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Cette idée de l’origine hématique du pigment est un progrès réel sur la théorie cellulaire de MM. Hanot et Chauffard, mais M. Letulle nous paraît moins heureux quand il accepte que la dégénérescence pigmentaire de l’hémoglobine se fait principalement in situ, aux dépens de l’hémoglobine de constitution des cellules, et surtout quand il admet que la condition pathogénique par excellence de cette altération du sang réside dans laltération antérieure des cellules hépatiques et même dans la cirrhose du foie.
C'est ce qu’il exprime nettement quand il dit: « S'il me fallait formuler une opinion pathogénique, je mettrais en parallèle lhyperglicémie chronique et la cachexie diabétique ; je rappellerais que celle-ci résulte de déperditions considérables (glycosurie, azoturie) et d’altérations dégénératives. Je montrerais qu'il y a là un terrain pathologique éminemment favorable aux diverses dégénérescences communes à toutes les maladies organiques prolongées. Je concluerais que le sang, ce tissu le plus directement impressionné par le sucre en excès, doit souffrir dans ses éléments les plus nobles, les globules rouges, et peut s’altérer profondément, surtout peutêtre lorsque la glande hépatique, ce puissant émonctoire du sang, est désorgauisée par la cirrhose. Ainsi s’expliquerait, sans doute, la subordination de la dégénérescence pigmentaire aux altérations chroniques progressives du foie. »
Mais, quoique M. Letulle arrive à conclure que le pigment trouvé dans les organes vient d’une dégénérescence particulière de l’hémoglobine, nous lui reprocherons de n’avoir apporté aucun fait précis qui vienne nous convaincre de la nature hématique du pigment. Nous ne voyons pas bien, d’ailleurs, quelle cause irait agir uniquement sur cette hémoglobine de composition; l’on ne saisit pas davantage la distinction que M. Letulle fait entre Paltération in situ et
l’altération générale du sang. Il doit, pour cela, invoquer une
A théorie pathogénique qui trouve la cause première de l’altération du sang dans une lésion de la cellule hépatique ou
dans la cirrhose même.
Nous allons chercher à démontrer :
{° Par des caractères physico-chimiques précis, la nature hématique du pigment ;
9° Par un examen histologique complet, la succession des faits suivants :
Dissolution de l'hémoglobine du sang sous l'influence d’une cause générale primitive; transformation de l’hémoglobine en granulations pigmentaires par action particulière du protoplasma cellulaire; élimination exagérée et accumulation du pigment dans les organes par irritation et atrophie consécutive des cellules; élimination supplémentaire par la voie lymphatique.
Le pigment est d'origine hématique. — Nous avons vu que MM. Hanot et Chauffard, que M. Letulle ne faisaient que signaler la couleur ocre du pigment que l’on rencontre dans la cachexie diabétique, sans aller plus loin dans la recherche de ses caractères précis. Les recherches de Perls (1), de Quincke (2), les recherches de M. le professeur Kiener, ont montré toute l'importance de cette détermination de la nature du pigment par la connaissance de ses caractères.
Ces auteurs, dans l'étude de maladies qui produisent une destruction globulaire bien nette, ont démontré que les pigments qui en résultent présentent, au même titre que ceux des anciens foyers sanguins, toutes les réactions chimiques des sels de fer. L'existence ou non de cette réaction en présence d’un pigment déterminé permettra d'affirmer ou d'éliminer d’em-
(1) Perls, Nachveis von Eeisenoxyd in gewissen Pigmenten (Virchow Arch., XXXIX, 1867).
(2) Quincke, Beïträge zur Lehre von Icterus (Virch. Arch., B. XCV, 1885).
sr es blée son origine hématique. On en voit donc toute limportance.
Aussi avons-nous étudié complètement les caractères physico-chimiques des blocs de’pigment que l’on trouve dans la cachexie bronzée du diabète, et cela sur des coupes prises dans les divers organes. Nous avons été fortement poussé dans cette voie par notre maitre M. Kiener, qui, il y a longtemps, avait pressenti la nature hématique du pigment de la cachexie bronzée, et qui nous à fourni l’occasion d’en acquérir la certitude. Voici, en effet, ce que ce maitre dit dans son Traité des maladies des pays chauds, page 611: « Bien qu'il ne soit pas question, dans les travaux de ces auteurs, des réactions ferrugineuses du pigment qu'ils ont observé, nous ne doutons pas que celui-ci soit identique avec le pigment étudié par Perls et Quincke. »
Les expériences auxquelles nous nous sommes livré ont été faites dans le laboratoire d'anatomie pathologique de la Faculté. Nous sommes arrivé à conclure qu’il y a analogie complète entre le pigment de la cachexie bronzée, celui de la cachexie paludéenne et le pigment que Quincke a trouvé dans le foie, les reins. et le pancréas de malades atteints d’anémie
pernicieuse.
Caractères physiques.— Ces produits colorés, qui varient du brun au jaune pâle, se présentent sous la forme de granulations extrêmement fines, de granulations plus grosses ou de blocs volumineux. Ces blocs ont des contours nets et pa-
raissent de consistance ferme.
Caractères chimiques. — Ils présentent les caractères chimiques que M. Kiener a décrits pour le pigment ocre de la cachexie paludéenne et que Perls a signalé dans les foyers hémorragiques ou dans les viscères à la suite de diverses ma-
ladies.