ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous devons maintenant résumer les lésions trouvées à l’autopsie, d’après les quatre observations relatées au chapitre précédent. Toutes ces observations ne sont pas, à cet égard, également complète ; c'est ainsi que l'observation I, due à Hanot et Chauffard, se limite à la description très étendue, il est vrai, des lésions d’un seul organe, le foie; que l’observation IT ne signale que l’état du foie, du pancréas et du rein. Dans l’observation de Letulle, enfin, l'examen anatomopatologique porte sur le poumon, le foie, la rate et le cœur. Nous avons tâché d’être plus complet que ces derniers auteurs et pour cela nous avons passé en revue tous les principaux organes ; de sorte qu’en réunissant les données fournies par chacune des quatre nécropsies, il nous sera peut-être possible d'arriver à une connaissance à peu près complète des lésions.
Cependant certaines parties, telles que la moelle osseuse, les muscles et la peau ont encore échappé à nos investigations ; c’est un oubli que nous devons regretter fortement, et il serait à désirer que dans les observations à venir on fasse disparaître cette importante lacune.
Nous allons étudier successivement tous les organes à l’aide d’un double examen macroscopique et microscopique.
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APPAREIL DIGESTIF. — Il est en général peu atteint. L'estomac à été trouvé, dans un cas, très petitet contracté (obs. IV). La muqueuse plissée présente tantôt une coloration rousse, surtout prononcée aux sommets des plis, tantôt de grandes plaques noirâtres au niveau de la grosse tubérosité (obs. IT).
Le duodénum et la plus grande partie de l'intestin grêle présentent une coloration ardoisée, distribuée sous forme de larges plaques. Celles-ci peuvent atteindre 1”,50 de long sur l'iléon et le cæcum. Quoique pâle et décolorée, la muqueuse est saine dans toute son étendue.
PERIToINE. — Larges taches pigmentaires ardoisées plus ou moins irrégulières, sur le feuillet viscéral, surtout au niveau du foie (obs. III). Cette pigmentation peut se généraliser à tout le péritoine, qui prend une teinte uniformément noirâtre. Si l’on regarde l’épiploon par transparence, on voit que la pigmentation est due à un fin pointillé.
Dans deux cas, l'abdomen renfermait de 5 à 8 litres d’un liquide qui au début avait une coloration brunâtre ; dans ce dernier cas (obs. IID), il ÿ avait une péritonite généralisée.
APPAREIL RESPIRATOIRE. — Les parties déclives du poumon sont souvent congestionnées, quelquefois même atélectasiées et colorées en brun roux ; la splénisation peut devenir très intense comme dans l'observation I; les poumons de notre malade présententune hypostase prononcée avec œdème tremblottant aux deux bases. Dans l'observation IT, le lobe supérieur renferme quelques nodules caséeux et on constate en même temps des granulations sous-pleurales.
Le tissu conjonctif périvasculaire et péribronchique est fortement épaissi et infiltré de pigment. On retrouve ce pigment jusque dans les parois des alvéoles pulmonaires, sous forme de blocs jaune brunâtre (obs. III).
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APPAREIL CIRCULATOIRE. — Dans deux cas, le cœur a été trouvé dilaté (obs. IIT et IV); cette dilatation porte tantôt sur le ventricule droit (obs. IV), tantôt sur le ventricule gauche (obs. IIT). Les valvules sont généralement saines ; dans l’observation IV, il y avait cependant un léger épaississement du bord d'insertion des sigmoïdes aortiques.
Le myocarde peut présenter les signes d’une dégénérescence avancée, caractérisée par la flaccidité du tissu et sa couleur feuille morte, sur laquelle apparaissaient, à la coupe, des taches brunâtres. Mais cette coloration brunâtre peut s'étendre à tout le myocarde d’une manière uniforme, ainsi que nous l’avons indiqué dans l'observation IV, où ce mode de pigmentation était très caractéristique.
A l’examen microscopique, ces lésions apparaissent comme une infiltration pigmentaire des cellules musculaires avec dégénérescence consécutive. En effet, les granulations jaune brunâtre s'accumulent dans les cellules myocardiques et enserrent le noyau qui disparait. Parallèlement, diminution de la striation ; en dernier lieu, la cellule est remplacée par de gros blocs de pigment.
On retrouve des amas pigmentaires dans les espaces interfasciculaires où on peut les voir quelquefois se continuer avec les cellules musculaires éventrées.
Dans les observations IT et IV, il existait une symphyse cardiaque à peu près générale, avec plaques laiteuses sur le péricarde. Ce dernier était fortement pigmenté au niveau du centre aponévrotique du diaphragme (obs. TT).
Fore. — Le foie est constamment augmenté de volume et de poids ; ce dernier varie entre 1 kil. 720 gr. et ? kil. 550 gr. La surface est chagrinée et la capsule un peu adhérente. La coloration générale de l'organe est d'un brun roux très remar-
quable. Sa consistance est augmentée, de sorte que la glande
VERRE est ferme, résistante, coriace. La surface des coupes présente des granulations fines, égales où non, généralement lisses, quelquefois à peine saillantes. Leur coloration est tantôt d'un brun roux uniforme (coloration qui s'étend également aux travées conjonctives qui les séparent); tantôt sur le fond rouge brun se détachent des taches noirâtres ou jaunâtres. Dans les travées fibreuses regardées à la loupe, on remarque parfois des taches ou des traînées noirâtres. -
Les voies biliaires sont libres jusqu’à l’abouchement du cholédoque dans l'intestin.
Les caractères histologiques consistent en :
1° Accumulation de pigments ferrugineux dans les cellules hépatiques. — Cette pigmentation se présente tantôt sous forme de fines granulations infiltrant le protoplasma cellulaire, tantôt sous forme de granulations beaucoup plus grosses et enfin sous forme de gros blocs. En général, les trabécules qui avoisinent les espaces-portes en contiennent en plus grande quantité, et dans quelques-unes même le pigment s’est substitué complètement à la cellule.
2 Altération de la nutrition de la cellule. — Les cellules chargées de pigment sont généralement atrophiées, leur protoplasma se colore mal, leur noyau petit, pâle, refoulé à à la périphérie, s’atrophie et finit par disparaitre. A la périphérie des lobules, c’est-à-dire dans les points ou l'infiltration pigmentaire est plus abondante, les cellules disparaissent et laissent à leur place le pigment qu'elles contenaient. Un grand nombre de ces petits blocs peuvent se réunir et former alors des traînées qui remplacent complètement les trabécules. À ce niveau, ces trabécules remplies de pigment sont bordées de bandelettes hyalines.
Dans l'observation IV, le foie présente des foyers d’hépatite nodulaire avec hypertrophie des cellules hépatiques el de
bo leurs noyaux. Ces noyaux volumineux se groupent par deux ou par trois.
La dégénérescence graisseuse des cellules situées au centre du lobule à été notée dans un, seul cas (obs. I).
3° Cirrhose. — La cirrhose très étendue dans un cas (obs. T) est moins marquée dans les autres. Elle est irrégulière et se traduit par l’épaississement des espaces-portes seuls ou avec formation en même temps de bandes fibreuses parties de ces points et qui intéressent plus ou moins les lobules, — soit par la présence à l’intérieur du lobule d’un üssu fibreux qui semble procéder quelquefois du système veineux sus-hépatique et qui vient quelquefois se réunir au tissu conjonctif périphérique (cirrhose bi-veineuse de Hanot et Chauffard, et Letulle). Cette cirrhose n’est pas annulaire ; si on pouvait lui assigner un caractère général, elle serait plutôt périlobulaire (obs. IV).
La distribution de la cirrhose semble correspondre à celle du pigment. Au milieu de ce-tissu cirrhotique, on remarque en effet la présence constante d’une très grande quantité de pigment, disposé soit sous forme de blocs, soit en forme de réseau. Le microscope dénote en outre la présence de cellules de tissu conjonctif et de leucocytes, dont quelques-uns pismentés. Dans deux cas (obs.I et IT), on note la présence de très nombreux canalicules biliaires et dans trois cas de l’endartérite chronique (obs. I, IT et ITT). |
En résumé, donc, le parenchyme hépatique, certainement affaibli, disparait au moment où il est envahi, à la suite de l'infiltration pigmentaire, par l’atrophie, la nécrose des cel lules et la cirrhose. Cependant nous avons vu que dans un cas il à réagi et présente des foyers d'hépatite nodulaire.
Diapédèse. — On trouve des leucocytes à la fois dans les espaces conjonctifs et à l’intérieur même du parenchyme,
RÉ Oe et dans ces deux cas autour et entre les deux blocs de pigment. Cette diapédèse paraît être déterminée par la présence
du pigment ferrugineux.
PanxcRÉASs. — N'a été examiné que dans deux cas, son poids à varié entre 75 et 115 grammes. De consistance tantôt normale, tantôt augmentée, il présente une coloration brun roux (obs. IV), ou une couleur de chair musculaire (obs. IT). A la coupe, les acini colorés en brun paraissent diminués de volume par le fait d’une sclérose périlobulaire, mais surtout périacineuse. Canal de Wirssung normal et vide.
A lexamen histologique, pigmentation très riche, surtout marquée au niveau des espaces conjonctifs, comprise dans le réseau lymphatique. Les cellules du parenchyme sont infiltrées de pigment, qui apparaît sous forme de fines granulations surtout marquées dans les cellules de la périphérie des acini. Il peut arriver que consécutivement les cellules parenchymateuses s’atrophient ou se nécrosent.
Rare. — Le poids de cet organe varie de 30 à 450 grammes (obs. III). La rate est volumineuse, lisse, de consistance molle. Sa coloration générale est d’un brun roux, Périsplénite constatée dans un cas (obs. IIT).
L'examen microscopique accuse des dépôts de pigment dans la pulpe splénique, avec dégénérescence des artères (obs. IIT) et formation de tissu conjonctif autour d'elles.
REIN. — Normal comme volume, mais le poids arrive dans un cas (Obs. IV) jusqu’à 170 et 200 grammes (droit et gauche), leur surface est lisse.
À la coupe le tissu paraît résistant, d'une teinte rougeâtre ou brunâtre parsemée de quelques points noirs.
L'examen microscopique démontre que la coloration est
produite, soit par une pigmentation diffuse (obs. IT), soit par de fines granulations à l’intérieur des cellules épithéliales de quelques tubes urinifères.
Néphrite catarrhale (obs. IV) consistant en dilatation des tubes contournés ; altérations des cellules épithéliales et accumulation de mucus à l’intérieur des tubes, dans lesquels on remarque de fines granulations pigmentées.
Dans un autre cas (obs. IT), on ne trouve pas de lésions nettes, sauf une pigmentation diffuse du protoplasma des
cellules épithéliales, qui revêtent ainsi une teinte brune uniforme.
GANGLIONS LYMPHATIQUES. — Ils ont été examinés une seule fois (obs. IV).
Les ganglions abdominaux et thoraciques un peu volumineux, mous et d’une coloration brun sombre.
À lPexamen microscopique, on les trouve complètement infiltrés de pigment.