‹ La Caisse d'épargne de Neuchâtel, 1812-1912 [microform]Chapitre 4 sur 105 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

P.'L,-Jl. Coulon

Sa vie ; son caractère. — Son projet de Caisse d'Épargne. — A qui l'établissement était destiné. — Nouveaux tâtonnements : deux systèmes en présence. — Solution préférée. —Le Règlement et le Mémoire du 24 octobre 1812, approuvés par le Conseil d'État. — Le mouvement philanthropique neuchâtelois.

Tous les collectionneurs neuchâtelois — on sait s'ils sont nombreux et passionnés — connaissent le petit pamphlet, devenu fort rare à cause des poursuites dont il fut l'objet, intitulé : Réflexions sur l'état présent de la Ville de Neuchatel, en Suisse,

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sa police, ses lois et ses coutumes, suivies dune biographie des membres des petit et grand Conseils de cette ville, - par un Réfugié français, bourgeois

de Neuchatel (Paris, 1830).

Plus malveillant que spirituel, l'auteur, Eugène Fauche, injurie copieusement les magistrats de sa ville natale. Il insinue contre plusieurs d'entre eux des choses horribles, où l'on aime à ne voir que de pures calomnies. Parmi tant de vilaines imputations, une page frappe le lecteur par un brusque changement de ton. Il est une famille qui trouve grâce devant le pamphlétaire. On lit, page 89, dans rénumération des membres du Grand Conseil de la Ville :

Lauis Coulon, né en 1804. '

Au moins on a cette fois-ci choisi un sujet digne d occuper sa place. M. Coulon est un jeune homme instruit, plein d'ardeur pour l'avancement des sciences, et d:une famille renomma par ses vertus et son patriotisme.

Il faut que ces « vertus de famille » fussent bien authentiques pour n'être pas devenues des vices sous la plume du terrible Fauche Louis Coulon, qu'il loue à juste titre et que beaucoup d'entre nous ont encore connu, était le digne fils de Paul-Louis-Auguste Coulon, créateur de la Caisse d'Épargne, une des plus nobles figures que le pays de Neuchatel ait connues.

Toutes les idées larges et généreuses des promoteurs de la Caisse d'Épargne allaient se trouver comme incarnées dans un homme qui avait déjà pris une grande part à sa fondation, et qui allait maintenant en devenir l'ârne en présidant à ses premiers pas, en lui consacrant son temps, son intelligence, ses forces et en la lançant dans cette voie de prospérité dont l'esprit le plus audacieux n'aurait jamais pu pressentir l'étendue. Quarante-quatre années

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P.-L.-A. COULON

consacrées par M. Coulon à cet établissement, dont il fut pendant vingt-neuf années le teneur de livres, neuf, le directeur, six, le président, sont le meilleur commentaire d'une vie d'abnégation, qui a entouré son nom d'une légitime auréole et confondu dans un même sentiment de respect et d'admiration l'institution et l'homme qui en a été la plus haute et la plus remarquable personnification (i).

La biographie de Louis Coulon, écrite par Félix Bovet (2), va nous fournir une partie des renseignements que le lecteur attend sans doute.

Issu d'une famille protestante de Cornus en Rouergue, réfugiée en Suisse vers 1745, Paul-Louis- Auguste Coulon est né à Neuchâtel le 28 février 1777. Son père, qui avait quitté la France à l'âge de quinze ans à peine, fit sa carrière dans la maison de commerce du célèbre Jacques-Louis de Pourtalès, dont il épousa une cousine, M"' Viala, appartenant également au Refuge.

Louis, leur fils aîné, fit de solides études à Neuchâtel, d'abord sous la direction de son oncle le chancelier Jérôme Boyve. auteur des Recherches sur rindigénat helvétique de Neuchâtel; puis en Allemagne, à Hanau, où il se trouvait en 1792, lors de la prise de Mayence. Il fit ensuite en Angleterre son apprentissage de commerce, sans néghger les sciences, pour lesquelles il avait un goût très vif. Il consacrait ses loisirs à la physique et à la botanique. Entré dans la maison Pourtalès, il eut l'occasion de voyager beaucoup, séjourna à plusieurs reprises à Paris, et en profita pour compléter ses études

(i) Alfred de Chambrier, L'Académie et la Caisse d'Épargne, discours rectoral prononcé à l'inauguration du nouveau bâtiment académique, le 13 mars i88é.

(2) Notice sur M. Louis Coulon, père, lue à la Société helvétique des sciences naturelles, le )o juillet iSjj, par Félix Bovet (Neuchâtel, Wolfrath, 1855).

scientifiques. Il s'y lia avec le Genevois Pyrame de Candolle qui était animé comme lui d'un égal amour pour l'histoire naturelle et

pour le bien public.

Ce dernier trait de caractère est celui qui nous interesse surtout. Louis Coulon fut, selon l'heureuse expression de Félix Bovet, «un homme dont toutes les pensées et toutes les actions avaient pour but le bien de son pays et de son prochain ».

C'est dire avec quel empressement il avait accepté de siéger dans la Société du Jeudi. Son activité tendit surtout à favoriser a Neuchâtel le développement des sciences et des arts. On ignore en général qu'il forma, en 1815, avec le baron de Buren, de Vaumarcus le projet d'une Société pour l'avancement des études dans la Principauté de Neuchâtel. L'Hôtel DuPeyrou aurait été érigé en Musée national ; on y aurait logé les collections d'art et d'histoire naturelle ; le joli jardin à la française aurait été transformé (et ce n est pas ce qui nous eût souri le plus) en un jardin botanique. Dé,a les deux amis avaient réuni 25 000 francs pour l'exécution de ce projet- il y fallut renoncer à cause des charges extraordinaires que la guerre imposait alors à notre ville. Coulon n'en forma pas moins une collection de coquillages, de crustacés, de poissons qui fut e premier noyau de notre riche musée d'histoire naturelle. La ville lui doit également une collection de médailles, de cartes géographiques et de Uvres rares. , , c ■■,j Louis Coulon fut dés 1832 le premier président de la Société neuchàleloise des sciences naturelles, fonction que son fils devait remplir à son tour avec le même dévouement. Il ne quitta la présidence que pour se charger de la caisse; et comme celle-c. n était

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pas riche, Coulon faisait en sorte que les comptes bouclassent toujours sans déficit.

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