?
' — C’est ce que je sais parfaitement, dit le sénateur eu prenant
scs bottes d’un air méditatif.
i La première était mise à moitié lorsqu’il s’arrêta pour réflécliir, en tenant un de ses genoux dans ses mains.
— C’est bien l’affaire la plus sotte et la plus diabolique 1 reprit-il en saississanl de nouveau les crochets... voilà une aventure!
Une botte se trouvait mise... le sénateur s’assit, tenant l’autre à la main, pendant qu’il étudiait avec la plus grande attention lo dessin du tapis. — Après tout, il le faut, quoique je prévoie... puissent-ils tous être pendus l — El il tira la seconde botte, dominé par une anxiété visible, puis regarda par la fenêtre,
La petite mistress Bird était la discrétion même, jamais elle n’aurait dit : Je veux que cela soit ! Dans l’occasion actuelle, quoiqu'elle sût parfaitement quel était le sujet des méditations de son mari, elle ne voulut point avoir l’air de s’en mêler : elle resta tranquillement assise sur sa chaise, et paraissait toute disposée à entendre son seigneur et maître lui exprimer ses intentions, s’il le jugeait à propos.
— Van Trompe, mon ancien client, dit-il enfin, est revenu du Kenlueby, et a donné la liberté à tous ses esclaves. Vous savez qu’il a acheté à sept milles d’ici, au-dessus de la crique, et derrière les bois, une terre où il faut aller tout exprès... C’est un endroit auquel on ne pensera certainement point dans la précipitation d’une recherche. Celte femme serait là en sûreté; le malheur est que personne que moi ne pourrait y conduire ce soir une voiture.
— Et pourquoi? Cudjoe conduit parfaitement,
— Fort bien... Mais il faut traverser deux fois la crique, et le second passage est très-périlleux, si on ne le connaît pas aussi bien que moi. Je l’ai franchi cent fois à cheval, et je dessinerais le plan du fond. Ainsi, vous voyez qu’il n’y faut pas songer. Cudjoe peut mettre les chevaux le plus doucement possible vers minuit, et j’emmènerai la femme: ensuite, pour donner le change, il mo conduira jusqu’à la taverne voisine, où je prendrai la voilure de Columbus, qui passe sur les trois ou quatre heures. J’irai de bonne
heure à mes affaires ; je ne me sentirai pas sans doute fort à mon aise, après tout ce que j’ai dit et fait. Mais du diable si j’y peux rien I
— John ! dans cette circonstance votre cœur vaut mieux que votre tête, lui dit sa femme en mettant sa petite main blanche sur la main de son mari. Est-ce que je vous aurais aimé, si je ne vous avais connu mieux que vous vous connaissez vous-même î
Et elle était si jolie en disant cela, ses larmes lui allaient si bien que le sénateur dut croire à son mérite, pour avoir inspiré à cette charmante créature une admiration passionnée. Il ne lui restait donc plus qu’à sortir pour aller commander la voiture. Cependant il s’arrêta un moment sur le seuil de la porte, et revenant sur ses pas, il dit avec une sorte d’hésitation.
— Mary, je ne sais ce que vous penserez de mon idée... Mais vous avez un tiroir plein des effets de... de ce pauvre petit Henry... Aussitôt il tourna brusquement sur ses talons, et ferma la porte derrière lui.
Sa femme ouvrit la petite chambre à coucher qui donnait dans la sienne, et prenant une lumière, elle la posa sur ûn bureau. Ensuite elle tira une clef d’une petite cachette, la mit toute pensive dans la serrure d’un tiroir, et s’arrêta tout à coup... Ses deux garçons l’avaient suivie et la regardaient en silence d’un air significatif. O vous! mère qui me lisez, n’y a-t-il jamais eu chez vous un tiroir, un cabinet que vous n’avez jamais ouvert qu’avec le sentiment que vous éprouveriez en rouvrant une petite tombe? Heureuse la mère à qui cela n’est point arrivé I
Mistress Bird ouvrit lentement le tiroir. H s’y trouvait de petites robes de diverses façons, des tabliers, des bas d’enfants, et même une petite paire de souliers, usés et déformés par le bout, qui sortaient d’une enveloppe de papier. H y avait aussi différents jouets, une petite voiture avec son cheval, un sabot, une balle, précieux souvenirs qui avaient coûté bien des larmes! Elle s’a.<;sit près du tiroir, et la tête appuyé sur ses mains, elle pleura jusqu’à ce que ses larmes coulassent dans le tiroir, 'l'out à coup relevant la tête avec un effort nerveux, elle choisit les effets les plus simples et les plus solides, et en fit un paquet.
— Maman, dit un des garçons en lui touchant doucement le bras, est-ce que vous allez donner ces choses?
— Mes chers enfants, répondit-elle, si notre cher et aimable
petit Henry nous regarde du haut du ciel, il ne peut que nous approuver. Jamais je n'aurais donné ces choses à quelqu’un d’heureux; mais je les donne à une mère qui est encore plus malheureuse que moi ; et j’espère que Dieu mettra ses bénédictions sur mon offrande I
Il y a dans ce monde de saintes âmes dont les douleurs savent consoler d’autres douleurs, et dont les espérances, déposées dans la tombe, sont la semence de fleurs salutaires qui guérissent d’autres infortunes! Telle était la vertueuse femme qui, à la clarté de sa lampe, pleure en préparant les habits de l’enfant qu’elle a perdu, pour en couvrir un pauvre esclave fugitif.
Quelques instants après, mistress Bird ouvrit une garde-robe; elle y clioisit deux ou trois vêtements simples, s’assit près de sa table à ouvrage, et armée d’une aiguille, de ses ciseaux et de son dé, se mil à la lâche que lui avait commandée son mari, jusqu’à ce que la vieille horloge, placée dans un coin de la chambre, sonnât minuit, et qu’elle entendit le bruit des roues qui s'arrêtaient à la porte.
— Mary, dit le sénateur en entrant, et tenant son manteau sur son bras, il faut la réveiller, nous parlons.
Mistress Bird déposa tous les effets dans un petit coffre trèssimple, et pria son maii de le faire mettre dans la voiture, puis elle alla appeler Lixy. Bienldi, vêtue d’une robe, d’un bonnet et d’un chàle qui avaient appartenu à sa bienfaitrice, elle parut à la porte avec son enfant dans ses bras. M. Bird la fit monter dans la voiture ; mistress Bird se tenait près du marche-pied ; Élisa se pencha par la portière, et avança une main non moins douce et belle que la main qui vint la serrer, fille fixa ses grands yeux noirs et expressifs sur mistress Bird, comme si elle allait parler. Ses lèvres remuaient; elle essaya plusieurs fois d’exprimer sa gratitude, mais elle ne put articuler un seul mot; enfin elle montra le ciel, avec un de ces regards qui ne s’oublient jamais ; puis, se renversant sur la banquette, elle cacha sa figure dans ses mains. La portière se ferma, et la voilure partit.
Singulière situation pour un sénateur patriote qui, durant toute la semaine précédente, n’avait cessé de pousser les législateurs de son État à des mesures de rigueur contre les csclates fugitifs et contre ceux qui les accueillaient et les encourageaient !
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Ce brave borame n’avail élé dépassé par aucun de ses confrères de Wasliiiigion, dans les sorties éloquentes qui leur assurent un renom immortel. Comme il était sublime, quand, les mains dans les poches, il combattait les scrupules de ceux qui mettaient l’intérêt de quelques fugitifs avant les intérêts de l'État!
Sur ce point c'était un vrai lion ; et ceux qui l’écoutaient n’étaient pas moins convaincus que lui-même; mais alors, l’idée d’un fugitif n’était guère pour lui que l’idée des lettres dont ce mot se compose, ou ne lui offrait tout au plus qu’une de ces figures représentées dans les ouvrages pittoresques, avec un paquet, un bâton et la légende : F'agabond. L’effet magique d’une détresse réelle, d’un regard humain qui vous implore, d’une main humaine qui tressaille, l’appel douloureux d’une désolation sans espoir, toutes ces choses, il ne les connaissait pas. Jamais il n’avait songé qu’un fugitif pCiL être une pauvre mère, un enfant sans défense comme celui qui là, devant ses yeux, portail la petite casquette de l’enfant qu’il avait perdu ; or, comme notre sénateur n’était ni de pierre ni d’acier, comme c’était un homme, et même un homme sensible et honnête, il se trouvait fort embarrassé de son patriotisme, £t vous, messieurs des Étals du Sud, vous auriez tort de vous en formaliser, car nous avons sujet de croire qu’à sa place quelques-uns des vôtres auraient fait tout comme lui. Il y a, nous le savons, dans le Kentucky et le Mississipi, des cœurs nobles et généreux à qui jamais ou n’a parlé en vain de souffrance. Vraiment, frères, devez-vous attendre de nous des services que votre âme droite et courageuse ne vous permettrait pas de rendre, si vous étiez à notre place?
Quoi qu’il en soit, si notre sénateur était un pécheur en politique, il expia bien sa faute par les tribulations de celte nuit. Depuis longtemps la pluie tombait sans relâche; les terres molles et grasses de l’OIiio sont, comme chacun sait, une mine inépuisable de boues, et les roules étaient impraticables, comme dans le bon vieux temps.
Et si quelque voyageur de l’Est, habitué aux railways, à une locomotion rapide, nous demandait ce que peuvent être ces chemins, nous répondrions à cet homme na'if que dans les régions bénies de l’Ouest, le sol est profondément fangeux; que les chemins sont faits de rondins disposés transversalement l’an à côté
de l’autre, puis garnis de terre, de gazon, de tout ce qui se rencontre. Les natifs appellent cela un chemin, et osent s’y aventurer. Bientôt les pluies enlratnent terre et gazon, déplacent les pièces de Lois, en leur donnant les altitudes les plus pittoresques, et laissent dans les intervalles des abîmes de boue.
C’est sur une route de ce genre que le sénateur est cahoté, faisant les réflexions morales que comportaient les circonstances. Tantôt un choc, tantôt un plongeon, nos voyageurs de rouler à droite ou à gauche. Quelquefois la voiture s’arrête soudainement, et Cudjoe descend de son siège pour«ncourager les chevaux : plus loin les deux roues de devant s’enfoncent, et nos voyageurs tombent de tout leur poids du côté du siège ; le chapeau du sénateur couvre ses yeux et son nez... il se croit mort: l’enfant crie, et Cudjoe jure après ses chevaux qui ruent, se déballent et font des eOTorls sous les coups de fouet répétés. La voilure se redresse et un autre bond fait enfoncer les roues de derrière. Autre évolution en sens inverse! Le coude du sénateur s’enchevêtre dans le bonnet de la femme ; les deux pieds de la femme rencontrent le chapeau du sénateur, tombé dans cette mêlée... Enfin les chevaux ont passé le mauvais endroit et s’arrêtent tout haletants : chacun se rajuste comme il peut et nos voyageurs se cramponnent aux brassières, tout prêts à de nouveaux hasards.
Les mêmes accidents s’étaient renouvelés, et ils se croyaient déjà hors d’affaire, lorsqu’un plongeon plus redoutable encore vint compliquer la situation. Nouveau temps d’arrél... Cudjoe, qui se démène inutilement, paraît à la portière.
— Mille excuses, monsieur, mais l’endroit est détestable... je ne sais plus que faire... je crois qu'il nous faudra réparer le chemin nous-mêmes avec des bâtons.
Le sénateur sort désespéré, cherchant un terrain solide pour mettre le pied. L'une de ses jambes enfonce à une grande profondeur, il essaye de se dégager, perd l’équilibre, et tombe dans la vase, d’où il est repêché par Cudjoe dans un état déplorable.
Nous ne pousserons pas plus loin celle description, par égard pour la sensibilité de nos lecteurs. Les voyageurs de l’Ouest qui ont passé par des épreuves analogues, sympathiseront sans doute avec notre héros.
La nuit était déjà avancée, lorsque la voiture toute dégouttante
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d’eau et de fange aborda de l'autre côté de la crique et vint s’arrêier devant la porte d'une ferme considérable. Ce ne fui pas sans peine qu’on parvint à éveiller les gens de la maison. Enlin parut le respectable propriétaire, qui ouvrit la porte. C’était un gaillard velu comme un ours, de six pieds et quelques pouces sans scs bottes, vigoureux et résolu à l’avenant, et vêtu d’une veste de chasse en flanelle rouge.
Une natte de cheveux négligés, et une barbe de plusieurs jours, donnaient à ce digne homme un air qui, de prime abord, ne disposait pas en sa faveur. Pendant quelques minutes, il se tint debout, le chandelier à la main, regardant nos voyageurs avec une expression de dédain et d’ironie vraiment diverlissanle. Le sénateur finit par lui faire comprendre ce dont il s’agissait. Pendant qu’ils s’expliquent ensemble, je vais donner au lecteur quelques renseignements sur ce nouveau personnage.
L’honnête John Van Trompe avait été un grand propriétaire de terres et d’esclaves, dans l’Étal de Kentucky. N’ayaut d’un ours que la peau, et ayant reçu de la nature un cœur honnête, droit et parfaitement en rapport avec sa taille gigantesque , il avait reconnu depuis quelques années les vices d’un système aussi dégradant pour l’oppresseur que pour l’opprimé. Un beau jour, cédant aux mouvements de sa conscience, John prit son portefeuille, se rendit dans l’Ohio, acheta une pièce de bonne terre, émancipa tous ses esclaves, hommes, femmes et enfants, les lit monter dans des charrettes, et leur permit d’aller former des établissements. Après quoi l’honnête John vint cultiver paisiblement sa petite ferme, au-dessus de la crique, où il put jouir en paix de ses réflexions et du témoignage de sa conscience. .
— Êtes-vous homme à protéger une pauvre mère et son enfant contre les iraqueurs d’esclaves? lui demanda le sénateur.
— Je crois que oui, répondit John d’un ton qui excluait le doute.
— C'est ce que je pensais.
— Ils n’ont qu’à venir ! reprit John en déploya-nt ses formes vigoureuses. Je les recevrai bien. J’ai sept fils , tous de ma
taille nous leur ferons un bon accueil Présentez-leur nos
compliments; diles-leur bien qu’ils peuvent venir quand ils voudront.
Èt 11 passa sa main dans ses cheveux épais, en poussant an énoime éclal de rire.
É'isa. épuisée et aballuc, se Iratna vers la porte, tenant dans ses bras son enfant profondément endormi. Le vieux John lui mit la chandelle sous le nez, fit une espèce de grognement de compassion ouvrit une petite chambre à coucher qui donnait dans la cuisine’ et lui Ht signe d’y entrer. Il alluma Une chandelle, la mit sur une table et parla ainsi k la fugitive :
— Maintenant, mon enfant, vous n’avez que faire d avoir peur.., laissez-les venir... et il lui montra quelques carabines suspendues au-dessus de la cheminée. Les gens qui me connaissent savent' qu’il serait malsain de vouloir enlever quelqu’un d’ici malgré moi. Maintenant couchez-vous et dormez aussi tranquille que si votre mère était là pour vous bercer. — A ces mots, il ferma la
porte. * , . M
— C'est qu’elle est remarquablement bien, dit-il au sénateur.
Souvent c’est un motif qui les engage à s’ènfuir, lorsqu’elles ont une inclination honnête. Je connais tout cela. ^
Le sénateur lui raconta en peu de mots rbistoire d’Ellsa.
Pauvre créature ! dit John; on lui donne la chasse comme
à un daim, parce qu’elle a les sentiments que doivent avoir toutes les mères... Cela me fait souvenir d’une chose... Pendant des années je ne fréquentais pas Péglise, parce que de notre côté les prêtres expliquaient la Bible d’une façon qui ne me convenait guère; ils prétendaient que la Bible est favorable à l’esclavage... Et puis ils ne sortaient pas de leur grec et de leur hébreu... ce qui me les avait fait prendre en grippe, eux, la Bible et tout le reste. Je m’abstins donc d’aller les écouter. Mais depuis, j’ai rencontré un ministre qui entendait le grec et l’hébreu aussi bien qu’eux, et qui disait tout le contraire. Alors j’y pris goùl et j’allai à l’église... C’est un fait, dit John en débouchant une bouteille de cidre pour en verser à son hôte.
Vous feriez mieux, ajouta-t-il, de rester avec nous jusqu’à
demain malin ; j’appellerai la vieille et l’on vous dressera un lit en moins de rien.
— Merci, mon cher ami, dit le sénateur, il faut que je vous quitte pour prendre la voilure de Colombus,
— C’est différent... dans ce cas, je ferai un bout de chemin
tTcc VOUS, et je vous enseignerai un passage de traverse qui vaut mieux que la roule par laquelle vous éies venu.
John s’habilla, et bientôt, une lanterne à la main, il conduisit la voiture du sénateur par un chemin creux, qui était derrière son habitation. Quand ils se séparèrent, le sénateur lui mit dans In main un billet de dix dollars.
— C’est pour elle, lui dit-il.
— Bon ! dit John, sans plus de phrases.
Ils se serrèrent la main, et partirent, chacun de son côté.