‹ La CalandraChapitre 24 sur 135 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

de chez Fulvia habillé en femme, il me suivit un bout de temps, mais je ne croyais pas que ce fût par amour pour moi ; il faut pousser à fond la chose.

fessenio

Je te servirai bien, laisse- moi faire ; je lui remontrerai de nouveau d'avoir fait pour lui des miracles, et sois sûr, Lidio, qu'il m'en croit plus que je ne lui en dis ; je lui donne à entendre les choses les plus stupéfiantes du monde, par la raison que c'est le plus grand lave-guenilles que tu aies jamais vu. Je pourrais te raconter un millier de ses balourdises, mais, pour ne pas te les dire par le menu, il a en lui-même une bêtise si profonde, que si la moindre partie s'en était trouvée chez Salomon, Aristote ou Sénèque, elle aurait suffi à gâter tout leur esprit et toute leur sagesse. Ce qui me fait le plus rire, chez lui, c'est qu'il lui semble être si beau, si séduisant, qu'il croit qu'autant de femmes l'aperçoivent, autant s'amourachent de lui, comme s'il ne se trouvait pas sur terre un plus bel individu. Enfin, comme dit le vulgaire, s'il mangeait du foin ce serait un bœuf, car il ne vaut guère mieux que Martino d'Amalia ou que Giovan Manente ; aussi nous sera-t-il aisé, dans cette amourette, de l'amener à ce que nous voudrons.

Ah ! ah ! ah ! je m'en vais crever de rire ? Mais dis-moi, lui croyant que je suis une femme, puisque je suis un homme, comment cela se passera-t-il quand il sera avec moi?

FESSENIO

Laisse-m'en la conduite ; tout ira bien. Mais, oh ! oh ! oh ! le voilà. Va-t'en, qu'il ne te voie pas avec moi.

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