‹ La Caisse d'épargne de Neuchâtel, 1812-1912 [microform]Chapitre 36 sur 105 · LA CAISSE D ÉPARGNE DE NI-T'^ '^ \TFI · texte numérisé non relu

LA CAISSE D ÉPARGNE DE NI-T'^ '^ \TFI

proportions, quune transformation profonde de ses principaux rouages devient nccessaire. Impossible désormais de se contenter dun Directeur qui veuille bien consacrer chaque jour quelques heures de ses loisirs à la surveillance générale. Comme toute grande institution financière, la nôtre sent le besoin urgent d'avoir à sa tête un homme de la partie, qui lui devra tout son temps ^t sera rétribué en conséquence.

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PERIODE ACTUELLE

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C'est à ce moment (juillet 1893) que M. P.-H. Guyot, notaire, offrit à la Caisse d'Épargne, au nom de M. Edouard Elskes, l'Hôtel du Mont-Blanc, pour le prix de Fr. 3 70.000.

Le Comité, à l'exception d'un de ses membres, M. Louis de Pury, se déclara favorable à cette opération, grâce à quoi l'établissement pourrait réaliser une économie de Fr. 100.000 sur le projet de construction. « Si, d'un côté, disait le Directeur dans son rapport, nous regrettons de ne pouvoir procurer un travail rémunérateur aux ouvriers de notre ville, d'autre part, le peu d'empressement de la Commune à nous seconder n'était pas fait pour nous encourager. » En outre, le voisinage de nombreux cafés rendait quelques personnes peu favorables à l'emplacement du Port. L'acquisition du Mont-Blanc fut enfin résolue. Le devis des travaux d'aménagement s'éleva à Fr. 43.000.

Le Conseil d'État consentit à ne réclamer le lods (droit de mutation) que sur la différence entre le prix de vente de l'immeuble ancien (Fr. 200.000) et le prix d'acquisition du nouveau, soit sur Fr. 170.000. M. Alfred Borel se porta acquéreur de l'hôtel de la rue du Môle que la Caisse d'Épargne allait quitter. C'est en mars 1895 qu'elle prit possession de son nouveau domicile ; elle en occupe tout le vaste rez-de-chaussée, ainsi qu'une grande partie du sous-sol, qui est réservée aux caveaux pour la garde des titres et des archives. Le reste de la maison demeure aménagé en appartements.

PÉRIODE ACTUELLE

Cette installation plus spacieuse et plus commode permit de réaliser diverses améliorations que l'intérêt public faisait juger désirables : par exemple, dés juillet 1894, l'administration avait décidé l'ouverture des guichets le samedi soir, afin de permettre à l'ouvrier de venir déposer les gains de la semaine et de lui épargner ainsi la tentation de les dépenser le dimanche. On juge si le Comité se montra sympathique à cette mesure, qui répondait si bien aux sentiments dont s'étaient inspirés les fondateurs de l'établissement.

Dans la même séance, le Comité entendit un rapport présenté par le Directeur sur les moyens d'assurer aux femmes mariées la libre disposition des sommes déposées en leur nom. Cette question, dont on se souvient que M. Louis Coulon se préoccupait déjà, et qui a une si grande importance pour beaucoup de familles de travailleurs, fut l'occasion d'un intéressant débat. L'initiative de la Caisse d'Hpargne ne tendait à rien de moins qu'à réformer notre droit matrimonial ; aussi plusieurs se demandaient-ils si elle ne sortirait pas de son rôle pour empiéter sur celui du législateur. Cependant, tous exprimèrent le vœu « que la femme mariée soit autorisée à disposer elle-même, sans l'assistance ni l'autorisation de son mari, des carnets d'épargne à son nom, aussi longtemps qu'il n'intervient pas de défense juridique de la part du mari». Il n'était nullement besoin, même en 1894, de se piquer de féminisme pour applaudir à une mesure aussi naturelle.

Parmi les décisions importantes des dernières années du siècle, nous citerons les suivantes.

Le 17 septembre i8j6, la Direction accorde à la Commune de La Chaux-de-Fonds, pour la construction de son hôpital, un prêt

de Fr. 300.000 au 3 %. avec amortissement de i % àès 1901. Elle refuse d'accepter en garantie l'immeuble, jugeant que prendre hypothèque sur un hôpital « ne serait pas convenable ». M. Arnold Grosjean remercie la Caisse d'Épargne de ce nouveau témoignage de sympathie pour La Chaux-de-Fonds, que celle-ci appréciera

vivement.

Le 4 mars 1897, un nouveau prêt de Fr. 148.000 est accordé, aux mêmes conditions de faveur, à l'État pour la maison de correction du Devens.

Quelques jours plus tard, la Caisse souscrit Fr. 5000 au capital de garantie du Tir fédéral de 1898, et prête ses caveaux pour y déposer les prix de tir.

Puis vient (octobre 1897) un long débat à propos du chemin de fer régional du Val-de-Travers, pour lequel l'État sollicite un prêt de Fr. 350.000 à 2 %, avec amortissement de i '/. %. Le principe même de ce prêt était fort discutable, ainsi que le montra M. Auguste Roulet, notaire : cet homme de grande expérience estimait que la demande du Conseil d'État eût été plus naturellement adressée à la florissante fabrique de ciment de Saint-Sulpice ou à la Banque cantonale, étabHssement de l'État. Le Comité se montrait néanmoins disposé à accorder, au taux de 3 % d'intérêt, la somme demandée. Le lendemain, la Direction adopta, à titre de mesure générale, une résolution proposée par M. Alfred de Chambrier : « La Direction, désirant faciliter à l'État l'exécution de la convention intervenue au sujet des gares des Montagnes, du Régional du Val-de-Travers et de la Directe [Neuchâtel-Berne], met à la disposition de l'État Fr. 350.000 à 3 %, avec 1 % d'amortissement.

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Ainsi, la Caisse d'Épargne éviterait tout à la fois l'apparence de subir une pression, le péril de créer un précédent qui allumerait les appétits d'autres régions du canton, et l'inconvénient d'être impliquée dans les affaires de chemins de fer. Le représentant de l'État, M. Petitpierre-Steiger, se rallia lui-même à cette proposition. L'État étant revenu à la charge, l'emprunt fut une seconde fois refusé le 24 février 1898.

Il en fut tout autrement de la demande, présentée au Comité le 8 février 1899, ^'un prêt de Fr. 700.000 à 2 7^, avec amortissement de 1,85 % dés 1905, en faveur de l'Asile des Incurables de Ferreux. Ici, la Caisse d'Épargne se sentait sur son vrai terrain, celui de la philanthropie et de la charité. Les membres du Comité prirent sur cet objet une résolution dont les termes doivent être reproduits : «Ils sont heureux que la Caisse d'Épargne puisse en cette occasion venir en aide à l'État, car le but pour lequel cette somme lui est demandée rentre bien dans l'application de l'article 12 du Règlement, et il serait difficile de trouver une œuvre répondant mieux que l'institution de Ferreux à l'interprétation de cet article. »

MM. Droz et Fetitpierre-Steiger, délégués de l'État, remercient la Caisse d'Épargne de cette décision, qui lui fait honneur ; elle est « une nouvelle preuve de l'intérêt qu'elle porte aux œuvres philanthropiques de notre pays, et sera accueillie avec une reconnaissance très grande ».

A partir de l'année 1900, il est tenu deux registres des délibérations, l'un pour le Comité, l'autre pour la Direction ; et nous tenons

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Ainsi, la Caisse d'Épargne éviterait tout à la fois l'apparence de subir une pression, le péril de créer un précédent qui allumerait les appétits d'autres régions du canton, et l'inconvénient d'être impliquée dans les affaires de chemins de fer. Le représentant de l'État, M. Petitpierre-Steiger, se rallia lui-même â cette proposition. L'État étant revenu à la charge, l'emprunt fut une seconde fois refusé le 24 février 1898.

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PÉRIODE ACTUELLE

à noter en passant qu'ils furent inaugurés par M. Jean Quinche, l'excellent secrétaire que la Caisse d'Épargne a prématurément perdu en 19 10.

Nous allons résumer aussi brièvement que possible ce qu'ils nous apprennent d'essentiel sur l'activité de l'établissement pendant les douze années qui achèvent son premier siècle d'existence.

Mentionnons tout d'abord un important objet, dont le seul énoncé suffit à faire mesurer l'énorme développement qu'a pris l'institution pendant le dernier quart du XIX™^ siècle. En 1902, s'impose la nécessité de construire un hôtel pour l'Agence de La Chaux-de- Fonds. L'acquisition d'un immeuble (rue Léopold Robert, 3 6) est

décidée. Les études entreprises démontrent la convenance de démolir cette maison, afin d'en édifier une nouvelle spécialement aménagée pour sa destination, (i) Elle fut inaugurée le 12 décembre 1908.

La Direction assista presque au complet à cette cérémonie, où MM. Louis Perrier et Quartier-la-Tente représentaient le Conseil

JEAN QUINCHE

Secrétaire de la Direction et du Comité

(i) D'après les plans de MM. Prince et Béguin, architectes à Neuchâtel.

PERIODE actuelle

d'État, et à laquelle les autorités de La Chaux-de-Fonds avaient été naturellement conviées à prendre part. Au repas qui suivit la visite de l'hôtel, M. S. de Perregaux, Directeur, rappela que l'Agence avait pris de bonne heure une importance proportionnée au développement prodigieux du grand centre industriel de nos Montagnes. Mais l'expérience a conseillé de rendre cette succursale complètement indépendante de tout autre étabhssement financier. Pendant quelques années, M. Edouard Perrochet, agent de la Caisse d'Épargne depuis i8éi, fut en même temps directeur de la succursale de la Banque commerciale de Neuchatel : le crédit de l'un de ces établissements pouvait, en telle occasion, profiter à l'autre ; mais le contraire pouvait se produire aussi, comme cela arriva en 1896, lorsque la panique produite à La Chaux-de-Fonds par la crise que traversait la Banque commerciale fit accourir de nombreux déposants aux guichets de la Caisse d'Épargne. Celle-ci eut, en un seul jour, à effectuer des remboursements pour une somme de Fr. 80.000, et ce fut d'ailleurs la Banque commerciale elle-même qui avança les fonds nécessaires; puis les déposants, sitôt l'émoi passé, s'empressèrent de revenir.

Dans son allocution, M. S. de Perregaux indiqua la part prise par la Caisse d'Épargne à presque tous les emprunts émis par La Chaux-de-Fonds, spécialement à celui de 1897, Pour la construction de l'Hôpital. Elle fut heureuse de pouvoir s'y associer à des conditions de faveur, parce qu'elle estimait que cette institution remplit l'office d'un hôpital cantonal pour toute la région des Montagnes et profite ainsi au pays tout entier.

Les convives du banquet de La Chaux-de-Fonds entendirent avec un plaisir particuHer les souvenirs que leur conta, avec une bonhomie charmante, M. Edouard Perrochet. Il évoqua le temps où le premier agent tenait tout simplement chez lui le bureau de la Caisse d'Épargne. Jusque vers 1850, La Chaux-de-Fonds était un village de population homogène, où tous se connaissaient, où les choses se passaient en famille. Le père Ducommun, excellent homme, débonnaire, estimé de tous, envisageait ses cHents comme des amis. Mais avec le rapide développement que détermina la création des chemins de fer, les traditions patriarcales de l'Agence durent faire place à d'autres mœurs. Le village se peuplait d'éléments nouveaux, sans racines dans le passé local. Il fallut observer strictement les formes, lois et règlements. Et alors les vieilles demoiselles, fidèles habituées de l'Agence, de se lamenter : « Ce n'est plus comme du temps de M. Ducommun ; tout se passait plus simplement ! » — On se résigna tout de même aux nouvelles exigences du service, et les relations de l'Agence avec le public demeurèrent parfaites.

Le vieux caissier de M. Perrochet, une figure que tout le « grand village » connaissait, M. Dumont, mettait une inlassable patience à servir et renseigner le monde ; mais sous sa bonhomie veillait une clairvoyance attentive : « Rares ont été les tromperies et les fraudes, constate M. Perrochet. Mais ce n'est plus le bon vieux temps ; il faut ouvrir l'œil, refréner des tentatives d'usurpation de qualités, des essais de signatures empruntées... Et maintenant — ainsi poursuivait l'orateur — nous avons quitté les modestes bureaux où pendant cinquante ans le pubHc a afflué ; où, aux termes de Saint-Georges et de Saint-Martin, il s'empilait patiemment ; où, patiemment aussi.

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il fallait, malgré la foule attendant son tour, répondre aux questions de tout genre dont les dames, tout spécialement, ne sont jamais avares. L'exigence de la signature du mari leur était insupportable : « Vous me comiaisseï pourtant bien! C'est le carnet que j'avais étant fille... On voit bien que ce sont les hommes qui ont fait la loi!... »

M. Perrochet termina cette familière allocution en rendant hommage aux Neuchâtelois de bonne volonté qui ont fondé la Caisse d'Épargne, et à leurs dignes continuateurs. Il avait plus que personne le droit de parler d'une époque à laquelle son âge et son activité le rattachent en une certaine mesure : c'est le 27 mai i8éi que M. Edouard Perrochet fut nommé correspondant de La Chauxde-Fonds. La Caisse d'Épargne ne laissa pas de souligner en 191 1 ce demi-siécle de fidèle collaboration : une délégation alla présenter au jubilaire les remerciements et les vœux de la Caisse d'Epargne, et lui offrir en souvenir de son cinquantenaire une jolie vue neuchâteloise peinte à l'aquarelle par M. Paul Bouvier.

Dans la décade qui nous reste à parcourir, nous allons signaler d'abord les entreprises d'intérêt général auxquelles la Caisse d'Épargne a prêté son concours. Puis nous énumérerons les moyens nouveaux qu'elle a mis en œuvre pour stimuler dans notre population le goût de l'épargne. Nous indiquerons enfin quelques-unes des mesures qu'elle a prises en ce qui concerne son ménage intérieur.

Sa sollicitude s'est portée principalement sur les établissements hospitaliers existant en diverses régions du pays. En 1904, l'hospice

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PERIODE ACTUELLE

des Incurables de Ferreux a besoin de Fr. 300.000 pour des agrandissements indispensables. La maison de santé de Fréfargier s'étant déclarée prête à fournir le tiers de cette somme, l'État sollicite en faveur du Fonds de réserve et de secours institué par la loi sur les Communes un prêt de Fr. 200.000 à* 2 % d'intérêt et i % d'amortissement. La Direction unanime y consent le 22 juin 1904, et comme le déclarent les représentants de l'Etat, la Caisse d'Epargne « acquiert de nouveaux droits à la reconnaissance du pays tout entier ».

L'année suivante, c'est la ville de Neuchâtel qui, souhaitant de transférer son hôpital au Saarberg, sur l'emplacement du Fénitencier désaffecté (édifié jadis grâce au concours de la Caisse d'Épargne), sollicite un prêt de Fr. 500.000 à 3 %. A cette occasion, un des représentants de l'État dans la Direction, M. le docteur Pettavel, posa nettement le principe qu'un hôpital de district peut et doit être envisagé comme un établissement utile à l'ensemble du canton, puisque ces hôpitaux régionaux déchargent l'État du devoir d'ériger un hôpital cantonal. La somme que demandait la ville de Neuchâtel fut, par décision du 21 septembre 1905, ramenée à Fr. 300.000 (montant du prêt accordé à La Chaux-de-Fonds en 1897), avec intérêt de 3 % et i '/^ % d'amortissement. Mais, comme on sait, le projet de transfert de l'hôpital au Saarberg fut abandonné, et, après de nouvelles études, le Conseil Général décida d'édifier dans la forêt des Cadolles les constructions nécessaires. Sollicitée à nouveau, la Caisse d'Épargne accorda, le 22 février 1912, à la Ville un prêt de Fr. 400.000 à 3 % d'intérêt et i % d'amortissement.

En 1906, toujours en vertu du principe exposé par M. le docteur Pettavel, l'Hôpital du Landeyeux (Val-de-Ruz) obtient, aux

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mêmes conditions, Fr. 25.000 dont il a besoin; puis, en 191 1, Fr. 31.000 pour construire une dépendance.

Nouvelle demande de l'État en 1907 : il s'agit de Fr. 300.000 pour la constitution d'un fonds inaliénable au profit du futur Sanatorium cantonal pour tuberculeux. La Caisse d'Épargne, pénétrée de l'importance de cet objet, accorde la somme à i Va 7o d'intérêt et i^ Va 7o d'amortissement. Comme le déclarait M. Droz, conseiller d'État, cette décision, accueillie avec joie par la population, ne pouvait que fortifier les rapports excellents qui existent depuis si longtemps entre la Caisse d'Épargne et l'État.

Mentionnons encore le prêt de Fr. 30.000 (à 3 °/o d'intérêt et Fr. 500 d'amortissement pendant dix ans) accordé à l'Asile de Pontareuse, pour la guérison des buveurs, le 14 septembre 191 1, et, pour clore cette catégorie de bienfaits, le prêt de Fr. 60.000 à 3 % d'intérêt et I X d'amortissement consenti le 25 juillet 19 12 en faveur de l'Hôpital du Locle.

Ces indications suffisent pour faire mesurer au lecteur la part importante qu'a prise la Caisse d'Épargne au développement des services hospitaliers dans notre canton, et la façon vraiment libérale dont elle a continué d'interpréter cet article 12 du Règlement, grâce auquel l'épargne du pays retombe sur le pays en une rosée bienfaisante.

Ce perpétuel souci du bien général prend les formes les plus diverses. En 1909, le Comité, appelé à statuer sur le sort d'un certain nombre de livrets restés à sa disposition de par la volonté des titulaires, et qui représentaient Fr. 2600 environ, les abandonna en flivcur des enfants anormaux à la Société d'Utilité publique.

période actuelle

A côté des prêts consentis au profit d'établissements qui ont un caractère de permanence, il faut citer les mesures destinées à parer à divers besoins occasionnels. Telle est la résolution que prit le. Comité, en 19 10, pour venir en aide aux victimes de la crise viticole. Une série d'années mauvaises avaient créé une situation difficile à bon nombre de débiteurs, qui sollicitaient de l'établissement la suspension du paiement de l'amortissement convenu, ainsi que l'octroi de délais supplémentaires. Fallait-il prendre une mesure générale, ou accorder plutôt des facilités temporaires à ceux des débiteurs, d'ailleurs ponctuels, qui en feraient la demande avant l'échéance ? Le Comité décida (et, en ceci, il se conformait à la tradition de souplesse intelligente dont les fondateurs de la Caisse d'Épargne avaient donné tant d'exemples), le Comité décida de s'inspirer pour chaque cas des circonstances, et de ne point exiger rigoureusement la majoration d'intérêts envers les débiteurs qui ont coutume de payer régulièrement les intérêts et annuités de leurs obligations hypothécaires. La crise ne devait pas devenir un prétexte à solliciter des faveurs ; mais elle pouvait être une cause sérieuse d'embarras momentané.

Parmi les divers moyens de stimuler et de répandre le goût de l'épargne, il en est un qui fonctionne depuis 1911 avec beaucoup de succès. Nous voulons parler de la petite épargne au moyen de timbres-poste. On la préféra au co§rû d'épargm, qui fit l'objet d'une fort intéressante étude. Pour ceux qui ne connaissent pas ce moyen

de solliciter les économies les plus minimes, nous dirons quil assure d'une façon à la fois ingénieuse et simple l'épargne à domicile, telle que nous la pratiquions dans notre enfance : c'est la tirelire où nous aimions à glisser les centimes rouges et les menues pièces de 5 ou de 10 qu'il nous arrivait de posséder. Seulement, lorsque nous cédions à l'impatient désir d'en additionner le contenu, la tire-lire nous les rendait tels quels et sans qu'ils eussent fait des petits. Le coffret d'épargne est plus efficace. Il est remis gratis par l'établissement à tout déposant qui en fait la demande. La clef demeure entre les mains de l'administration ; celle-ci ouvre le coffret quand son détenteur le demande, et en porte le contenu à son

livret.

La Caisse d'Épargne et de Prévoyance de Paris (fondée en i8i8) a expérimenté «l'utilité féconde de ces collecteurs discrets des petites économies ». La plupart des coffrets lui sont apportés deux ou trois fois par année pour être ouverts ; d'autres reparaissent quatre, cinq, six fois l'an ; quelques-uns plus souvent encore. En une seule année, le produit des coffrets d'épargne s'est élevé à Fr. 4)0.000. La Caisse d'Épargne des Bouches-du-Rhône, celle de Genève, où ce service fut institué en 1906, n'ont eu également qu à se louer de cette innovation. Si elle ne fut pas introduite à la Caisse d'Épargne de Neuchâtel, c'est pour diverses raisons trop longues à détailler. En revanche, le i^' février 191 1, le Comité adopta le timbre-poste-épargne.

Supposez l'enfant de parents peu fortunés qui désire mettre de côté les sous qu'il parvient à réunir : il les convertit en timbres de 5 ou de 10 centimes, qu'il colle sur des cartes dont la surface est

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PERIODE ACTUELLE

divisée en un certain nombre de compartiments; quand ceux-ci sont remplis, la carte est remise à la Caisse d'Épargne. Celle-ci adresse à la fin de chaque trimestre ces cartes à la Direction générale des Postes, qui en bonifie la contre-valeur sous déduction de V2 %• Ce mode d'épargne est destiné à un succès croissant, si l'on en juge par le résultat du premier exercice, qui a produit la somme relativement imposante de Fr. 18.000. Sans la carte d'épargne, ces 18.000 francs, où auraient-ils passé? Ils se seraient évanouis sou par sou, sans profit pour personne.

Nous tenons à consigner ici le souvenir du jubilé centenaire des Caisses d'Epargne d'Ecosse, célébré en 19 10 à Edimbourg et auquel la Caisse d'Épargne de Neuchâtel fiit invitée à s'associer. Dans le rapport où il rendit compte de cette solennité, le Directeur, M. S. de Perregaux, put constater que les déposants des caisses d'épargne écossaises reçoivent un intérêt de 2 72 %. A ce taux-là, les administrateurs trouvent sans peine un placement de tout repos dans le 2 V4 % ^^ gouvernement et le 3 % des villes. A ce point de vue comme à bien d'autres, les clients de notre Caisse d'Épargne peuvent se tenir pour privilégiés.

Il nous reste, pour achever cette histoire, à mentionner quelques décisions qui se rapportent à l'administration même de la Caisse d'Épargne. Le Règlement de 1840, qui fiit revisé sur divers points en 1890, puis en 1902, a subi dés lors une modification qu'il convient d'indiquer. Le 29 septembre 19 10 fiit ajouté à l'article 14 un

deuxième alinéa disposant que, sur la proposition du Comité, la Direction peut nommer un fondé de procuration pour agir et signer au nom de l'établissement. Dans la même séance, M. Jean

Montandon, déjà au service de l'établissement depuis le 3 1 mars 19 10, fut désigné pour remplir cette fonction.

Le Grand Conseil discuta en 19 10 un projet de loi sur l'organisation du notariat qui faillit enlever à la Caisse d'Épargne quelques-uns de ses meilleurs correspondams. L'article 32, alinéa 4, interdisait au notaire de recevoir des actes ou d'exercer une fonction quelconque de son ministère « quand l'affaire concerne une personne juridique dont il est directeur, administrateur, contrôleur ou agent ». La Caisse d'Épargne ayant plusieurs notaires parmi ses agems locaux, s'alarma d'une disposition qui pouvait la priver de leur précieuse collaboration. Elle demanda à la Commission législative, saisie du projet, de bien vouloir, dans ses délibérations, établir une distinction entre les correspondams de la Caisse d Epargne et les agems d'établissements hypothécaires que visait en réalité la disposition nouvelle. Il fut fait droit à cette requête.

PÉRIODE ACTUELLE

JEAN MONTANDON

Secrétaire de la Direction et du Comité Fondé de pouvoirs

Il serait bien étrange qu'une institution qui étend sa munificence sur tout notre pays ne réservât pas à son propre personnel une part de sa sollicitude. La Caisse d'Épargne s'est toujours montrée non seulement humaine, ce qui était son simple devoir, mais extrêmement généreuse envers ses employés atteints par la maladie ou la vieillesse, ou envers leurs survivants. En 1904, elle mit à l'étude la question des pensions de retraite dans son ensemble ; et cette question a été résolue le 25 juillet 19 12.

Le trait caractéristique de l'institution des pensions de retraite assurées aux employés après vingt-cinq ans de service, ainsi qu'à leurs survivants, c'est qu'elles leur seront allouées sans qu'il soit effectué aucune retenue sur leurs appointements ; ces pensions sont donc une pure libéralité de la Caisse d'Épargne. Il convient en outre de citer les dispositions finales de ce Règlement. Le jour même où la Direction l'adopta, elle prit, à l'occasion du Jubilé centenaire de l'établissement, la décision de créer en faveur du personnel un fonds de retraite et de lui faire une dotation de Fr. 50.000, en y affectant la somme mise en réserve dans la clôture des comptes du dernier exercice. Autant que possible, une somme sera prélevée chaque année sur les bénéfices réaHsés pour alimenter et accroître ce fonds de retraite. Disons enfin que cette réglementation, tout en assurant la sécurité du personnel, conserve cependant assez de souplesse pour laisser libre jeu à l'appréciation des circonstances individuelles et des cas exceptionnels. Ainsi la Caisse d'Épargne a su se garder du pédantisme bureaucratique et aUier à la rectitude propre à toute bonne administration un peu de cet esprit patriarcal dont l'âme du « père Coulon » semble avoir à jamais pénétré l'institution.

Au moment même où nous achevions d'écrire cette histoire, la Caisse d'Épargne donnait au pays de nouvelles marques de sa sollicitude pour le bien pubHc. A l'occasion de son Jubilé, elle a résolu d'abandonner à quelques institutions charitables un Hvret de Fr. 1 3 400 demeuré sans titulaire et qui lui avait été remis par son détenteur. Cette somme a été ainsi répartie: au Fonds pour les enfants anormaux, Fr. éooo ; à l'Asile des Billodes, Fr. éooo, et le solde à l'Asile de Cressier.

Et voici la plus récente décision prise par la Direction, également en commémoration du Centenaire : dés le début de l'année scolaire 191 3, il sera donné à chaque enfant du canton, au moment où commence pour lui l'obligation de fréquenter l'école, un Hvret d'épargne au capital initial de deux francs. De plus, et en échange des services rendus à l'épargne scolaire par le corps enseignant, il sera versé une somme annuelle au Fonds scolaire de prévoyance.

Cet acte de munificence extraordinaire couronne dignement l'activité que la Caisse d'Épargne a déployée pendant son premier siècle d'existence.

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