AVERTISSEMENT XV
espérance, qu'un augure, et la guerre n'est que trop véritable, pour notre malheur. Les stances que récita l'Amour, je ne pensais pas alors vous les envoyer; je les envoie néanmoins à Votre Seigneurie, qui en fera ce qu'elle voudra. Elles ont été écrites à la hâte, par quelqu'un qui avait à se débattre contre les peintres, les charpentiers, les acteurs, les musiciens, les danseurs. Les stauces dites et l'Amour disparu, on entendit une musique cachée, composée de quatre violes, puis quatre voix chantèrent à l'unisson avec les violes, sur un air ravissant, quelque chose comme une prière à l'Amour : ainsi se termina la fête, à la grande satisfaction et au grand plaisir de tous ceux qui y assistaient. Si je n'en avais pas tant loué certains détails, je pourrais dire la part que j'y ai prise, mais je ne voudrais pas que Votre Seigneurie me crût mon propre adulateur. On serait trop heureux de n'avoir à s'occuper que de pareilles choses et de laisser là les ennuis. Dieu nous en fasse la grâce ! »
On voit que Castiglione avait été le principal organisateur de cette féerique représentation; sur celles qui eurent lieu postérieurement, à Rome, devant Léon X, et à Mantoue, sur l'ordre d'Isabelle d'Esté, nous n'avons pas des renseignements aussi abondants; mais les fêtes données à Lyon lors de
l'entrée de Catherine de Médicis ont eu leurs historiens, tant Italiens que Français, et ils n'ont pas manqué de nous dire le grand succès remporté par la Calandra, jouée deux fois devant la Cour, puis une troisième quelques jours après « pour Messieurs du Grand Conseil et autres de la ville, qui n'avoient pu entrer aux premiers recitementz. » Des trois relations que l'on a, deux en Français et une en Italien, de cette solennité, l'Italienne est la seule qui parle en détail de la représentation théâtrale, quoique pour le reste des fêtes elle ne soit qu'une traduction du Français (i). Les nombreux banquiers et marchands Lucquois, Florentins et Milanais établis à Lyon en avaient fait les frais, sur l'invitation du cardinal de Ferrare. « Un certain maître Nannoccio,
(i) La magnifica et triumphale Entrata del Christianissimo Re di Francia Enrico segundo... etc.; colla particolare descrittione délia comedia che fece recitare la natione Fiorentina a richiesta di sua Majestà (Lyon, G. Roville. 1549).