PROLOGUE
teur n'a pas jugé à propos d'user du vers, considérant qu'en prose on use de paroles décousues et non de paroles rythmées. Que la pièce ne soit pas antique, cela ne doit pas vous déplaire, si vous êtes d'un goîit sain, par la raison que ce qui est moderne et nouveau réjouit toujours et plaît plus que les antiquités et les vieilleries, lesquelles à force de servir, ont coutume de sentir le rance. Elle n'est pas en Latin parce que, devant se jouer en face d'une foule de gens, qui tous ne sont pas doctes, l'Auteur, qui cherche par-dessus tout à vous plaire, a préféré l'écrire en vulgaire, afin que, entendue de tout le monde, elle plaise à tout le monde : outre que la langue dont Dieu et la Nature nous ont gratifiés, ne doit pas être près de nous en moindre estimation et de moindre grâce que le Latin, le Grec et l'Hébreu, auxquels elle ne serait peut-être aucunement inférieure, si nous-mêmes l'exaltions, l'observions, la polissions avec autant de diligence et de soin que les Grecs ont fait la leur. Celui-là est bien son propre ennemi qui estime la langue des autres plus que la sienne. Je sais bien, moi, que ma langue m'est si chère, que je ne la donnerais pas pour autant qu'on voudrait de celles qui existent aujourd'hui, et je crois qu'il en est de même de vous. Il doit donc vous être agréable d'entendre cette Comédie dans votre langue : je me trompe; c'est dans la nôtre que vous l'entendre^, car c'est à tious de parler, et