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Dans l’évolution de tout diabète, sans pigmentation des téguments, on peut observer l'existence d’un véritable état cachectique présentant quelques phénomènes caractéristiques, tels qu’un amaigrissement et une perte de forces très prononcés. "Mais ces symptômes sont rarement suffisants pour permettre, à eux seuls, le diagnostic pathogénique, d’autant plus que le malade est ordinairement enlevé de bonne heure par des complications variées. Betz, qui a fait une statistique à ce sujet, a montré, en effet, que le malade’n’arrive que dans un petit nombre de cas à la consomption finale, terme naturel du diabète qui n'a pas été enrayé dans son évolution.
Dans nos quatre observations, au contraire, les malades sont arrivés jusqu'au dernier degré de la cachexie et se sont êteints par les progrès du marasme. [’amaigrissement, la débilité sont devenus excessifs, l’asthénie musculaire et les troubles digestifs ont atteint leur plus haut degré, et on a noté, en outre, une coloration particulière des téguments, dont la marche est en rapport direct avec la cachexie elle-même.
La cachexie bronzée se distingue donc de la cachexie qui peut arriver dans le cours du diabète :
1° Par son début précoce, sa marche qui dure des mois et amène la mort par l’évolution progressivement fatale de la maladie ;
9° Par son intensité;
3° Par un symptôme très important, caractéristique, la coloration bronzée des téguments.
Mais l’on ne trouve pas la coloration des tésuments seulement dans la cachexie bronzée du diabète. Dans la cachexie paludéenne, l’anémie pernicieuse, l'argyrisme, la maladie d’Addison, en dehors des signes communs à ces divers états cachectiques et que nous avons énumérés plus haut, nous devons
es fee noter des pigmentalions diverses de la peau qui viendront rendre encore le diagnostic plus délicat.
Nous allons tâcher d'établir les principaux signes différentiels de ces maladies.
Il sera nécessaire, pour arriver à ce but, d'interroger plusieurs éléments, la marche même de la maladie, les caractères de la coloration de la peau, la distribution et l’évolution de la pigmentation externe.
Les premiers auteurs ont été embarrassés surtout pour
distinguer cette cachexie bronzée de la maladie d’Addison. Dans l'observation I de MM. Hanot et Chauffard, nous avons vu M. Rendu hésiter longtemps dans son diagnostic.
Dans la maladie d’Addison, la peau est brunâtre et rappelle la teinte du mulâtre, tandis que, dans la cachexie pigmentaire du diabète, la peau présente plutôt un aspect gris de fer
à reflets bleuâtres. Au point de vue de la distribution, ce fond brun, qui constitue la pigmentation dans la maladie d’Addison, peut être dans quelques rares cas uniforme, mais ordinairement 1l est parsemé de taches plus pigmentées, avec une intensité de coloration plus grande au mamelon et au scrotum. On note en outre des parties complètement décolorées, de véritables plaques de vitiligo. Cette pigmentation atteint aussi les muqueuses : lèvres, gencives, face interne des joues, petites lèvres, gland, etc., etc:
Dans la cachexie bronzée du diabète, la teinte bleuâtre est uniformément distribuée à tous les técuments, et les muqueuses demeurent complètement indemnes. On ne trouve pas les taches brunâtres ni les plaques de vitiligo. De plus, tandis que la coloration, dans la maladie d’Addison, n’arrive quelquefois à être généralisée que par réunion des taches isolées, dans la cachexie bronzée du diabète la pigmentation est uniforme d'emblée et croît d'intensité avec les progrès de la cachexie.
D'ailleurs, les symptômes propres à chacune des deux maladies nous aideront dans le diagnostic. En effet, dans la maladie d'Addison, la coloration de la peau peut être intense sans qu'il y ait trace de cachexie; on ne trouve ni amaigrissement, ni diarrhée, mais une asthénie profonde typique, accompagnée de vertiges et de défaillances. On ne trouve pas non plus la douleur et la tuméfaction du foie, la glycosurie, l’émaciation étonnante et la perte radicale de forces qui caractérisent la cachexie diabétique.
Nous ne dirons qu'un mot de largyrisme. La coloration bleuâtre de la peau limitée à la face et aux mains, c’est-à-dire aux parties découvertes, la connaissance d’un traitement antérieur par le nitrate d'argent, suffiront pour éviter toute erreur de diagnostic.
Mais il y a un autre état morbide que l’on pourrait confondre avec la cachexie bronzée, car il a de commun avec celleci les symptômes de la cachexie en général et des troubles marqués dans la coloration des téguments, c’est la cachexie paludéenne, dont notre savant maître, M. le professeur Kiener, a fait une étude approfondie. Décrivant les lésions de la cachexie paludéenne et citant les observations de MM. Hanot et Chauftfard, et de M. Letulle au sujet de la cachexie bronzée du diabète, il écrit : « La lecture des observations ne laissera aucun doute sur les analogies qui existent entre cette forme de cachexie paludéenne et la cachexie diabétique. Quelque différente que soit leur origine, les deux cachexies ont des symptômes communs et une marche similaire. » Nous ne pouvons mieux faire, pour arriver à démontrer les différences qui existent entre les deux cachexies, que de citer les paroles suivantes de notre maître : « Nos malades (paludéens) présentent, en effet, un affaiblissement et un amaigrissement progressifs, une colora-
tion sombre et bronzée de la peau contrastant avec la pâleur
MTS des muqueuses, l’hypertrophie douloureuse du foie et dans les derniers jours de la vie un état soporeux ou comateux, des ecchymoses et des pétéchies. L'origine paludéenne de la cachexie se manifeste chez eux par l’hypertrophie constante et considérable de la rate, dés accès de fièvre rebelle et quelquefois pernicieux, et enfin l’ictère, symptôme fréquent à toutes les périodes de l’intoxication. »
Chez nos malades atteints de cachexie bronzée diabétique, nous avons vu,en effet, que la rate demeurait normale, et nous n'avons jamais constaté de fièvre tenant à la maladie ellemême. Dans le seul cas qui nous est personnel, nous avons observé un peu de fièvre, accident d’ailleurs passager, qui à duré deux jours et ne s’est plus renouvelé. Enfin, caractère assez important, les fonctions intellectuelles demeurent intactes jusqu’à la fin. De plus, la coloration de la peau, quoique uniformément répandue à tout le corps et respectant les muqueuses, comme dans la cachexie diabétique, n’a pas la teinte bleuâtre, gris de plomb de cette dernière, mais une teinte brun roux qui est bien connue.