‹ La CalandraChapitre 20 sur 135 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

POLINICO

Il est bien vrai que plus un maître a de valets, plus il a d'ennemis. Celui-là te conduit à la potence, et quand même nul autre malheur ne t'en adviendrait, tu en aurais toujours un remords dans l'âme, car il n'est pas de plus cruel supplice que le souvenir des fautes commises. Quitte donc cette femme, Lidio.

LIDIO

Je puis autant la quitter qu'un corps peut quitter son ombre.

POLINICO

Tu ferais encore mieux de la détester que de la quitter.

FESSENIO

Oh ! oh ! oh ! il ne peut porter le veau, et tu veux qu'il porte le bœuf?

POLINICO

Elle te quittera bien, elle, dès qu'elle sera recherchée par d'autres; les femmes sont capricieuses.

LIDIO

Oh ! oh 1 oh ! elles ne sont pas toutes d'un même acabit.

POLINICO

Elles n'ont pas toutes même air, mais elles sont toutes de même nature.

LIDIO

Tu t'abuses grandement.

POLINICO

O Lidio, écarte le flambeau de façon que les visages ne puissent se voir, et il n'y aura pas entre elles une différence au monde. Sache qu'on ne peut voir à fond une femme, etiam quand elle est morte.

FESSENIO

Notre homme fait encore mieux que tout à l'heure je ne le lui reprochais.

POLINICO

En quoi ?

FESSENIO

Tu t'accommodes très bien à notre temps.

POLINICO

Mais non, je dis ce qui est vrai à Lidio.

FESSENIO

Plus haut encore est Madame la Lune.

POLINICO

Enfin, que veux-tu inférer?

FESSENIO

Je veux inférer que tu t'accommodes aux mœurs d'aujourd'hui.

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