‹ La CalandraChapitre 5 sur 135 · AVERTISSEMENT XI · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT XI

crues véritables ; autour se dressaient des statues qui semblaient de marbre, des colonnettes sculptées; il serait trop long de vous tout dire. Cet édifice se trouvait à peu près au milieu. D'un côté s'élevait un arc de triomphe, à la distance environ d'une toise des murs de la ville, et admirablement construit : entre l'architrave et la voûte de l'arc était figuré, comme en marbre, mais en peinture, le combat des trois Horaces; sur les deux chapiteaux surmontant les deux pilastres qui soutenaient l'arc, on avait placé deux statues, deux Victoires, portant en main des trophées en stuc. Au sommet de Tare était une magnifique statue équestre, toute en ronde bosse; le cavalier couvert de son armure perçait de sa lance, dans une belle attitude, un homme nu, gisant à ses pieds. De chaque côté du cheval, sur deux édicules en forme d'autel, brûlait dans des vases un feu très abondant qui dura tout le temps de la comédie.

» Je n'entre pas dans plus de détails, Votre Seigneurie devant savoir déjà tout cela. Je ne vous dirai pas non plus qu'une de nos comédies, composée par un enfant, fut jouée par des enfants : peut-être surpassèrent-ils des acteurs rompus au métier. Ils jouèrent merveilleusement, et ce fut chose surprenante de voir ces petits bonshommes hauts comme la main observer tant de gravité, avoir des gestes si sévères, représenter des

parasites et tous les rôles de Ménandre. Je laisse de côté les étranges musiques, entièrement cachées, qui accompagnaient la comédie et se faisaient entendre tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et j'arrive au Calandro de notre Bernardo, qui a p!u extrêmement. Son Prologue étant arrivé trop tard, et celui qui devait le réciter craignant de n'avoir pas le temps de l'apprendre, on en a récité un autre, de moi, qui n'a pas déplu aux spectateurs. Pour le reste de la comédie, on en a modifié quelques pages, des scènes qui ne pouvaient pas se jouer, mais peu de chose, autant dire rien; on a presque tout laissé. Les intermèdes furent les suivants : le premier, une moresque exécutée par Jason qui se présenta sur la scène, par l'un des côtés, en dansant, armé à la mode antique, très magnifiquement, avec l'épée et le bouclier ; de l'autre côté s'avancèrent aussitôt deux taureaux si bien simulés qu'on les prit pour véritables, lançant du feu par les naseaux : le vaillant Jason s'en fut audevant d'eux et les fit labourer, après leur avoir mis le joug et les avoir attelés à la charrue. Puis il sema des dents de dragon et de ces dents naquirent l'un après l'autre quantité d'hommes, armés à l'antique aussi fidèlement que je le crois possible, et qui se mirent à danser une moresque endiablée, faisant mine de vouloir tuer Jason; mais, au contraire, ils se frappaient les uns les autres, et ne parvenaient pas à se faire

Page 1