OBSERVATION II
Diabète sucré. — Cirrhose hypertrophique du foie, avec pigmentation cutanée
et viscérale. — Mort.
(HanoT et CHAUFFARD)
Charles P..., âgé de trente-sept ans,entre le 24 août 1881 au no 22 de la salle Saint-Jérôme, dans le service de M. le professeur Jaccoud, qui remplaçait alors M. le docteur Hanot.
Anlécédents héréditaires. — Le père du malade est mort de phtisie pulmonaire. Pas d’autre tare diathésique dans la famille.
Antécédents personnels.— Charles P... n’a jamais eu d'autre maladie que celle qui l'amène actuellement à l'hôpital. C'est un homme sobre, rangé, qui n'a pas eu la syphilis et n'a jamais fait d’excès alcooliques.
Un an avant l'entrée à l’hôpital, dans l'été de 1880, la santé générale commence à s’altérer : des douleurs abdominales, accompagnées de coliques et de diarrhée, se montrent; l’acuité visuelle diminue ; la soif et la quantité des urines augmentent d’une facon très notable, en même temps que l'amaigrissement et la perte de forces vont en croissant.
RE
Depuis le mois de décembre 1880, de la polyphagie est survenue, puis les facultés génitales, diminuées déjà, disparaissent complètement.
En janvier 1881, ictère léger de courte durée. L'affaissement est assez prononcé pour forcer le malade à garder le lit, qu'il ne quitte
presque plus jusqu’au moment où il se décide à entrer à l’hôpital.
État actuel. — Ce qui frappe tout d’abord, c'est d’une part l’amaigrissement extrême, l'aspect profondément débile et cachectique du malade; c’est ensuite la teinte grisâtre et légèrement bronzée des. téguments, surtout au niveau de la face.
Le malade ne tousse pas, et l'examen minutieux de la poitrine ne fait reconnaître aucune lésion. L'appétit et la soif sont notablement augmentés, sans atteindre cependant les proportions extrêmes que l'on observe chez certains diabétiques; cinq à six litres de liquide suffisent pour les vingt-quatre heures. Les digestions sont faciles et régulières ; mais la diarrhée est habituelle et provoque trois à quatre selles par jour.
Le ventre est peu saillant, indolent, souple ; quelques veines souscutanées forment réseau dans sa moitié sous-ombilicale. Le foie est très développé, surtout au niveau du lobe gauche; la palpation permet d’en apprécier aisément les contours et de voir que, si sa consistance semble légêrement accrue, l'organe à conservé sa forme générale et son bord inférieur lisse et tranchant. La matité hépatique est de 15 centimètres sur la ligne axillaire. Ces différentes explorations sont du reste douloureuses, et le foie est le siège d'une véritable douleur sourde, soit spontanée, soit provoquée.
La quantité des urines rendues en vingt-quatre heures varie entre quatre et six litres, sept au maximum. Elles n’ont pas la pâleur un peu lactescente qu'ont souvent les urines diabétiques ; leur coloration est ambrée, leur densité oscille entre 1030 et 1035.
Pas d’azotine ; l’urée totale éliminée dans les vingt-quatre heures varie de 40 grammes, chiffre maximum, à 20 grammes au minimum. Le quantité de glycose contenue par litre est de 40 à 50 grammes, suivant la quantité d'urine, soit en moyenne 300 grammes par
jour.
Traitement. — On met le malade au régime complet, avec pain de gluten, viande rôtie et 2 litres de vin par jour.