‹ La Caisse d'épargne de Neuchâtel, 1812-1912 [microform]Chapitre 25 sur 105 · LA CAISSE OKPAKGNE DE NEL'CHATEL · texte numérisé non relu

LA CAISSE OKPAKGNE DE NEL'CHATEL

objet qui, en divisant L- parti républicain, l\ altèrent les espérances du parti royaliste, jusqu'à lui faire croire au Nuccés possible de la prise d'armes du 5 septembre 185e. \ i\ rappelant ces faits, Numa Droz, l'historien impartial et |v la République neuchàlc-

îmse, (i) a fort bien maraué -t v; -.lit en deux camps les

Neuchâtelois

ueV0U„i au ii^'Uvt.'.

vn querelle poiLu t ^ui i». ^liu .i cipaic de raccordenient avec la Fraie Jum Industriel devait être ; obtenu de Vtu' un< -- '

cran l.i .igné prm-

i> prctendaienî que

■ et elles avaient

'"'^justice;

Si nous rappelons ces souvenirs, c'est qu'il importe de constater qu'au milieu méiuc uc l'agitation causée par les divisions politiques, la Caisse d'Épargne, lidéle à sa ligne de conduite, ne se laissa pas un instant influencer par les passions qui s'agitaient autour d'elle, et «auxquelles ses chefs ne pouvaient, individuellement, demeurer étrangers. Comme administrateurs des économies du peuple neuvh ••. lois, ils surent ne s'inspirer que du souci des intérêts J. la garde. Cette attitude correcte, patriotique au sens k :;h,.

(1) Puhliaitim cûmmémorativ* à Fûi'iOiwn p. V) a 60.

tLJ/ée/néte c/e /a J)it€ciion; ditecéeut-acl^'oini ; aitecieut.

LES CHEMINS DE FER

mot, apparaîtra dans tout le chapitre qu'on va lire, et qui n'est que la reproduction de documents précis.

Le 22 janvier 1856, le Comité prend connaissance d'une lettre de la Municipalité du Locle, relative à l'emprunt de Fr. 450.000 destiné à payer les actions qu'elle a souscrites pour l'établissement du chemin de fer Le Locle-La Chaux-de-Fonds-Neuchâtel. La Municipalité souhaite que la Caisse d'Épargne se charge de négocier cet emprunt au 4%. Le Comité, tout en se réservant de consuher la Direction, répond que de pareilles opérations sont l'affaire des banquiers, et que, d'ailleurs, la Caisse ne saurait participer au prêt sans connaître les garanties offertes par la requérante. Quelques jours après, la Direction engage une longue déUbération sur cet objet. Ses membres ne sont pas tous également favorables, en principe, à des prêts aux Municipalités. Mais, en outre, l'assemblée examine la grosse question de savoir si la Caisse d'Épargne s'intéressera à une ou plusieurs entreprises de chemins de fer neuchâtelois. Elle décide qu'elle y prendra part selon les ressources dont elle dispose, mais seulement sous la forme d'une prise d'obligations.

La fin de 1856 fut marquée par la contre-révolution du 3 septembre, qui ne jeta qu'un trouble passager dans la marche de l'établissement. La correspondance fut suspendue pendant quelques jours : le 10 septembre, la Caisse d'Épargne s'excuse auprès de MM. F. Marcel et fils, à Lausanne, d'une réponse un peu tardive : « Les malheureux événements dont notre pays vient d'être le théâtre nous ont empêchés de vous répondre plus tôt. »

En outre, le correspondant loclois de la Caisse d'Epargne, qui avait pris part au mouvement royaliste, fut incarcéré préventive-

ti|!

ié6

ment, et dut demander son remplacement immédiat : on délégua au Locle M. Quinche-Reymond pour « soigner, pendant la vacance,

les affaires urgentes ». (i)

Quelques jours après, mourait le Président de la Direction, Frédéric de Chambrier. Cet homme éminent, patriote aux vues larges et hautes, qui attachait plus de prix au bonheur de sa patrie qu'à la forme du gouvernement, estimait que la génération nouvelle avait le devoir de servir le pays sous la République, au lieu de s'abandonner à d'inutiles regrets. L'entreprise de 1856, qui compromettait brusquement tout le travail de pacification accompli depuis huit ans, porta au vieillard un coup trop douloureux pour n'être pas mortel : il expira le 21 octobre. Le 7 novembre suivant, M. Ferdinand d'Ivernois fut appelé à lui succéder comme Président de la Direction.

Dans la séance du 18 janvier 1858, un prêt de Fr. 20.000 est accordé à la paroisse des Brenets pour l'achèvement de son temple. La demande adressée à la Caisse est un peu insolite, il est vrai, mais le Comité l'accueille favorablement, «k cause du but». L'éloquent pasteur des Brenets, M. Girard, — une figure ecclésiastique singulièrement décorative, au verbe abondant et solennel, dont le souvenir demeure à quiconque l'a entrevue, — exprima sa reconnaissance

(i) Dès l'année suivante, il fut alloué aux correspondants du Locle et de La Chauxde-Fonds, dont la tâche devenait toujours plus considérable, un traitement annuel de Fr. 800.

LES CHEMINS DE FER

par une lettre où nous lisons : « Merci, très honoré Monsieur le Directeur! Que la bénédiction du Seigneur repose à jamais sur vous, sur Messieurs du Comité que vous présidez, et sur une administration qui est encore une des gloires du pays! » (20 janvier 1858). D'autres décisions, d'une portée plus générale, allaient réjouir le cœur de M. de MontmolHn: le 26 février 1858, il écrit dans son journal cette page pleine de satisfaction :

Séance du Comité de la Caisse d'Épargne, remarquable en ceci : c'est que pour la première fois il a pris la décision de s'intéresser directement à des entreprises ayant pour but de venir en aide à l'industrie neuchâteloise, et spécialement à l'industrie horlogère. C'est aussi la première fois qu'il s'est intéressé aux chemins de fer neuchâtelois ou nationaux. Ainsi, il a pris cinquante obligations du Franco-Suisse, cent actions de Fr. 200 à l'Union horlogère, cinquante de Fr. 500 au Comptoir de consignation de Neuchatel (cette société ne s'est jamais constituée) (i), et aussi cinquante actions de Fr. 500 à la Société horlogère d'exportation qui se forme au Locle. Ce n'est pas sans peine que j'ai fait passer ces propositions, surtout celle relative à l'Union horlogère, dont les administrateurs provisoires, ou plutôt les fondateurs, n'inspirent pas grande confiance. Mais la majorité a pensé qu'il était utile (au point de vue politique), et surtout dans un moment où l'on parle beaucoup de ce que la Caisse d'Épargne fait ou ne fait pas, de s'intéresser à des entreprises qui sont

(i) Ce projet, que M. de Montmollin avait chaudement recommandé à ses collègues, comportait la création d'une caisse de dépôts et consignations pour venir en aide à l'industrie du pays pendant la durée de la crise. Les dépôts devaient se faire contre des warrants, que les déposants négocieraient à la Banque, de telle sorte que les actionnaires n'auraient à débourser qu'un dixième pour les frais d'installation. Le Directeur ayant proposé à ses collègues une prise d'actions, le Comité, « envisageant qu'une caisse pareille doit être d'un grand secours à l'industrie, puisqu'elle n'a pas pour but d'augmenter la fabrication, mais de la soutenir», décida de s'intéressera l'afîiiire jusqu'à concurrence de Fr. 50.000. Le projet n'eut pas de suite.

envisagées par bon nombre de personnes comme étant d'utilité publique, sans en éliminer une, ce qui produirait un fort mauvais effet auprès d'un certain monde, et surtout du parti gouvernemental, qui protège tout particulièrement l'Union horlogère.

Ici, une note curieuse du narrateur, inscrite en marge, sous la date de 1863 : « La suite a prouvé quQ financièrement parlant, mais seulement financièrement, je m'étais trompé. Ces diverses compagnies ont donné de tristes résultats ; néanmoins, on peut espérer, maintenant qu'on a payé les écoles, que la situation s'améliorera. »

On a remarqué l'allusion que fait M. de MontmoUin aux critiques formulées dans le public sur l'activité de la Caisse d'Épargne : elles expliquent la décision du Comité (26 février 1858) d'établir son compte-rendu annuel de façon à «démentir le bruit qui circule, que la Caisse d'Epargne prête beaucoup à l'étranger, et peu dans le pays ». Les faits étaient d'ailleurs le plus éloquent démenti, puisque dans chaque séance du Comité, c'étaient de nouvelles facilités accordées aux entreprises nationales et locales.

Le II mars 1858, la Direction est autorisée à prêter aux actionnaires du Franco-Suisse, qui sont embarrassés de répondre à Tappel de fonds de la Compagnie, le montant exigé sur leurs actions. Le 7 avril, le Comité souscrit Fr. 1 5 .000 pour la Société de construction qui est à la veille de se fonder à Neuchâtel; le 25 juin, le prêt à la Compagnie d'exportation est porté à Fr. 50.000.

En décembre 1858, sur l'initiative d'un des pasteurs de la ville, M. F. Godet, se constitua une Société immobilière pour la construction de logements ouvriers dans le quartier des Parcs. M. de MontmoUin, qui avait répondu avec empressement à ses ouvertures, fit

LES CHEMINS DE FER

à son tour appel à ses collègues de la Caisse d'Épargne ; ceux-ci furent unanimes à voter une souscription décent actions de Fr. 250, portant un intérêt qui, selon les statuts de la société, ne devait jamais dépasser 3 %, « le surplus des revenus devant servir à donner un peu plus de confort à ces habitations ».

Peu de temps après, le Comité décide de souscrire pour Fr. 1 5.000 à l'emprunt de Fr. 2.550.000 des Municipalités des Montagnes, soit un tiers pour Le Locle et deux tiers pour La Chaux-de-Fonds. Puis ce sont Fr. 10.000 prêtés au Musée Challandes, alors en possession d'une vogue qu'il a un peu perdue depuis ; un prêt de Fr. 4 à 5000 consenti pour la Société du Manège, puisque celle-ci « est en quelque sorte d'utilité pubHque, mais avec réserve de pouvoir demander hypothèque sur le bâtiment... » Dans une séance suivante, le 27 mai, le Comité décide, « eu égard aux événements graves qui se déroulent » (la guerre d'ItaHe venait d'éclater), « qu'il ne sera pas fait de prêts aujourd'hui, mais qu'il sera simplement placé encore Fr. 50.000 à la Banque [cantonale], en vue d'une échéance en mai ». En novembre 1859, le Comité s'intéresse pour Fr. 100.000 à l'emprunt de Fr. 1.600.000 émis par l'État de Neuchâtel. Puis la société formée pour la construction de l'Hôtel Bellevue obtient un prêt hypothécaire de Fr. 100.000 ; la Fabrique de télégraphes Hipp, de Neuchâtel, offre, avec succès, à la Caisse d'Épargne une action de Fr. 5000. « Les membres du Comité font noter qu'ils n'ont accepté une souscription à cette affaire, dont les bases ne leur plaisent pas, que dans le but de favoriser l'étabHssement dans le pays d'une industrie qui peut devenir avantageuse à la classe ouvrière » (31 août i8éo). Mais bientôt la Société se constitua sur des bases

plus rationnelles et plus solides, avec le concours de la Bourgeoisie de Neuchatel : aussitôt la Caisse d'Épargne entra pour Fr. 10.000 dans la nouvelle combinaison.

Dans la séance du 18 octobre suivant, la Direction constate qu'elle peut maintenant « satisfaire le désir qu elle éprouve depuis plusieurs années, de faire jouir ses déposants d'une partie des bénéfices que la bénédiction divine a accordés à cet établissement». Dés le le^" janvier, l'intérêt sur les sommes déposées sera de 4 %, la Direction se réservant d'ailleurs de rétablir l'ancien taux, si des pertes réduisaient d'une manière sensible le fonds de réserve, ou si des événements imprévus l'exigeaient.

A ce moment, la Direction avait remboursé presque tous les dépôts dépassant le chiffre réglementaire, et le procés-verbal note que ces remboursements représentent plus de Fr. 500.000.

Le 7 janvier i8éo, M. de MontmoUin propose de remplacer M. Frédéric de Chambrier par un membre de sa famille : « Comme la Direction a tenu à ce qu il y eût un membre des familles Coulon et de Pourtalés, elle doit tenir à ce qu'il y en ait un de la famille de Chambrier », puisque le président de la Direction récemment décédé « était l'un des membres fondateurs de la Caisse d'Épargne, si même il n'en était le principal fondateur, en ce sens que l'idée en avait été émise par lui ». (i) M. Charles de Chambrier fut élu.

Le 29 novembre 1860, après le vote de l'emprunt par le Grand Conseil, la Caisse d'Épargne consent à prêter à l'État, au 4 °/o, une somme de Fr. 99.520, destinée au paiement des allocations pour

(i) Voir Chapitre II.

LES CHEMINS DE FER

construction de maisons d'école. Elle décide, le 27 mai 1 861, de prendre pour Fr. 20.000 d'actions du Comptoir d'escompte du Valde-Travers, qui va être créé et dont les fondateurs et administrateurs «méritent la plus entière confiance». Elle consent à faire des avances dont le chiffre est remis à la prudence du Comité — à la

Chambre d'assurance, cela afin de l'aider à exécuter l'article 40 de la nouvelle loi sur l'assurance mutuelle cantonale des bâtiments, qui prescrit que les trois quarts des indemnités doivent être payés dans les trois mois qui suivent l'incendie.

Toutes ces affaires auxquelles s'associa l'établissement ne lui causèrent pas une égale satisfaction, notamment le Comptoir d'exportation, dont les actions commencèrent bientôt à baisser ; le représentant du Locle dans la Direction proposa de les vendre au plus vite, mais ses collègues préférèrent garder ces valeurs (?), aussi bien que celles d'autres sociétés neuchâteloises « qui n'ont été souscrites, dit le procès-verbal, que dans un but d'utilité publique, ou que par patriotisme » (3 mars 1862).

La Direction est autorisée, le 28 mars 1862, à ouvrir à la Société de construction de Neuchatel un compte-courant de 50.000 francs, qui fut porté au double six mois plus tard.

L'année 1863 fut marquée par la construction du nouvel hôtel de la Caisse d'Épargne. Celle-ci occupait depuis le mois de juillet 1842 la maison édifiée par elle rue de la Place d'Armes (aujourd'hui la Préfecture). C'est M. Louis de Pury, le fondateur de la banque

II'

I il

bien connue, qui fit au Comité, le 27 mars 1863, la proposition de construire un nouveau bâtiment, devenu nécessaire. En effet la Caisse et la tenue des livres se trouvaient à l'étroit dans un même local ; les vérificateurs de comptes n'avaient d'autres bureaux, pour pointer les écritures, que les petites salles d'attente du public où ils étaient à chaque instant dérangés. La Société de construction serait peut-être disposée à céder une partie du massif qu'elle avait acquis ou s élevait déjà la Banque Cantonale (Banque Nationale actuelle)' et a y édifier, pour le compte de la Caisse d'Épargne, un bâtiment assez spacieux pour y loger tous les bureaux au rez-de-chaussée « Cette entreprise, ajoutait l'éminent financier, qu'animait le souci de 1 intérêt général, cette entreprise aiderait à l'achèvement si désirable du quanier Purry et procurerait de l'ouvrage aux artisans de la ville. »

Quelques timides objections furent faites, pour la bonne régie mais on fut unanime à demander à la Société de construction des' plans et devis, dont la Direction prit connaissance déjà le 20 avril Le devis sommaire s'élevait à Fr. 197.000, non compris le terrain dont le prix porta le coût présumé à Fr. 220.000 au maximum; iî fallait d ailleurs en déduire le prix de vente de la maison de la Place d Armes, soit Fr. 40 à 50.000. Les logements aménagés dans le nouvel immeuble pouvaient produire Fr. 5 à 6000 par an. L'opération parut excellente à la Direction, qui fut unanime à l'approuver Le Conseil d'Etat ayant accordé l'autorisation nécessaire, il ne resta plus qu'à traiter définitivement avec la Société de construction et, comme le dit le procés-verbal, à « profiter du moment de la baisse des eaux pour travaux de pilotage et bétonnage ».

U^tiâéf'/ de /a C<7/.5.;;r ./ t

IH

lit

LA CAISSL u Ll'ARGNE DE NEUCHATEL

bien connue, qui fit au Comité, le 27 mars 1863, la proposition de construire un nou\eau bâtiment, devenu nécessaire. En effet, la Caisse et la tenue des livres se trouvaient à l'étroit dans un mcmc local ; les vérificateurs de coirpt<-s riavaicnt j'autres bureaux, pour pomter les écritur. v. ..n,, ^^,,,^^^^ ^^ ^^^^y^^^ ^^ , ^.j^

étaient à chaque , société d. construction serait

^T^''' ÎT ' ' •" ^'''^^ ^' "^'^ "^^'^ '''^'^'^'^

Banque Natioîs.ile actuelle),

-e dhD.Trpnc. un !>:)T'ment

assez spacieux ns : i \

^ * - 'C-cnau-s-.* ■.

« Cette entrepris., .ijouioic . ci ^u a;. k srniri

de 1 intérêt général, cette entreprise aiderait ;; bJiévenK.

rable du quartier ,;* ,i.- r. ,., ,. ^

, "' ' "^ -'^ ^ux ariibuij.^ de

ti U!ii..,u.„ai jiiAUJiinui- !e 20 avril

Le devis sonin;a,K s'élevait à Fr. 197.000, non compris le terrain dont le prix porta le coût présumé à Fr. 220.000 au maximum ■ il fallait d'ailleurs en déduire le prix de vente de la maison de la Place d Armes, soit Fr. 40 â 30.000. Les logements aménagés dans le nouvel immeuble pouvaient produire Fr. 5 à 6000 par mh l 'np.v,tion parut excellente â la Direction, qui fut unaniir Le Conseil d'État ayant accordé l'autorisation n. plus qu'à traiter déiînitivement avec la comme !e dit le procés-vcrbal, à t pK ., , des eau., jv,,., iravaux de pilotage et I '

fl

Im!

LES CHEMINS DE FER

Le prix du terrain occupé par ce vaste immeuble, rue du Môle 4, étonnera sans doute les lecteurs d'aujourd'hui : il s'éleva à Fr. 15.658. La maison fut construite sur les plans de M. Louis Châtelain.

Page 1