ACTE II, SCENE VIII
FANNIO
Toute la maison est à l'œuvre.
lidio (femme) Et tous croient que je suis contente?
FANNIO
Ils le tiennent pour assuré.
lidio (femme)
O malheureuse Santilla ! Ce qui fait plaisir à tous, à moi seule cause de la peine ; la tendresse de Perillo et de sa femme pour moi me sont autant de coups de poignard, puisque je ne puis satisfaire à leur désir, ni consentir à ce qui serait mon bonheur. Hélas ! je voudrais que Dieu m'eût donné au lieu de la lumière du jour les ténèbres, au lieu de la vie la mort, au lieu de berceau la tombe, quand je sortis du sein de ma mère, car du jour où je naquis mourut ma félicité. O éternellement heureux es-tu, mon frère chéri, si, comme je le crois, tu es mort dans notre patrie ! Que vais-je faire maintenant, infortunée Santilla? je puis désormais m'appeler ainsi, et non Lidio, puisque je suis femme et qu'il me faut être un mari. Si je l'épouse, elle s'apercevra bien vite que je suis une femme, et non un homme, et le père, la mère et la fille,
livrés par moi à la risée publique, pourront me faire assommer. Refuser le mariage, je ne le puis et d'ailleurs si je refusais, ils m'enverraient furieux, à la maison maudite ; si je leur découvre que je suis une femme, c'est moi-même qui cause ma ruine. Je ne peux davantage prolonger ainsi la fraude. Malheureuse ! d'un côté il y a un précipice, de l'autre des loups.
FÂNNIO
Ne te désespère pas, peut-être le ciel ne t'abandonnera-t-il point. Il me semble qu'il faut suivre ton idée, et ne pas te laisser aujourd'hui rencontrer par Perillo. La démarche de la femme en question vient à propos, et j'ai tout prêts les habits de femme pour te vêtir. Qui échappe à un danger en évite mille.
lidio (femme)
Nous ferons comme cela ; mais où est ce Rufo ?
FANNIO
Nous sommes convenus que le premier arrivé attendrait l'autre.
lidio (femme) Mieux vaut que Rufo nous attende. En allons-nous, de peur que cet homme qui vient ne