‹ La CalandraChapitre 31 sur 135 · ACTE I, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VII

La manger? Ah! ah! Calandro, pitié pour elle. Les bêtes sauvages mangent les autres bêtes, mais non pas les hommes, les femmes. La femme, à parler vrai, se boit, et non se mange.

CALANDRO

Comment, se boit?

FESSENIO

Ne le sais-tu pas ?

CALANDRO

Non, certes.

FESSENIO

Oh! quel péché qu'un homme tel que toi ne sache pas boire les femmes !

CALANDRO

Tiens, enseigne-le moi.

FESSENIO

Je vais te le dire. Quand tu baises une main, ne la suces-tu pas ?

CALANDRO

Si.

FESSENIO

Et quand on boit, ne suce-t-on pas ?

C AL AN DR O

Si.

FESSENIO

Eh .bien, puis qu'en baisant, tu suces, tu bois.

CALANDRO

Il me semble que c'est comme cela, sur ma foi ; mais je n'ai jamais bu ma femme, et pourtant je l'ai mille fois baisée.

FESSENIO

Oh ! oh ! oh ! tu ne l'as pas bue, parce qu'elle aussi te baisait, et qu'elle suçait de toi tout autant que tu suçais d'elle ; voilà pourquoi tu ne l'as pas bue, ni elle toi.

CALANDRO

Je vois bien maintenant, Fessenio, que tu es plus docte que Roland, parce que c'est vrai ; jamais je ne l'ai baisée sans qu'elle me baisât.

FESSENIO

Alors tu vois si je te dis la vérité.

CALANDRO

Mais dis-moi : une Espagnole, qui toujours me baisait les mains, pourquoi voulait-elle les boire ?

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