‹ La caisse d'épargne; comédie en un acte et en versChapitre 11 sur 13 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

JEANNE

Pierre, mon pauvre ami, vois quel généreux maître Dans ta coupable erreur tu faillis méconnaître.

PIERRE, confus.

Je suis...

LEMIRE

Pardon, Madame, en agissant ainsi, Je n'ai fait que remplir un devoir. Dieu merci !

PIERRE

Vous êtes le plus fort! votre bonté m'accable. C'est vrai, je ne vaux rien, je suis un misérable. J'aime à flâner. Je vais où me pousse le vent. Je me laisse entraîner, et... j'ai soif... trop souvent. C'est un mal, j'en conviens, mais c'est dans ma nature; Le ciel a fait ainsi sa faible créature. J'ai voulu réagir, je n'ai pas réussi.

Je suis congédié, condamné sans merci !

Il s'assied près de la table et se prend la tête entre les mains; après une pause.

Je suis donc une brute, une affreuse canaille !

Quand j'aurais dû pleurer, je m'insurge et je raille.

La générosité de mon brave patron

Qui m'eût peut-être encore accordé mon pardon

Ne rencontre en mon cœur que le dédain stupide ! . . .

Et quand on l'accusait d'un intérêt cupide.

Loin de me dépouiller, il me gratifiait

D'un dépôt prévoyant;... car enfin, ce livret...

Il reprend le livret, l'ouvre et lit.

Que vois-je? Ai-je bien lu! mais non, c'est impossible!

JEANNE

Que dis-tu ?

PIERRE

Cependant le chiffre est bien lisible.

C'est bien huit cent vingt francs!... à moi!

JEANNE

Huit cent vingt francs!

Une pareille somme à nous, à nos enfants, Cette fortune enfin que je rêvais sans cesse?

PIERRE, se levant.

Voyons! huit cent vingt francs! comptons bien. A cinq...

[Qu'est-ce?

Plus de quarante francs de rente, un vrai trésor. Que l'épargne, ma foi, peut augmenter encor.

JEANNE

Pierre! Pierre! de trop espérer, ô, prends garde. Une déception...

PIERRE

Mais, femme, tiens, regarde!

Il lui montre le livret.

LEMIRE

Votre époux, sans conteste, a huit cents francs à lui !

PIERRE

Jeanne, je suis sauvé ! je suis riche aujourd'hui.

Car je la tiens bien là cette somme bénie !

Mon cœur est inondé d'une joie infinie...

C'est un rêve ! mon Dieu ! pour nous, huit cent vingt francs '

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