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AVERTISSEMENT VII

la première fois, l'Italie avait depuis longtemps déjà remplacé les vieux mystères ecclésiastiques, les messes des Fous, les soties, moralités et autres farces de la basoche, par des représentations théâtrales d'une richesse dont nous avons peine à nous faire idée, et auprès desquelles les splendeurs de nos opéras modernes paraîtraient tout à fait mesquines. « Durant prés d'un siècle, » dit M. Em. Guebhard, analysant quelques belles pages du grand ouvrage de Jacob Burkhard, Die Cultur der Renaissance in Italien, « durant prés d'un siècle, l'Italie a célébré une fête merveilleuse dans laquelle les érudits, les artistes, les courtisans, les princes, les papes ont mis tout leur esprit, et dont le spectacle s'est offert libéralement aux regards de la foule. La pantomime, le drame, l'intermède comique, les scènes tirées des romans de la Table- Ronde, le cortège des chars et des cavaliers, les fantaisies du carnaval, occupaient les rues et les places des grandes cités Italiennes. Pie II passa à travers Viterbe, le saint-sacrement dans les mains, ayant à

droite et à gauche des tableaux vivants : la Cène, le Combat de Saint-Michel contre Satan, la Résurrection, la Vierge enlevée par les Anges. Charles VIII, à peine entré en Italie, vit jouer les Aventures de Lancelot du Lac, et l'Histoire d'Athènes. Le cardinal Riario, neveu de Sixte IV, fit défiler devant Léonore d'Aragon Orphée, Bacchus et Ariadne trainés par des panthères, l'Éducation d'Achille, des Nymphes que tourmentaient des Centaures, etc. »

C'est au milieu d'un appareil mythologique du même genre que fut représentée la Caîandra en 1508. L'auteur du Cortigiano, Balthazar de Castiglione, autre familier de Léon X, alors attaché à la Cour du duc d'Urbin, en a rendu longuement compte à un autre de ses protecteurs, Lodovico Canossa, évêque de Tricarico, et sa lettre, qui est peut-être le premier feuilleton dramatique, mérite assurément que nous la traduisions :

« Nos comédies, » écrit-il, « ont très bienmar-

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