ACTE II, SCÈNE ï
LUCIEN
Je défends ce que le monde approuve... je repousse ce qui est blâmé par lui... et toi, au contraire, tu prends à tâche de le froisser dans ses opinions, de le heurter dans ses jugemensl.. frondeurj et misantrope, tu semblés estimer les gens en proportion du mal tpie Ton en pense ! S*il est au contraire quelqu'un que tout le monde s^ccorde à louer, et qui réunisse tous les suffrages...
Celui-là n'aura pas le mien.
LUCIEIf.
Et pourquoi ?
RAYMONt).
Parce qu'il y a vingt à parier contre un , que ces suffrages sont usurpés!... Si un joueur gagne à tous les coups, c'est que les dés sont pipés... si toutes les opinions, tous les journaux s'accordent à louer quelqu'un... c'est qu'ils sont gagnés ou vendus... car l'approbation universelle est impossible !.. les jugemens humains se composent de blâme plus que de louanges... d'erreurs plus que de vérités... et celui dont le mérite et le talent sont en discussion, celui quia quelques amis et beaucoup d'ennemis... celui là... je l'estime , je l'aime et je le défends... mais Taml de tout le monde doit être... selon moi...
70 LA CALOMMK,
LUCIEN , riant.
liD réprouvé...
RAYMOND , s*échauffint.
Oui^ sans cloute , car pour être Taml de tout le luoiide 9 il Ta donc été des méchans^ des sots^ des intrigans... dob^ non^ il faut avoir ceux-là pour antagonistes,, pour adversaires... il faut se faire honneur de leur haine, se glorifier de leurs outrages... et, comme chez nous, tu ne peux pas le nier, les méchans sont en grand nombre... en immense majorité... j'en conclus que celui qui a le plus d'ennemis...
LUCIEN, riant.
Est le plus honnête homme !
IVAYMOND.
Certainement ! je m'en vante... età chaque nouveau pam~ phlet, à chaque nouvelle injure,., je me frotte les mains et je me dis : « Courage !.. poursuivons ma route !.. j'ai donc en chemin marché sur quelque reptile puisqu'il ^ffle et qu'il mord. »
Lr(:iK>.
Kt CCS morsures uiulUpHées te laissent toujours invulré rable !..