PASSES
Les poumons sont emphysémateux. Cette altération est surtout apparente au niveau du lobe supérieur gauche. Le lobe inférieur du même poumon est le siège d'une congestion hypostatique très étendue. A droite, au sommet, le parenchyme pulmonaire est carnisé ; le lobe moyen est transformé en une sorte de languette brun rougeâtre qui ne crépite plus et dont les fragments ne surnagent pas.
Les autres organes paraissent sains.
L'examen histologique à porté sur le foie, la rate, le poumon et le cœur.
Le foie est le siège d’une cirrhose très étendue, annulaire, à petits grains inégaux, bi-veineuse, c’est-à-dire portant sur les ramifications de la veine-porte et sur les branches de la veine sus-hépatique. Le caractère dominant de cette sclérose diffuse du foie réside dans l'énorme quantité de pigment accumulé au milieu des travées fibreuses et dans l’intérieur des cellules hépatiques. À un faible grossissement, on aperçoit les grands espaces-portes considérablement élargis, envoyant tout autour d'eux des travées épaisses également pigmentées, qui cloisonnent le parenchyme et le dissocient en amas pseudolobulaires dont la plupart ne présentent pas à leur centre la lumière d’une veine hépatique.
Tous les espaces-portes sont sclérosés, presque toutes les veines sushépatiques sont également envahies parle processus fibreux et pigmen-. taire, Souvent un système-porte se relie à une veine sus-hépatique par un tractus fibreux très isolé au milieu de lobules hépatiques bouleversés.
Au niveau des espaces-portes, les artères hépatiques sont bien visibles et notablement épaissies par endartérite chronique. Les canaux biliaires ne semblent pas altérés, leur épithélium est bien conservé, et l'infiltration pigmentaire les a respectés.
Quant aux lobules hépatiques, dont un certain nombre sont encore assez bien conservés, le travail de sclérose les envahit progressivement à la périphérie ; en même temps, la pigmentation accompagne les travées fibreuses.
Dans les lobules ou pour mieux dire dans les flots du parenchyme hépatique isolés par la sclérose, les cellules hépatiques sont encore reconnaissables, mais la plupart sont infiltrées d’une quantité considérable de pigment jaune brun qui cache le noyau et remplace progressivementle protoplasma cellulaire. La disposition travéculaire est conservées, mais elle paraît irrégulière.
L’atrophie pigmentaire des cellules hépatiques est des plus marquées. On peut suivre sur les figures le processus-de pigmentation ; dans un grand nombre de cellules, le noyau semble refoulé à une extrémité, tandis que les poussières pigmentaires s'accumulent dans le reste de la cellule. Souvent, d’ailleurs, le dépôt de pigment est diffus, plutôt central, et le noyau disparaît.
Les blocs pigmentaires sont de dimensions variables : généralement peu volumineux dans l'intérieur même de la cellule, tant que celle-ci est encore conservée, ils forment dans les espaces conjonctifs, surtout au niveau des travées fibreuses, de petits calculs micéroscopiques de 1 y, 2 um et même 4 p.
Dans les travées fibreuses, on trouve la disposition en réseaux anastomotiques et plexiformes si bien étudiée par Hanot et Chauffard. On peut même saisir sur le fait la transformation pigmentaire des cellules hépatiques enclavées dans les travées fibreuses.
Le nombre des pseudo-canalicules biliaires est très restreint sur ce foie : la pigmentation y est trop avancée, elle a déterminé l'altération ultime des cellules enclavées dans le tissu fibreux.
Il est bon de noter ici qu’il n'existe pas de dégénérescence graisseuse des cellules hépatiques. Le processus dominant est la dégénérescence pigmentaire suivie d’atrophie progressive de l'élément.
La rate est le siège d’une sclérose dans laquelle le dépôt de pigment s’est fait également, mais d’une façon moins abondante qu'au niveau du foie.
La capsule épaissie, dont les travées fibreuses ne contiennent presque pas d'éléments cellulaires, montre dans des espaces périfaseiculaires des amas de pigment jaune brun pulvérulent, qui ont pris la place des cellules plasmatiques et remplissent les vides.
C’est surtout à la surface, au niveau du feuillet péritonéal, que ces amas pigmentaires sont le plus nombreux.
Le parenchyme montre : 1° une dégénérescence athéromateuse avancée de la plupart des rameaux artériels ;
2° Un épaississement notable des travées fibreuses périartérielles et capsulaires ;
3 Les dépôts de masses pigmentaires dans la pulpe splénique (de préférence autour des travées fibreuses), mais aussi dans l'épaisseur même des tractus fibreux corticaux ou artériels.