‹ La Caisse d'épargne de Neuchâtel, 1812-1912 [microform]Chapitre 29 sur 105 · CHAPITRE XII VJlnnée de ta Guerre · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII VJlnnée de ta Guerre

Prêts aux commissions cadastrales. — Prêts aux Communes et à l'État. — Démission de M. de Montmollin ; élection de M. de Pury-Muralt. — Échos de la guerre de 1870-1871 ; voyage en France. — Le Jura-Industriel. — Nouveaux prêts à l'État et aux Communes.

LE rapport sur l'exercice 1866 «témoigne, dit le procès-verbal, de la prospérité toujours croissante de l'établissement et de l'augmentation de faveur ou de crédit qu'il obtient auprès de la classe ouvrière, puisque le nombre des déposants augmente chaque année ». Aussi la Caisse d'Épargne continue-t-elle à seconder

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plus que jamais toutes les initiatives intéressant la prospérité générale. Le 26 septembre 1866, elle fournit Fr. 200.000 à 4 '/^ % au Crédit Foncier pour lui faciliter des prêts hypothécaires, et décide, en février 1867, une nouvelle prise d'actions de cet étabhssement. A la même époque, commencent dans le canton les opérations du cadastre, dont l'établissement avait été décidé par le Grand Conseil, (i)

C'est une nouvelle occasion pour la Caisse d'Épargne de se rendre utile : elle fait aux commissions cadastrales, sous la garantie personnelle de tous leurs membres, les avances de fonds dont elles ont besoin. Elle prête en outre aux Communes de quoi édifier des bâtiments scolaires ; elle accorde à la Commune du Locle, au 4%, Fr. 120 à 130.000 pour construire un hangar des pompes; elle souscrit une somme de Fr. 50.000, au taux de 4 7, %, au nouvel emprunt de Fr. 100.000 de la société de l'Hôtel de Chaumont. Et lorsqu'on lui demande de participer à l'érection, sur la place Purry, d'une fontaine monumentale devisée à Fr. 12.000, elle décide de s'intéresser à cet objet de luxe pour une somme de Fr. 1000.

Les relations si cordiales qui s'étaient établies entre le gouvernement de l'État et celui de la Caisse d'Épargne suggérèrent au Directeur une initiative nouvelle, pour le moins imprévue. Voici la déclaration qu'il lut au Comité dans la séance du 26 septembre 1866:

Depuis longtemps déjà, je suis préoccupé de l'idée que la Caisse d'Épargne de Neuchàtel, seule peut-être dans l'Europe continentale, s'administre et se meut librement, sans aucun contrôle officiel. Et pourtant, elle a en maniement plus de onze millions appartenant à 14.000 personnes.

(i) Loi sur le cadastre du 29 juin 1864.

Dans les circonstances actuelles, n'est-ce pas un phénomène ? Et ne doit-on pas craindre que dans un avenir plus ou moins éloigné cet état de choses ne soit mis en question et que l'autorité ne s'en émeuve ?

C'est ce que je voudrais éviter. Or, pendant que je puis le faire en toute liberté, et en affirmant qu'aucune insinuation ni directe ni indirecte ne m'a été faite, j'émets le vœu que cette situation change et que l'autorité soit mise en part (part aussi minime que possible) dans l'administration et la direction d'un établissement si éminemment utile.

A cet effet, et après en avoir conféré avec un homme dont les sentiments et l'indépendance parfaite ne peuvent être mis en doute, j'émets l'idée que, vis-à-vis du gouvernement, la Caisse d'Épargne se place dans la même position que l'établissement de Préfargier, c'est-à-dire qu'elle nomme membre de la Direction soit un conseiller d'État, soit tout autre personnage officiel qui serait nommé par la Caisse d'Épargne et agréé par le gouvernement. D'après ce qui m'a été affirmé par la personne dont je parle, qui est membre de l'administration de Préfargier depuis sa fondation, la présence d'un délégué du gouvernement dans les conseils de cet établissement n'a eu que des avantages, et n'a présenté aucun inconvénient.

M. de MontmolHn se bornait à suggérer l'idée, laissant ses collègues décider s'il convenait d'en faire l'objet d une proposition auprès de la Direction. Il réclama l'insertion de son petit discours au procésverbal, « afin, dit-il, que par la suite, et quoi qu'il arrive, l'on sache quelle a été mon opinion à cet égard, avant qu'aucune pression n'ait été exercée, ni même aucune insinuation de qui que ce soit n'ait été faite, dans le but d'arriver à un changement du Règlement qui régit la Caisse d'Épargne depuis le 2 juillet 1840».

Cette « suggestion » ne fut discutée que l'année suivante. Le 25 octobre 1867, le Comité décida de s'abstenir de formuler un préavis qu'on ne lui demandait pas; il envisageait d'ailleurs que a l'introduction officielle d'un membre du gouvernement ne peut

avoir lieu que par un changement du règlement, et que pour le moment on doit se borner à avoir égard à cette idée lorsqu'il y aura une nomination à faire ».

Le 1 5 novembre, la Direction elle-même abordait la question, pour la résoudre, du reste, comme le Comité, en faveur du statu quo; quelques-uns proposèrent de renvoyer l'affaire à l'assemblée de mars ; sur quoi plusieurs membres firent observer que le renouvellement des autorités cantonales devait avoir lieu au mois de mai, qu'en mars l'agitation électorale aurait déjà commencé, et qu'en nommant un conseiller d'État membre de la Direction, «celle-ci pourrait paraître faire de la politique ». On allégua aussi, non sans justesse, que si la composition du Conseil d'Etat venait à être modifiée, ce corps ne se trouverait plus représenté à la Caisse d'Epargne. Cependant, M. de Montmollin reçut satisfaction, sinon en principe, du moins en fait : comme il y avait trois membres de la Direction à élire, l'assemblée choisit pour un des sièges vacants M. Marcehn Jeanrenaud, conseiller d'État, directeur des finances.

Quatre mois plus tard, M. de Montmollin, prévoyant que l'état de sa santé pourrait l'obliger d'un moment à l'autre à donner sa démission, demande à ses collègues de pourvoir à son remplacement éventuel. Le Comité se déclare unanime à exprimer « la pénible surprise que lui cause cette communication, en même temps que l'espérance que M. le Directeur voudra bien modifier sa résolution et donner longtemps encore à la Caisse d'Épargne le concours si précieux de son dévouement et de son expérience ». Dans la séance suivante, le Directeur reconnut « qu'il y a des positions que l'on ne peut pas abandonner une fois qu'on les a acceptées ». Il n'insista

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donc pas sur sa demande, mais avertit ses collègues qu'un brusque changement de direction pourrait avoir de fâcheux effets. Il en était si convaincu, qu'au mois d'octobre suivant il renouvela sa démission : la Direction alors l'accepta, en le nommant Directeur honoraire, tandis que M. Alph. de Pury-Murah, Directeur-adjoint depuis le i^^ septembre 1854, le remplaçait comme Directeur effectif.

Dans le même temps, nous relevons parmi les prêts de l'établissement celui de Fr. 100.000 accordé à la Suisse Occidentale, qui faisait un emprunt de Fr. 550 à 600.000 pour l'augmentation de son matériel d'exploitation ; celui de Fr. 1 5 .000 à la Commune de Savagnier pour l'achèvement de sa maison d'école ; celui de Fr. 20.000 pour la construction de l'Hôtel du Mont-Blanc; celui de Fr. 21.000 à la Commune de Colombier pour construction d'un collège ; de Fr. 7.000 à la Commune d'Hauterive pour l'aménagement de ses fontaines; celui de Fr. 100.000, à 4 %, à l'État afin de l'aider à payer les allocations faites par le Grand Conseil pour la construction de divers bâtiments scolaires; celui de Fr. 15.000 à la Municipalité de la Chaux-de-Fonds pour couvrir les frais de correction de la Ronde, et cela, exceptionnellement, sans réclamer d'hypothèque ou de garanties personnelles; celui de Fr. 3.000 à la Commune de Cressier pour aménagement de son cimetière, etc..

M. de MontmolHn avait eu le juste pressentiment que sa carrière approchait de son terme. Il mourut le 29 septembre 1870, suivant de peu M. L.-A. de Pourtalès, qui était mort le 7 juin de la même année. Dans la séance du 4 novembre 1870, le Directeur rappela les services rendus par ces deux hommes, et plus spécialement par M. de MontmolHn, membre de la Direction depuis 1835, Directeur

depuis 1849 jusqu'au 31 décembre 1868, et dés lors membre et président du Comité. Les fils des défunts, MM. Maurice de Pourtalés et Georges de Montmollin, furent appelés à les remplacer dans la Direction, et M. de Sandoz-Morel fut nommé président du Comité, (i)

Au moment où se passaient ces choses, il en arrivait de bien plus graves à la frontière de notre pays : la guerre sévissait depuis cinq mois dans les départements limitrophes, ce qui expHque cette déclaration faite à la séance du 21 décembre 1870:

Pour sa décharge personnelle et celle du procureur, M. le Directeur annonce au Comité qu'il y a plusieurs renouvellements d'hypothèques à faire en France dans les départements envahis par les armées allemandes, entre autres un à Belfort, qui est maintenant assiégé, pour le mois de janvier prochain, et qu'il n'y aura probablement pas possibiHté d'y procéder.

M. Louis de Pury proposa, mais sans succès, de créer un portefeuille sur le pays pour utiliser l'encaisse et éviter autant que possible un chômage.

Autre écho de l'année terrible : le 10 février 1871, — c'est-à-dire au moment où tout Neuchatel était occupé à recevoir, héberger et soigner les malheureux soldats de l'armée de l'Est — la réunion du Comité ne compte que quatre personnes : elle ne se juge pas assez «revêtue» (expression qui n'est pas si ridicule qu'on croit, mais

(i) Le Comité avait toujours été présidé par le Directeur, jusqu'au moment où M. de Montmollin, ayant quitté la Direction, fut mis par ses collègues à la tète du Comité, de façon, dit le procès-verbal, « à lui donner un titre qui lui permit de venir tous les jours au bureau ».

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particulière à Neuchâtel) pour prendre des décisions. Ce Comité si peu revêtu apprend néanmoins, sans plaisir, que les comptes de l'année 1870 soldent par une avance du compte de profits et pertes de Fr. 2.565,55, ce qui s'explique par le fait que de nombreux intérêts qui devaient rentrer en décembre ne pourront être payés que dans l'année courante.

Une somme de Fr. 10.000 fut prélevée sur le compte de ducroire pour être versée au fonds d'amortissement.

La guerre finie, le Directeur, M. de Pury-Muralt, et le procureur, M. Maret, s'en allèrent visiter les régions de la France où la Caisse d'Épargne avait des placements hypothécaires. Il en existait 6, pour une somme de Fr. 62.100, chez M. Farine, à Champagnole; M. Bourquard, au Russey, n'en avait pas moins de loi, représentant Fr. 734.800; il en restait 8, gérés par divers agents, pour Fr. 267.500, ce qui faisait au total plus d'un million de créances, soit exactement Fr. 1.064.400.

Les voyageurs passèrent quinze jours à visiter les immeubles hypothéqués ; sans réussir à les voir tous, ils en virent assez pour remporter une impression de parfaite sécurité. Ils constatèrent même, non sans surprise, que dans l'arrondissement et la ville même de Belfort, leurs débiteurs n'avaient en général que peu souffert de la guerre et que tous étaient en mesure de payer les intérêts échus.

L'argent fait si peu défaut dans ce pays, dit le rapport, que l'un de nos débiteurs, auquel nous avions, comme à tous les autres, imposé la condition du 5 °/o, (i)

(i) Les obligations hypothécaires consenties par la Caisse d'Épargne stipulent que le taux de l'intérêt sera porté à 5 °/o s'il n'est payé au plus tard trois mois après son échéance.

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ne voulant pas s'y soumettre, a préféré nous rembourser Fr. 9000 qu'il nous devait; un autre, débiteur de Fr. 19.000, est venu, pendant que nous étions chez le notaire Péquignot, y payer ses intérêts, et nous a en même temps dénoncé le remboursement pour l'année courante.

M. C. et sa femme, pendant le bombardement de Belfort, ont vu leurs deux petites maisons détruites par les boulets et les obus de l'armée allemande, et ces malheureux vieillards en ont éprouvé un tel chagrin, qu'ils en sont morts les deux à un ou deux jours de distance. Leur succession, acceptée sous bénéfice d'inventaire, se compose des sols et des murs encore debout des deux maisons, de deux petits jardins, le tout soumis à notre hypothèque, et de l'indemnité qui sera peut-être retirée du gouvernement. D'après ce que nous avons pu voir, ce qui reste de notre gage primitif est suffisant pour nous couvrir.

Dans la séance de la Direction du 15 novembre 1871, lecture fut donnée du rapport décennal. Sur la proposition de M. Louis de Pury, on décida d'en retrancher une phrase rappelant la coopération de la Caisse d'Épargne à des objets d'utilité publique. Mieux vaut faire que dire.

Nous relevons dans les procés-verbaux de 1871, 1872 et 1873, les prêts suivants :

Fr. 5000 à la Commune de Peseux pour restauration de son temple ;

Fr. 300.000 à la Société de l'Hôtel du Mont-Blanc, contre hypothèque de l'immeuble ;

Fr. 40.000 à la Société de construction de La Chaux-de-Fonds ;

Fr. 200.000 à la Municipalité de La Chaux-de-Fonds pour la construction d'un quatrième collège ;

Fr. 100.000 à la Municipalité du Locle ;

Fr. 200.000 à l'État,

sans parler de divers prêts moins importants aux Communes de Noiraigue, de Cressier et à la Commission cadastrale de Saint- Aubin.

Un détail recueilli en passant montre que la Caisse d'Epargne n'inspire pas moins de confiance aux particuliers qu'aux corps de l'État et que la renommée dont elle jouit n'est pas moins flatteuse à l'étranger qu'en Suisse. Le notaire A. Jeanneret, des Brenets, informe la Direction, par lettre du 25 juin 1872, qu'un ressortissant des Brenets, négociant à Caracas (Venezuela), (i) désire placer en Suisse Fr. 14.000 que vient de léguer à ses enfants un ami de la famille, décédé là-bas. « Comme la Caisse d'Epargne de Neuchâtel est l'établissement qui offre aux yeux du père le plus de garanties, que du reste il est honorablement connu», il demande que cette somme soit placée à la Caisse par portions égales sur la tête de ses six enfants. « Je me permets, ajoute judicieusement le correspondant des Brenets, de vous recommander cette demande, car ce serait un nouveau motif d'attachement à son pays pour un compatriote qui compte bien revenir finir ses jours ici, et qui y envoie ses enfants pour les faire instruire et communier. »

Au commencement de l'année 1874, la Caisse d'Epargne eut à s'intéresser à la société qui se formait alors pour reprendre le Jura- Industriel. Le Comité décida en principe qu'il la favoriserait par des prêts à l'Etat, ainsi qu'aux trois grandes Municipalités qui y participeraient comme actionnaires, et que la Caisse répartirait entre elles la somme qu'elle pourrait consacrer à cet objet.

(i) M. Aug. Guinand.

Quelques mois plus tard, l'État demandait à la Caisse d'Épargne Fr. 400.000 qu'il allait verser, par fractions successives de Fr. 100.000, dans cette entreprise. On décide de demander à ce sujet des explications au Directeur des finances. Puis le Comité apprend que la participation de Fr. 800.000 réservée au public est loin d'être fournie, que la souscription d'actions a été paralysée par l'échec de l'entente projetée avec la Suisse-Occidentale, qui eût assuré le rendement des actions ; les Municipalités auront donc à fournir une part plus élevée.

Il résulte d'un rapport général présenté par M. Maret, procureur, que la Caisse d'Épargne était à ce moment créancière de l'État pour Fr. 1.628.000; de La Chaux-de-Fonds, pour Fr. 373.731 ; du Locle, pour Fr. 312.231. Le rapport conclut qu'elle peut encore se charger de la moitié de l'emprunt nouveau de chacune des Municipalités. Elle réclamera des obligations au porteur facilement réalisables, ce qui lui permettra de s'intéresser à d'autres emprunts que font pressentir divers décrets du Grand Conseil, notamment ceux qui concernent la correction des eaux du Jura, certains projets de route, sans parler des chemins de fer régionaux, dont on commence à s'occuper.

Cette affaire demeura en suspens, tout comme le sort même du Jura-Industriel demeurait incertain. Entre temps, la Caisse d'Épargne prête à l'Etat Fr. 100.000 au 4 % pour la maison de correction du Devens et Fr. 200.000 pour la construction de la salle du Grand Conseil. Puis, dés le commencement de l'année 1875, ^^ direction des finances de l'État sollicite Fr. 294.000, emprunt autorisé par les décrets du Grand Conseil des 17 juin et 18 novembre 1873, pour les

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routes du Val-de-Ruz, des Côtes du Doubs et de La Brévine-Val-de- Travers : ce prêt est accordé au 4 7^ %, remboursable en dix ans par annuités. Mais le Comité ne dissimule pas qu'au lieu de tous ces emprunts partiels, il préférerait un emprunt global qui comprendrait tous les travaux à exécuter.

Sur ces entrefaites, La Chaux-de-Fonds revenant à la charge, la Caisse lui prête une nouvelle somme de Fr. 100.000, et décide le même jour de souscrire Fr. 170.000, solde de l'emprunt de la Municipalité de Neuchâtel (Fr. 400.000 au 4 72 %) ' d'accorder un nouveau prêt de Fr. 70.000 à la Commune du Locle contre hypothèque du « Communal » et de deux forêts ; enfin, de s'intéresser de nouveau à la Société de construction du chef-Keu pour Fr. 100.000 et de participer largement à l'emprunt de Fr. 400.000 de la Société de l'usine à gaz de Neuchâtel.

Or c'est à ce moment, où aucune grande entreprise dans notre pays ne semblait possible sans le concours et l'appui de la Caisse d'Epargne, que celle-ci se vit menacée dans son autonomie, c'està-dire dans son existence même — du moins sous sa forme primitive — par le projet de loi sur les Fondations.

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