ACTE I, SCENE II
POLINICO
De quelle façon ?
En étant l'ennemi des femmes, comme quasiment tout le monde, dans cette cour ; c'est pourquoi tu en dis du mal, et c'est agir iniquement.
LIDIO
Fessenio dit vrai, et on ne peut approuver ce que tu en as dit ; elles sont tout ce qu'il y a de volupté et de bonheur au monde, et sans elles nous serions inutiles, bons à rien, sauvages et pareils à des bêtes.
fessenio Qu'est-il besoin d'en dire tant ? Ne savonsnous pas que les femmes sont de si haute valeur qu'aujourd'hui il n'est pas un homme qui ne les imite, et volontiers d'âme et de corps ne devienne femme ?
POLINICO
Je ne veux pas te répliquer.
fessenio C'est que tu ne pourrais pas dire le contraire.
POLINICO
Je te rappelle, Lidio, qu'il est toujours temps
d'éviter l'occasion du mal ; et de nouveau je t'exhorte à vouloir, pour ton bien, renoncer à ces vaines amourettes.
LIDIO
Polinico, il n'est rien au monde qui accepte les remontrances et les agissements en sens contraire plus mal que l'amour ; sa nature est telle, qu'il se consumerait lui-même plutôt que de s'en aller sur les avis d'autrui. Par conséquent, si tu crois m'éloigner de l'amour que j'ai pour elle, tu cherches à étreindre l'ombre, à prendre le vent dans un filet.
POLINICO
C'est bien ce qui me pèse, que toi qui étais d'ordinaire plus maniable que la cire, tu es maintenant plus dur que le plus haut rouvre qu'il y ait. Et sais-tu ce qui en arrivera? Je te laisserai la responsabilité de tout, et sache que tu finiras mal.
LIDIO
Je ne le crois pas, mais s'il en arrive ainsi, ne m'as-tu pas montré dans tes leçons que c'est uu grand mérite de mourir d'amour, et que celui-là fait une belle fin qui meurt en bien aimant ?