CONCLUSION
L'établissement de la Caisse d'Épargne n'est pas un objet de spéculation : elle a été établie pour le bien public.
P.-L.-A. COULON
LES hommes qui ont fondé la Caisse d'Épargne ont servi sans relâche, et selon les lumières de leur temps, le pays de Neuchâtel. Sur le terrain de la philanthropie sociale, leur activité désintéressée ne peut qu'être admirée sans réserve par tous les Neuchâtelois d'aujourd'hui. Celui qui écrit ces lignes est heureux d'avoir montré par des preuves irrécusables que personne n'a jamais surpassé M. Coulon et ses amis en dévouement au bien pubUc.
C'est précisément pourquoi la Caisse d'Épargne est, parmi tant d'institutions utiles et bienfaisantes qu'a vues naître la première
moitié du XIX"^^ siècle, celle qui jouit de la popularité la plus solide et de la confiance la plus générale.
L'œuvre qu'elle a accomplie depuis cent ans est intimement liée à tout le développement économique de notre canton. Elle en a été l'organe essentiel, le moteur toujours en action ; rien ne s'est fait sans elle ; son intervention, si souvent spontanée, a rendu possible tout ce qui s'est accompli chez nous d'utile et de généreux.
D'où a-t-elle tiré cette puissance ? La réponse est fort simple, et résume, en sa simplicité même, toute la grandeur morale de l'histoire que nous avons si minutieusement racontée.
Pour la Caisse d'Épargne de Neuchatel, l'argent a été le moyen; il n'a jamais été le but. Et c'est ce que l'argent doit être, sous peine de devenir une source de malédiction. On a dit : « L'argent est un bon serviteur et un mauvais maître. » Rien n'est plus vrai. Faites de lui l'instrument de hautes et nobles pensées : il sera le plus utile des serviteurs. Faites-en le but même de votre effort et le pourvoyeur de votre appétit : il n'est plus qu'un odieux despote, à qui ses esclaves n'ont à refuser aucune bassesse.
L'honneur de notreCaisse d'Épargne, c'est que l'argent n'y a jamais été que le serviteur de visées généreuses. Il a été mis, dés le début, à sa vraie place. D'emblée, il fut entendu que les promoteurs de l'institution n'en recueilleraient aucun bénéfice personnel, et que le pays seul en tirerait profit. La Caisse d'Épargne a amassé patiemment, mais non point pour elle-même. C'est une fourmi, mais une fourmi prêteuse. Tel est le secret des inappréciables services qu'a rendus l'épargne nationale, entre les mains probes et habiles de ceux qui l'ont si bien fait fructifier.