‹ La caisse d'épargne; comédie en un acte et en versChapitre 9 sur 13 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

J'ai pu fermer les yeux sur de certains écarts, Des travaux négligés ou d'assez longs retards... Ces faits étaient fâcheux, mais dans ma bienveillance Je tenais compte encor des heures de vaillance.. . Et puis, je me disais : ce n'est que passager, Un faux pas, un retour vers d'autres temps, danger Dont saura l'avertir sa compagne prudente... Mais, puisque je me vois déçu dans mon attente, Qu'une dure leçon ne l'a point amendé, Un pénible devoir m'est ici commandé :

Pierre, dès aujourd'hui, chez moi n'a plus d'ouvrage. Mouvement de Pierre et de Jeanne. Lcmire remonte.

JEANNE

Ah! Monsieur, vous n'aurez point ce triste courage, De frapper mon mari d'un coup aussi cruel?

LÊMIRE.

Il s'était engagé par un vœu solennel

A ne plus retomber dans sa faute première. . .

II a trompé ma foi, je dois rompre avec Pierre.

JEANNE

Pour lui, mon cher Monsieur, je demande pardon.

PIERRE, avec éclat.

Eh ! de quoi se plaint-il en somme, le.pati-on?

Quand il lui plaît à lui de fermer la boutique.

Il nous renvoie, et puis bien le bonjour, pratique !*.

Et la loi le protège, et la loi le défend. . .

Le capital toujours doit être triomphant !

Pierre, Lemire, Jeanne.

LEMIRE

De rironie ! Ami, la colère t'emporte.

A moi-même je dois de te fermer ma porte.

Ma résolution me coûte énormément,

Mais, pour en revenir, je ne le puis, vraiment.

Si tu Tavais voulu, par une épargne sage

Pierre hausse les épaules.

Tu pouvais ramener dans ton heureux ménage L'aisance d'autrefois, . . . tu. . .

PIERRE, l'interrompant.

L'épargne, parbleu !

Rien n'était plus aisé ; je vous demande un peu Si ce n'est pas ici se moquer d'un pauvre homme De qui, sans crier gare, on a pelé la pomme Jusqu'à n'en lui laisser que le maigre trognon... L'épargne ! en vérité ! le billet est bien bon !

11 s'assied.

JEANNE

Pierre, tais-toi, tais-toi!

LEMIRE, avec sévérité.

Cessez ce persiflage.

Je n'en veux point du tout entendre davantage. Je ne suis pas ici venu pour écouter Les propos qu'il vous plaît, Monsieur, de débiter. J^espérais ranimer sous l'aiguillon du blâme L'amour de vos enfants qui s'éteint en votre âme.

Mouvement de dénégation de Pierre.

Mais je me suis trompé. . . c'est tant pis pour nous deux. De vous voir repentant j'eus été trop heureux. Prenez donc ce livret?

Il place un livret de la caisse d'épargne sur la table.

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