ACTE II, SCÈNE III
lidio (femme)
Certainement tu es fort aimé de nous et nous nous entendrons toujours volontiers avec toi ; mais que veux-tu dire ?
RUFO
Je parlerai bref; écoutez. Une femme qui est amoureuse de toi, Lidio, cherche que tu sois à elle comme elle est à toi, et veut, nul autre moyen ne lui réussissant, avoir recours à mon entremise. La cause pour laquelle cette femme met mon art à contribution, c'est que, sachant faire des figures avec des points, et ayant quelque connaissance de la chiromancie, je passe, auprès des femmes qui sont crédules, pour un habile nécromant ; elles tiennent pour assuré que je possède un Esprit grâce auquel elles s'imaginent que je puis faire et défaire tout ce que je veux. Je les laisse volontiers dans cette persuasion par la raison que je tire souvent grandissime profit de ces niaises, comme il en arrivera encore aujourd'hui de celle-là, si tu es un homme avisé. Elle veut que je te contraigne à aller chez elle, et moi, pensant que je m'entendrais avec toi, je lui ai donné quelque espérance. Si tu veux, nous allons tous deux devenir riches.
lidio (femme) Rufo, je sais qu'en ces choses-là on commet assez de fraudes et, inexpérimenté comme je suis, je pourrais facilement me faire berner. Mais je me fie à toi, puisque tu nous sers d'entremetteur, et je suivrai ton avis, quand j'aurai délibéré de le faire; nous y penserons, Fannio et moi. Mais, dis-moi, qui est-elle?
RUFO
Une nommée Fulvia, riche, noble et jolie femme.
FANNIO
Oh! oh! oh! la patronne de celle qui tout à l'heure te parlait?
lidio (femme) Tu dis vrai.
RUFO
Comment? Sa servante est venue te parler?
lidio (femme)
A l'instant.
RUFO
Et que lui as-tu répondu ?
lidio (femme) Je l'ai fait décamper de devant moi en lui disant des vilenies.