partie FINANCIERE ET ADMINISTRATIVE
En même temps que la Caisse d'Épargne faisait rentrer en masse ses capitaux dans le canton, comme nous l'avons vu plus haut, elle était naturellement amenée à leur chercher d'autres emplois que les placements hypothécaires, qui ne pouvaient tout absorber. Elle se tournait du côté du commerce et de l'industrie^ s'intéressait par la prise d'obligations et même d'actions à la plupart des nombreuses entreprises qui se créaient chez nous à cette époque (chemins de fer, banques, sociétés industrielles, immobilières et de crédit, d'intérêt plus ou moins général) et prenait ainsi une part importante au développement économique du pays.
Les prêts aux villes et communes du canton, mais surtout à l'État, prirent bientôt des proportions plus considérables encore.
Si bien que, dés 1862, un des membres les plus clairvoyants de la Direction, M. Louis de Pury, se demandait si, en prévision d'une crise financière générale, il n'y aurait pas lieu et avantage à placer un peu moins dans notre pays, et à faire en échange des placements au dehors et spécialement en Suisse.
Des divergences de vues se manifestent quatre ans plus tard au sein du Comité (i) sur l'opportunité et la convenance de prêter davantage à l'État, « deux membres croyant qu'il n'est pas prudent, en bonne administration, de s'avancer davantage avec l'autorité supérieure ; car les fonds qu'on lui prête peuvent être envisagés comme immobilisés et, en cas de crise, il serait impossible, croientils, d'obtenir des remboursements. L'un d'eux a fait un relevé des prêts qu'il considère comme prêts politiques et qui ascendent à
(i) Séance du 13 avril 1866.
Fr. 1.895.000; il y fait entrer le prêt à l'État, les prêts aux Municipalités des Montagnes et de la Ville, à la Société de construction et à la Société des télégraphes ; or, il trouve qu'il faut s'arrêter, puisque ces prêts sont plus élevés que le fonds de réserve. Il lui est répondu que l'opinion publique n'a pas été émue du prêt à l'État ; que les prêts 4 V. 7o aux Municipalités pourraient être réalisés avec bénéfice en ce moment,... que beaucoup de prêts à l'étranger courraient en cas de crise autant de chances ... et ne pourraient être réalisés avec moins de perte ; qu'enfin il ne faut pas se dissimuler que, dans tous les pays, les fonds des caisses d'épargne prêtés dans l'État ou à l'État sont envisagés comme étant pour le moins aussi solidement placés que partout ailleurs, et qu'en tout cas la responsabilité des administrateurs est bien plus à couvert en agissant de cette manière. »
Pour se rendre compte combien ce point de vue prévalut dans les années qui suivirent, il suffit de jeter un coup d'œil sur le compte de l'année 1875, par exemple, et de le comparer à celui de 1850. Alors qu'au milieu du siècle, la Caisse n'a dans le canton que 12 V, % de ses fonds, elle en a 70 V2 % en 1875. La proportion des placements à l'étranger a suivi une marche inverse : elle est tombée dans le même temps de 74^3 18V. %. Les placements suisses, par contre, n'ont subi qu'une diminution à peine notable de 13 à 11 %.
Il est à remarquer que les prêts dans le pays qui se multipliaient ainsi étaient faits pour une bonne part en faveur d' œuvres philanthropiques ou d'utilité publique, et cela parfois à des taux si réduits, qu'un membre de la Direction posa une fois la question de savoir s'il n'y avait pas lieu de remplacer cette forme déguisée de subvention par