AVERTISSEMENT XIII
mourir. Derrière eux vint Jason, portant la Toison d'or sur les épaules, et il dansa un pas merveilleux : c'était le Moro qui jouait le rôle. Tel fut le premier intermède.
» Au second parut le char de Vénus, fort beau ; la déesse y était assise, tenant dans sa main nue une petite torche. Deux colombes, qu'on aurait crues vivantes, traînaient le char, et deux Amours les chevauchaient, leurs torches alluméesen main, l'arc et le carquois sur l'épaule. Devant le char marchaient quatre autres Amours, derrière quatre également, tous ayant leurs torches allumées, et ils dansèrent une moresque autour du char, en secouant leurs torches. Arrivés à l'extrémité de la scène, ils mirent le feu à une porte par laquelle sortirent aussitôt neuf Galants enveloppés de flammes, qui dansèrent une moresque aussi réussie que possible. Au troisième, ce fut le char de Neptune, traîné par deux demichevaux ayant des nageoires et des écailles de poisson, admirablement faits. Sur le haut siégeait Neptune, avec le trident, etc., entouré de huit monstres, quatre devant, quatre derrière, si bien exécutés que je ne puis le dire : ils dansaient un branle, et le char était tout rempli de feu. Ces monstres étaient la plus singulière invention du monde, mais je ne puis en donner une idée à qui ne les a pas vus. Pour le quatrième, parut le char de Junon, aussi tout plein de feu : elle y
siégeait au faîte, couronne en tête et sceptre en main, sur une nuée qui enveloppait tout le char, entouré en outre d'une foule de Borées. Le char était traîné par deux paons, si splendides et si vrais, que moi-même je me demandais s'il était possible de si bien imiter, et cependant je les avais vu et fait faire. Par devant s'avançaient deux aigles et deux autruches, par derrière, deux oiseaux marins et deux grands perroquets, de ceux qui ont de vives couleurs, tous exécutés avec une telle perfection, que je ne crois pas que jamais, Monseigneur, on ait rien fait de si pareil à la nature. Tous ces oiseaux dansèrent aussi un branle, et avec autant de grâce qu'il est possible de le dire ou de l'imaginer.
» La comédie achevée, parut sur la scène, dans le même costume, un de ces petits Amours qui avaient déjà figuré, et en quelques stances il exposa la signification de ces intermèdes : que tout en étant distincts de la comédie, ils faisaient corps avec elle ; qu'en effet elle roulait sur la rivalité de deux frères, comme aujourd'hui nous voyons naître les guerres entre parents qui devraient s'aimer en paix, et il s'appuyait sur la fable de Jason ; qu'après Jason, l'Amour était venu enflammer de son feu sacré d'abord les hommes et la terre, puis la mer et les ondes, chasser la Guerre et la Discorde, réunir dans l'harmonie le monde entier : ce n'est là qu'une