‹ La caisse d'épargne; comédie en un acte et en versChapitre 5 sur 13 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

JEANNE, PIERRE, entre deux vins.

PIERRE, il chanlc l'air de Figaro.

Tralalalalala, etc..

Et ma gaîté jamais ne finira...

JEANNE, effrayée.

Pierre, qu'as-tu fait?

PIERRE

Moi? mais rien ! j'ai rencontré Un ancien compagnon, et puis je suis entré Avec lui chez Leblanc, l'aubergiste d'en face. Voyons ! je ne pouvais pas faire la grimace Au verre qu'il m'offrait au nom de l'amitié. Alors il a fallu me fendre de moitié Dans cette occasion de camaraderie...

De là tout doucement cette humble griserie.

JEANNE *, vivement.

Comment! lorsque tantôt...

PIERRE

Eh ! ne te fâche pas.

Montre de l'indulgence ou gronde-moi tout bas. Que veux-tu? L'aubergiste avec son air candide Nous vantait ses caveaux sur un ton si perfide,

* Jeanne, Pierre.

Que nous nous sommes pris à cette glu. Ma foi! Un saint eût succombé tout aussi bien que moi. Car ce clairet vraiment vaut tout un long poème. Sa réputation est légitime... et j'aime Jusqu'à son ton mordant. . . Ah ! ah ! je m'y connais ! Et pour ces choses-là nous avons un palais D'une délicatesse à nulle autre pareille; J'en ai flûte, ma chère, une fière bouteille!

Jeanne, qui n'a cessé de faire des gestes de triste étonnement, tombe affaissée sur une chaise.

Quelle charmante chose ! et quel pouvoir divin A donc cette liqueur que l'on nomme le vin ? Ton sermon aigre-doux m'avait rendu morose. Me voici radieux et voyant tout en rose. Tu me semblés plus belle et tu l'es, palsambleu! Le ciel était d'un gris !. . . et le voilà tout bleu. Eh ! vive la gaîté, que le jus de la treille Comme un magicien a su mettre en bouteille. La gaîté ! ce trésor du pauvre travailleur, Qui relève sa force et sèche sa sueur ; Qui lui fait supporter plus d'un amer déboire... La gaîté, mes enfants, qui fait chanter et boire. Boire! c'est s'élever jusqu'au septième ciel, Où l'âme se nourrit d'ambroisie et de miel... Où l'on voit des houris d'un choix...

Il fait claquer sa langue.

Pardon, Madame, Mais on peut les aimer sans trop trahir sa femme. Boire! c'est se plonger dans un vague enchanteui Où la réalité perd toute sa laideur ; Où, comme en un désert un consolant mirage Du pauvre pèlerin ranime le courage...

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