COMMENT LE MARQUIS MALASPINA RENTRE EN GRACE
Il y avait deux lits dans la chambre de Barborin .
Ouvrant la bouche, tendant un bras vers toutes les jolies friandises du rêve, et fermant obstinément les yeux à la réalité, la jeune danseuse dormait d'un sommeil tranquille, heureux, souriant, qui soulevait à peine la petite médaille de Notre-Dame reposant sur sa jeune poitrine. L'oreiller de ses cheveux capricieux, répandus en boucles, dressés en mèches, roulés en touffes enlaçantes ou rebelles, soutenait une tète plus énergique et moins gracieuse que la sienne, dont le nez seul regardait le ciel, et qui était morte, elle aussi, à la lumière. Ainsi était habité le premier lit. Dans Tau Ire, le
marquis Malaspina en personne, mais dépeint, déteint, sans fard, avec ses rides au complet, se remuait, se tournait, se retournait, levait les pieds, poussait des soupirs, bâillai! à engloutir les cloches de Monte-Oliveto, qui sonnaient, graves ou aigrelettes, l'angelus matinal. Et le soleil jouait sur ces deux têtes endormies et dans le toupet de ce vieux Polichinelle de marquis, parmi des ombrelles pendues, des images éclatantes, des Vierges en sucre, en verre, en argent, en chocolat, des jouets d'enfant, une couronne de lauriers dorés dans un cadre, et une admirable robe de théâtre, d'une moire étincelante, qui servait à Barborin pour danser Giselle à San-Garlo.
Malaspina, impatienté de ce sommeil, s'élança hors du lit et vint battre des mains à l'oreille des amoureux. Barborin tressaillit, se recula sur son compagnon, ouvrit un œil ennuyé, et, apercevant cette figure grattée, ravagée, pareille à une palette de peintre nettoyée où il traîne encore des couleurs, elle eut un cri d'effroi.
— Lo Diable! fil-elle.
Quant à Tamoureiix, il se réveilla aussi et attira machinalement un revolver, qu'il avança dans la direction de Malaspina en clignant les yeux au jour.
— Veux-tu cacher ça ! dit Barborin. Esl-ce que tu n'es pas en sûreté chez moi ?
— On ne sail pas, répliqua l'amoureux.
— Ingrats! s'écria Malaspina. Dire que c'est moi qui vous ai fiancés, hier soir, à San-Garlo. Ce garçon-là n'avait d'yeux que pour Barborin, et Barborin, de se voir ainsi regardée, paraissait la plus heureuse des femmes.
— Si on peut dire !...
— Maintenant, vous en êtes, dans les bras l'un de l'autre, à dormir comme de vieux époux. C'est honteux. Que deviendrez-vous quand vous aurez mon âge?
— Je n'irai certainement pas ennuyer les femmes comme vous le faites, dit l'amoureux, ni minstaller de force à leur chevet. Yous^ croyez que c'est amusant, peut-être, de, vous voir planté toujours là, devant nous !
— Tu sauras, mon bel ami, que tu es ici chez moi, que Barborin m'appartient, et que c'est par pure générosité que j'ai consenti à te la faire connaître.
— Oh ! nous nous serions bien connus sans vous.
— Cela n'est pas probable. Barborin est trop sage pour accepter le premier venu. Elle sait qu'à Naples, comme dans toutes les grandes villes, il court plus d'un polisson sous un habit bien taillé. Elle attend que je choisisse pour elle. Et sois persuadé que si je n'avais pas connu ton père je ne t'aurais pas présenté ; tu ne serais pas auprès d'elle en ce moment.
— C'est vrai, Barborin?
— N'écoute pas le vieux : il radote... Tiens, papa, tu ferais mieux de l'occuper du chocolat.
— Pas avant que tu ne m'aies embrassé.
— Eh ! })ien, toi qui es le fils de son père... non, de son ami, embrasse-le à ma place.
— Tu es bonne !
— Contente-toi de ce que l'on t'offre. Moi,
je ne me sens pas pour toi en goût de caresses, ce matin.
— Tu fais l'ânesse, Barborin, prends garde!
— De quoi?
— Si j'allais, pour me venger, empoisonner votre chocolat ! Gela s'est vu.
— Je n'ai pas peur. Que ferais-tu si tu nous voyais morts, sainte Anne !
— Morts, vous l'êtes déjà ! Gela ne me changerait pas.
— Quand tu seras à la cuisine, tu nous entendras ressusciter.
— 11 y a heureusement des fissures à la porte !
— Ne le dis pas si haut, papa. Tu vas effaroucher ce jeune homme.
A ce moment, un carillon de cloches, puis une roulade de coups de canne retentirent sur le palier.
— Par Bacchus ! s'écria le marquis anxieux, si c'était le duc ! :.
— Eh bien ! cela ne nous générait pas. Tu lui dirais de te donner un coup de main à la cuisine.
— Comment, le duc ! Tu as donc plusieurs propriétaires ? demanda l'amoureux ébahi.
— J'en ai six, répliqua Barborin, sans compter mon directeur de théâtre : un pour tous les jours de la semaine. Le dimanche, par exemple, je me repose, comme le bon Dieu après la création.
— Et vous la souffrez? s'écria l'amoureux.
— Avec peine, répondit le marquis. Je me console pourtant, car je connais tous ses amants. Ils sont de race et bien élevés.
— On sonne toujours, dit Barborin. Allons, va ouvrir. Cela te changera d'air.
Le marquis se précipita dans le vestibule, en caleçon de soie, très fat de sa mine fatiguée et de son allure d'amant en bonne fortune. Mais il fit une grimace en apercevant le vieux Vincenzo, le maître d'hôtel de la duchesse Tupputti, portant un énorme chapeau galonné et habillé d'une livrée qui datait au moins du commencement du siècle.
Barborin, en chemise, vint regarder, sur la pointe des pieds, par-dessus l'épaule du mar-
quis ; l'amoureux accourut à son tour. Malaspina, furieux de cette intervention, eut begiu jouer du coude et s'agiter, les amants demeurèrent comme une escorte d'honneur à ses côtés.
— Pourquoi venez-vous ici, Vincenzo? dit Malaspina d'un ton irrité. Je demeure à Santa- Chiara. Allez m'y attendre. Et, d'abord, qui vous a si bien renseigné?
Le vieux domestique, tout confus, humble et dodelinant de la tête, balbutia :
— Mais c'est madame la duchesse, monsieur le marquis, madame la duchesse qui...
En intendant ces mots, Barborin prit feu tout à coup.
— Madame la duchesse ? Alors tu as une duchesse, maintenant ! Eh! bien, je t'en donnerai des duchesses, espèce d'hypocrite. (Et elle giflait le marquis de toute sa force.) Alors, je ne te suffis pas. Tu as tant d'amour, n'est-ce pas? Il faut que toutes les femmes de Naples y viennent goûter. Ah ! je ne m'étonne plus, quand tu viens me voir, que tu sois fourbu comme
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une jument de carrozelle après minuit. On a servi madame la duchesse d'abord. Tant pis s'il ne reste rien pour Barborin. Sale groin, val
— Je suis bien fâché, monsieur le marquis, répétait le vieux maître d'hôtel, d'être cause...
— Mais, mon petit chat, disait le marquis, l'amitié que j'éprouve pour la duchesse est une de ces affections pures qui n'ont rien de commun avec...
— Avec ton sentiment pour moi ? Je m'en doutais ! Tu leur donnes le coeur et tu me gardes les épluchures, je te remercie ! Mais ça ne me convient pas, moi. Moi aussi, j'ai du cœur, et je veux qu'on m'aime avec le cœur! Ceux à qui ma manière ne convient pas n'ont qu'à le dire. Je les prierai d'aller voir ailleurs s'il y a des catins pour les ganter ! Moi, je ne danse pas de ce pied-là.
Au milieu de cette explosion de colère, le vieux maître d'hôtel tendait une enveloppe timbrée d'un sceau vaste et d'une cire rutilante.
— Madame la duchesse m'a dit de remettre cette lettre à M. le...
Malaspina avança la main pour la prendre, mais Barborin l'arracha brutalement au vieux Vincenzo.
— Donne-moi le poulet de ta cocotte, fit-elle, que je voie les saletés qu'elle t'écrit... Oh! urgent! Madame est en chasse, paraît-il... Oh ! oh ! elle lui demande sa calèche... Pour promener ses amoureux, sans doute. Dis donc, ce n'est pas une vraie duchesse, pour avoir besoin d'une roulante comme la tienne... Elle doit être dans une belle marmelade, ta duchesse !
Le marquis était blême de colère.
— Barborin, dit-il d'une voix sourde, j'ai excusé jusqu'ici tous vos écarts de langage, mais je ne souffrirai pas, entendez-vous ? je ne souffrirai pas que vous manquiez devant moi à une femme aussi respectable que M""^ la duchesse Tupputti !
— Ah ! ah ! ah ! Tupputti ! Quel nom ! fit Barborin en éclatant de rire.
— Taisez-vous ! s'écria le marquis en levant la main.
— Voyez-vous le petit qui se rebiffe ? Oh !
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là là! Tu sais, mon chéri, ce n'est pas mon genre de me faire battre par des vieux. Mais ça m'apprendra aussi ! Des ruines comme ça, ça n'est bon qu'à s'écrouler sur vous. Mais tu t'en iras, vieux potiron. Hardi là, Niccola! A nous deux, mon Niccolino, qu'on le déplante. Ah ! vieille racine !
S'accrochant au chambranle de la porto, Malaspina résistait aux efforts réunis des deux amoureux ; enfin, il dut céder. La porte se ferma sur lui avec fracas. Un instant après il lui tombait sur la tête comme une avalanche. C'était Barborin qui lui jetait ses vêtements.
— Coureuse éhontée ! disait le marquis, qui ne possédait pas le riche répertoire d'injures de ses libres amies et dont la colère était vite à bout d'expressions. Je ne l'ai pas assez battue.
— Ah ! les femmes, monsieur le marquis, les femmes !
— Tu connais ça aussi, toi?
— Oui, je les ai connues dans mon temps. Je n'en souffre plus aujourd'hui.
— Déjà? dit le marquis en se rengorgeant. Eh bien, je t'envie, vois-tu, mon pauvre Vincenzo. Ce sont de vilains petits animaux.
— N'y a que madame la duchesse...
— Il ne s'agit pas de la duchesse, fît le marquis en achevant de s'habiller sur le palier. La duchesse est une vénérable et digne femme... Mais que m'écrivait-elle ? Sa lettre est resiée aux mains de cette coquine.
— Madame la duchesse, je crois, demandait pour ce matin le carrosse de monsieur le marquis et invitait pour ce soir monsieur le marquis à dîner.
— Alors, va vite à « mes » écuries et dis à « mon » cocher d'atteler. Je crains bien, par exemple, qu'on ne soit obligé de demander à la comtesse Labriola de me prêter ses chevaux. Les miens sont malades, mon pauvre Vincenzo. Farfalla s'est couronnée très maladroitement et Nerina est encore chez le vétérinaire. Gela tombe bien mal ! . . . Enfîn, peut-être pourront-ils sortir !
— J'irai demander ceux de la comtesse Labriola.
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— C'est ça, lu feras bien... El, maintenant, no souffle mol de celle misérable aventure, n'est-ce pas ?
— Monsieur le marquis, dit Vincenzo en s'en allant, je ne vois rien, je n'entends rien : ce n'est pas mon métier!
La pensée delà duchesse, qu'il allait revoirie jour même, avait complètement distrait le marquis de ses malheurs amoureux. Chez lui, la curiosité l'emportait sur tout autre sentiment.
— Que veut-on faire de l'équipage? se demandait-il.
Ce fut aussi la question que tout Naples se posa lorsque la célèbre guimbarde du marquis, conduite par son vieux cocher, attelée de ses deux vieux chevaux que le vétérinaire avait tant bien que mal remis sur pied, monta la rue de Tolède et s'enfonça dans une petite ruelle sombre où elle parut s'étouffer entre les maisons rapprochées. Elle était fermée. Des rideaux noirs, épais et tirés, empêchaient les passants de voir à l'intérieur.
— Le marquis est en bonne fortune, disaiton dans la foule.
Certains, cependant, prétendirent qu'elle ne contenait point de femme, et, de fait, comme une bande de garnements la poursuivait de cris et de plaisanteries, trois hommes en descendirent, qui dispersèrent les curieux à coups de canne et de fouet. A partir de ce moment, la « calèche » du marquis s'avança sans encombre et solitaire en des ruelles inconnues.
Toute une journée, cette promenade mystérieuse fut le sujet des causeries napolitaines, de Chiaia au haut de la rue de Tolède. Mais le marquis était trop occupé de la soirée prochaine pour aller s'enquérir des commérages.
Il s'habilla de la façon la plus élégante et la plus neuve qu'il put, fit, avec force crayons, la toilette de son visage et se dirigea d'un pas leste vers le palais Tupputti.
Il y régnait toujours le même silence et le même délabrement. Le marquis aperçut dans la cour sa grande calèche dételée et ses maigres petits chevaux qui arrachaient l'herbe des
pavés disjoints. Fartalla s'était encore couronnée; ses jambes saignaient et mettaient un peu de vie sanglante et souillée sur cette désolation de pierre.
Le marquis suivit de longs corridors sombres, des galeries dont les carreaux étaient enlevés, dont le parquet pliait sous les pieds, des chambres où s'amoncelaient les ordures et les gravois. Puis, tout à coup, apparurent les pièces habitées, pleines d'un luxe fastueux, encombrant et éteint. A peine quelques bougies, perdues dans les lustres de Venise, éclairaient les portraits, peints par Goya, du duc Tupputti, le beau-père de la duchesse, et d'une grand'lante de la famille ; les cabinets d'ébène de la Renaissance ; la collection futile et charmante réunie par le duc défunt : figurines de Sèvres, de Saxe et de Capodimonte. Des ombres erraient parmi ces meubles, rendues discrètes oi légères par tout ce passé qui les entourait. Le marquis reconnut le nez et les yeux d'aigle de Monseigneur Ricario Sforza, qui se promenait avec Don Prina. Le regard d'eau
obscure du prêtre se posait çà et là, distrait des choses et pensif. Trois femmes s'étaient rapprochées. Deux causaient avec animation mais à voix basse : c'étaient la duchesse Tupputti et la comtesse Labriola. Raffaele Tupputti, assise devant elles, les mains sur les genoux, n'ouvrait pas la bouche ; petite fillette qu'on destinait, dès le berceau, à la vie religieuse, à cause du peu de fortune laissé par le duc, mais dont la turbulence désolait sa mère.
— J'étais inquiet, très chère, dit le marquis en baisant la main de la duchesse. Je m'imaginais, par les temps de désordre que nous traversons, qu'on vous avait enlevée.
— Hélas! fit la duchesse, distraite.
— Et vous, très chère belle, très chère cruelle, très chère volage, avec qui êtes-vous en amour cette semaine? Quel est l'amant heureux et infortuné que vous faites souffrir ?
La comtesse Labriola prit son air solennel.
— Je ne fais plus souffrir que Dieu, hélas ! par mes péchés.
— Des anciens, j'espère ?
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— Dos nouveaux, s'écria-t-elle avec colère. Puis, se reprenant soudain, avec une candeur feinte:
— Je suis très gourmande.
— Tiens! moi aussi s'écria la duchesse.
— Oh! gourmande de confitures, très chère, c'est bien innocent quand on a une si jolie bouche !... Si vous aviez connu Mrs .Armstrong !
— Ah ! pas ici, mon cher. Ne racontez pas ici vos bonnes fortunes !
— Je parlais de sa mère, ma belle amie... Elle s'enivrait... Elle s'enivrait, mais à tomber sous la table!
— Oh ! ces femmes du Nord ! Quelle tenue ! Quelle grossièreté !
— Elle avait eu de grands chagrins d'amour.
— Gela ne l'excuse pas.
— Nous nous consolons dans les cloîtres, nous autres, avec Dieu !
— Ne parlez pas de Dieu si souvent, chère amie : Don Prina va se plaindre que vous lui fassiez concurrence.
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— Je ne sais pas ce que vous avez, duchesse, depuis quelques jours. Autrefois, vous étiez pieuse...
— Je le suis toujours, ma chère, mais je laisse aux hypocrites cet affichage indécent de religion et ces démonstrations ridicules. Je garde ma piété en moi, dans mon âme.
Là-dessus, la duchesse qui était comme une tour par l'embonpoint et la haute taille, maig aussi comme une bille roulante et cascadante par l'extrême agilité de ses allures, tourna vers Mgr Sforza sa voix de tambour, ses yeux durs, son nez en trompe, l'ébourifTement noir de ses cheveux, la descente majestueuse de ses mentons, qui, à chaque mouvement, semblaient s'accroître et se multiplier. Elle ne pardonnait pas les toilettes, les chevaux, la mince fortune dont faisait tant de montre cette petite pute de comtesse Labriola, si maigre et si sèche que les mauvaises langues se demandaient comment ce sac d'os n'effrayait pas les amants. Mais ceux qui l'avaient vue aux heures de l'amour étaient seuls à la con-
naître. Alors sos yeux prenaient un éclat admirable ; et ses bandeaux épais, souples, moirés, qui mettaient sur son front comme des ailes sombres, se déployaient et tombaient jusqu'aux reins, voilant ses petites épaules et ses hanches étroites d'une nuit ample et magnifique.
Cependant le marquis attendait toujours de la duchesse une explication de cette absence injustifiée, un remerciement pour l'envoi de sa calèche.
La duchesse parla enfin, mais comme ses amabilités furent étriquées !
— J'ai reçu votre carrosse, mon ami, ce matin... Je vous expliquerai ma demande... Ah ! je n'attendais pas moins de votre cœur.
— Elle parle de cœur, comme Barborin, se dit le marquis; mauvais présage ! Est-ce qu'elle aurait l'intention de garder ma calèche ? Ah ! pas de ça, par exemple !
Et, très surpris de la manière dont on le recevait, il profita de ce que tout le monde passait dans la salle voisine pour appeler la
petite Raffaole et avoir des explications. Malaspina, qui n'avait ni enfants légitimes ni enfants naturels, jouissait beaucoup de ceux de ses amis. C'était le confident de Raffaele, qui lui racontait ingénument tout ce qui se passait dans le palais. Il s'amusait des yeux toujours étonnés de Tenfant, si bien à fleur de tête qu'ils semblaient accrochés comme des médailles à cette grosse petite face brune et arrondie.
— Que se passe-t-ilici, mignonne? Gomment se fait-il que tu sois sage aujourd'hui ?
— Ze suis toujours sage.
— Oh ! oui, surtout le jour où le bon Dieu va en enfer, n'est-ce pas? Tu as eu le fouet, dis-le donc.
— Non, ze ne l'ai pas eu.
— Et ta maman, pourquoi a-t-elle un air si singulier? Elle a encore eu son indigestion cet après-midi, c'est sûr.
— Oh ! non.
— Alors elle a fait ses comptes avec son intendant.
— Oh ! non.
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— Enfin, qu'est-ce qu'il y a?
Raffaele s'enfonça un doigt dans le nez, se gratta la fesse, puis, les yeux tournés vers la duchesse, qui causait à côté avec Don Prina :
— Y a le prince, dit-elle à voix basse à l'oreille du marquis, qui s'était courbé vers elle.
— Quel prince?
— Le prince, et puis...
— Et puis quoi?
— Le zoli zeune homme.
Et Rafîaele éclata de rire en répétant :
— Ah ! vieux papa, vieux papa, ça fait lever ton nez, ça!
— Veux-tu ne pas rire, petite vilaine. Et puis que je t'entende m'appeler vieux papa! Je le dis à ta mère ! Ce n'est pas la duchesse, je pense, qui t'a appris ces grossièretés-là.
— Si : maman t'appelait comme ça à collation. Ça l'amusait, et Vincenzo aussi. Ils riaient tous deux.
— Fiez-vous donc aux vieux serviteurs ! fit le marquis. Enfin, voilà ma récompense de tant d'années de fidélité !
L'émotion l'étranglait. Il essuya une larme au bord de son nez.
La duchesse arriva, bruyante, encombrante, et, de sa voix de tambour :
— Que vous dit celle enfant? Veux-tu te tenir ! Tu vas voir !... Venez, cher ami, que je vous présente au prince.
C'était le conseiller, l'ami le plus intime du royal exilé. Malaspina ne le connaissait pas. Il se sentit trembler comme un adolescent, lui, ancien homme de cour, en le voyant. Le prince était robuste, grisonnant, taciturne. Sa figure ni ses façons ne se gravaient en vous. II avait l'air d'un vieux pastel effacé.
— Monseigneur, monseigneur ! s'écria Ma^ laspina soulevé, égaré par une double émotion : son chagrin d'ami négligé s'unissait à sa jouissance de royaliste fidèle.
Le prince laissa lombardes paroles blanches. Des invités arrivèrent, se groupèrent autour de lui.
Malaspina n'eut plus de ressentiment contre la duchesse.
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Mais, tout à coup, le prince se détourna pour parler à l'archevêque de Naples et cessa de faire attention à Malaspina. A partir de ce moment, personne ne s'occupa du marquis. Après que le vieux Vincenzo fut venu, dans son habit noir verdàtre, annoncer le dîner, on passa dans la salle à manger, et le marquis se trouva à un bout de table, entre la petite Raffaele et un jeune prêtre inconnu. Alors il se demanda quello faute il avait pu commettre pour se voir traité avec tant de mépris. Etait-ce sa liaison avec Barborin qui irritait ainsi la duchesse ? lui en voulait-elle de s'être montré trop respectueux? Sans doute, il aurait dû la prendre comme une fille, lorsqu'il la trouvait somnolente, feignant de dormir, couchée, portes ouvertes, au fond de son palais désert, accablée d'ennui et de pauvreté. Il aurait dû la prendre ? certainement ! par malheur, il n'était plus à l'âge de ces assauts soldatesques, et comment, chétif amoureux, aurait-il affronté cette tour ? Il s'y serait perdu. Seulement, c'était une de ces injures que les femmes ne pardonnent pas
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Combien devait-elle être blessée pour l'avoir présenté si sèchement au prince. « Le marquis Malaspina, » avait-elle dit, et c'était tout ! Quand il avait eu la confiance et l'amitié de son roi, quand il avait abandonné des maîtresses plus belles que la duchesse et que Barborin pour le suivre à Gaëte et soutenir avec lui un siège de quatre mois ! La duchesse se montrait vraiment bien dure. Et il pensait toujours à sa pauvre calèche, qu'il faudrait peutêtre abandonner à cette cruelle, en expiation de son manque d'audace. Un instant, toutefois, il crut pouvoir ressaisir la faveur perdue. La Tupputti, qui, par économie et malgré sa gourmandise, ne dînait bien d'ordinaire que chez ses amies, avait fait préparer, ce soir-là, un repas fm, quoique bizarre et peu abondant, et tenait à y faire honneur. Elle mangeait assez gloutonnement, mais non sans fantaisie ; prenait la salade avec ses doigts, la lançait dans sa bouche et l'attrapait avec ses dents. C'étaient là façons familières de jeune fille et d'amoureuse, qui avaient plu au père, et au
mari et que la femme mûre conservait comme une grâce. Malaspina, qui avait vieilli avec la duchesse, admirait toujours en elle ses séductions de vingt ans.
— Regardez, dit-il à son voisin, assez haut pour être entendu de son amie, regardez comme la duchesse est jolie en mangeant. Toute autre femme qui se permettrait cette liberté serait grossière et ridicule ; elle n'en est que plus charmante.
Mais cette observation, que le marquis avait faite cent fois et qui lui valait toujours un sourire reconnaissant de l'intéressée, ne fut pas entendue. Du moins, personne ne la remarqua, sauf la comtesse Labriola, qui jeta un coup d'oeil irrité à Malaspina. Il comprit qu'il venait de se faire une nouvelle ennemie.
La comtesse, habituée à être admirée, déjà en pique avec la Tupputti, était outrée des hommages qu'on rendait au prince. Il était la jolie femme de cette réunion. On n'avait d'yeux que pour lui, et, comme il parlait peu, par égards, tout le monde se taisait. Seul, Don
Prina causait à voix basse avec Mgr Ricario Sforza, et le sifflement de sa voix arrivait aux oreilles de la petite Raflaele, à laquelle on servait des morceaux si minces qu'elle les avalait d'une bouchée, et qui s'amusait ensuite à souffler dans son couteau pour répondre aux chuchotements du prêtre.
« Quel est donc -ce jeune homme dont l'enfant m'a parlé ? » se demandait le marquis. Et dominé par la curiosité, il adressa la question à mi-voix à la fillette, qui dit très haut :
— C'est le beau Piémontais de maman.
— Voulez-vous vous taire, Raffaele ? fit la duchesse.
La réponse do Fenfant n'avait pas renseigné le marquis; en revanche, elle avait augmenté encore sa curiosité.
Après le dîner, les chuchotements et les apartés continuèrent. On semblait résolu à écarter le marquis de toutes les conversations. A peine s'pprochait-il d'un groupe qu'on se mettait à parler bas; quelquefois, on détournait sur lui des yeux défiants. Il eut l'idée d'aller
faire sa cour à la comlesso Labriola, qui s'était assise seule, à l'écart, désolée de tout ce mystère. 11 la salua d'un compliment banal et maladroit.
— Vous n'avez jamais été si belle !
— Mieux vaut tard que jamais! répliqua-lellc, hargneuse.
Alors, les émotions, et peut-être aussi l'étrange dîner qu'on lui avait servi, le forcèrent à sortir.
Dans la cour, où il s'attarda, il donnait un coup d'oeil à sa calèche, se demandant toujours s'il devait se soumettre au caprice de la duchesse ou briser une bonne fois avec elle. Au clair de lune, au milieu de ce palais silencieux, la vieille voiture prenait, avec ses brancards levés, des apparences monumentales et effrayantes de quelque antique machine de guerre, bélier ou catapulte. J^t, devant cet équipage ridicule, il songeait à toutes ses escapades de jeunesse, à des rires et à des abandons d'amoureuse, aux jupes folles, coquettes, bruissantes, à tant de gestes hardis et heureux qui l'avaient remplie naguère.
Il se demandait :
« Est-ce qu'elle va me la prendre? Pourquoi a-t-ello gardé mon pauvre Michèle ? »
Michèle était autrefois le valet de pied du marquis, le porteur de messages amoureux. Maintenant, c'était surtout « son cocher honoraire ». Tout le temps que Malaspina ne donnait pas à ses visites mondaines ou galantes et à sa toilette, il le consacrait à causer du passé avec le vieux Michèle, malade le plus souvent, et auquel le soin des chevaux et la sortie de la voiture paraissaient quelque chose de si considérable que c'était avec terreur qu'il s'en char-
geait.
« Pourquoi m'a-t-elle invité, si elle voulait me recevoir ainsi ? disait-il encore. Veut-elle donc se jouer de moi ? »
Il se sentait plein de haine et pourtant désarmé.
A ce moment, une lumière passa sous les arcades, et le marquis aperçut Raffaele. La fillette s'était accrochée une lanterne à la ceinture et portait, à grand'peine, deux
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lourds paniers qui lui tiraient les bras.
— Où vas-tu donc si chargée, mignonne?
demanda le marquis.
— Chut! Chut! (it-elle. II ne faut pas qu'on me voie.
— Mais moi, ton ami?
— Toi, non plus, ne me regarde pas.
— C'est ta maman qui te fait travailler ainsi?
— Oh ! non ; maman ne sait rien et même ce serait bien malheureux qu'elle sût quéque çose.
— Alors tu n'obéis pas à ta maman ?
— Oh ! non.
— A qui donc? A Vincenzo?
— A lui non plus. Ze m'obéis à moi.
— Mais à qui vas-tu porter tout cela ? Des fruits, des gâteaux, du vin, un pâté? Peste ! tu soignes bien tes amis.
— C'est pas un ami : c'est le prisonnier, le beau zeune Piémontais.
— Qu'est-ce que tu dis là ?
Z' veux pas vous dire. On me l'a défendu.
— Je serai bien discret. Qu'est-ce que c'est que ce prisonnier?
Raffaele redevint souriante et familière,
— C'est celui qui est venu dans ta voiture, la voiture à Barborin.
— Je te défends de parler de Barborin, petite peste... Alors, tues chargée de garder le prisonnier et de le nourrir?
— Mais non : c'est Vincenzo. Seulement, ce soir, dans la cuisine, il était si fatigué par le dîner qu'il s'est endormi sur les plats. Z'avais beau lui crier : « Vincenzo ! Vincenzo ! réveillez-vous ! » Il m'écoutait pas. Ze me suis dit : « Sûrement, Vincenzo va laisser crever de faim...
— On dit mourir, mon enfant, c'est plus noble.
— ... va laisser mourir de faim le prisonnier.» Alors, z'ai fouillé dans ses poces, z'ai trouvé la grosse clef du caçot, z'ai préparé le souper du beau zeune Piémontais et voilà : z'arrive !
— Et tu n'as pas peur du Piémontais ?
— Non, il a l'air très doux, et puis... il est attaccé !
— Pour plus de sûreté, je vais t'accompagner. ]
— Zc ne veux pas. Ze te le défends !
— Jusqu'à la porte !
— Alors, tu resteras à la porte ?
— Je te le promets.
— Viens donc, et surtout ne me dézobéis pas.
Ils descendirent ensemble plusieurs marches sous la galerie. Puis Ratîaele appliqua l'oreille contre la serrure.
— Z'ai peur, fit-elle. Tu l'entends? 11 ronfle
— Je vais avec toi, dit le marquis.
— Non, non, non. Ze ne veux pas.
Et bravement, elle introduisit la clef, ouvrit, entra vite.
— Allons, zeune prisonnier, cria-t-elle très haut, pour se donner du courage, quand tu auras fini de dormir !
Il y eut un tressaillement, le bruit d'un homme qui se relève avec peine.
— Voyez, m'sieur le prisonnier, ze vous apporte à manzer. Oh ! ne me regardez pas comme ça. Vous me faites trembler.
— Qui diable est cela? Une petite fille?
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— Votre zéôlière, m'sieur.
— Que vous êtes donc aimable, mademoiselle la geôlière, de m'apporter de si bonnes choses, et que je vous remercie ! Mais comme vous seriez plus aimable encore en me desserrant un peu ces horribles cordes qui m'entrent dans les chairs.
— C'est vrai qu'elles doivent vous faire mal !
— Ah ! certes.
— Oui, ijiais si on vous a attacé comme ça, et si on vous a mis dans un caçot, c'est que vous avez été méçant.
— J'ai l'air méchant ?
— Oh ! non. Mais maman dit qu'y a, comme ça, des figures qui trompent. Tu en as une, voistu, à présent que ze te regarde ! Ah ! papa ! papa Malaspina ! papa marquis, au secours!
Le marquis poussa la porte, qui n'était pas fermée à clef.
— Qu'est-ce qu'il y a, mon enfant ?
— Le prisonnier m'a regardée.
Mais, au grand étonnement de la petite
LA CAMOKRA 161
Raffaelc et à la stupeur du marquis, le prisonnier s'écria :
— Ah ! mon cousin, c'est Dieu qui vous envoie ici.
Malaspina venait de reconnaître la voix de Fortiguerri. Il s'élança dans le cachot.
— Gomment, c'est toi, lieutenant ?
— Oui, c'est moi. On m'a reçu enfin au palais Tupputti, et dans ce beau salon ! Ah ! les brigands !
— Mais qu'as-tu fait, grand Dieu ?
— Qu'ai-je fait? ça, je n'en sais rien !
— M'expliqueras-tu ?
— Oh ! plus tard. De grâce, desserrez ces cordes, j'étouffe.
— Papa Malapisna, oh ! ne déliez pas le prisonnier, s'écria Raffaele. Que diraient Vincenzo et maman ! Oh ! ils vont me fouetter.
— Eh bien, on le fouettera. Ce ne sera pas la première fois, dit le marquis en essayant de dénouer les cordes.. Les scélérats! c'est qu'ils t'ont bien ficelé, mon pauvre cousin.
— Ne le déliez pas, papa, implorait tou-
jours Raffaelc. Il va nous arriver malheur.
— Tu m'ennuies, répliqua le marquis.
— Ze vais aller prévenir maman.
— Veux-tu rester ici, ou c'est moi qui vais te fouetter, et tout de suite, peste que tu fais. Par Bacchus ! Dans cette maison du diable, ils vont me faire perdre la tête, la mère, le domestique et l'enfant !
Cependant, le marquis avait réussi à enlever les entraves des pieds, la corde avec laquelle Fortiguerri était attaché à un anneau de la muraille. Il ne restait plus qu'à lui délier les mains, quand des voix de femmes s'élevèrent dans la cour.
— Sauvons-nous, dit Malaq^ina au lieutenant à voix basse.
— Oh ! des femmes, répliqua Fortiguerri : ce n'est pas à craindre.
— Ce sont des démons ; tu ne les connais pas I
— Mais comment fuir, les mains liées ?
— Tuas les pieds libres, n'est-ce pas? Eh bien, marche ! Je te débarrasserai quand nous serons sortis.
LA CAMORRA lO;}
Maliispina entendit la voix de la duchesse :
— Vous verrez, très chère, il est vraiment beau, ce jeune homme. C'est dommage que ce soit un espion.
— Au moins est-il bien attache ? demanda la comtesse Labriola.
— Vous n'avez rien à craindre, très chère. Ah ! ces Piémontais, ce sont les plus jolis garçons de la terre.
Ainsi, la pensée de ce beau mâle ligotté, et qu'on pouvait admirer tout à l'aise, avait réconcilié les deux ennemies !
Elles descendirent l'escalier qui conduisait au cachot ; mais à ce moment, comme un taureau, tête baissée, le lieutenant se précipita sur elles, les écarta violemment, s'ouvrit un passage, et traversa la cour de toute la vitesse de ses jambes.
— Dieu ! fit la comtesse en portant la main h .son cœur.
— Au secours ! Au secours ! cria la duchesse. Le vieux Vincenzo, enfin réveillé, accourait,
suivi de Michèle, le cocher du marquis.
— De la lumière, au nom de Dieu ! implorait la duchesse.
Vincenzo ramassa la lanterne que sa maîtresse avait laissé tomber, la ralluma. Les deux femmes aperçurent la porte ouverte. Alors seulement elles songèrent au prisonnier qui leur échappait.
— Gourez, courez, Vincenzo. Gourez vite. Rattrapez-le. Il ne faut pas qu'il se sauve.
— Oh ! regardez donc, très chère, dit la comtesse Labriola.
Le marquis et la petite Raffaele, qui n'avaient pu ou n'avaient osé s'échapper, venaient d'apparaître aux regards étonnés des deux femmes.
— Petite misérable, voulez-vous dire ce que vous faites ici ? s'écria la duchesse en tirant les cheveux de Raffaele et en la souffletant.
— Maman, maman ! gémissait la fillette.
— Et le marquis ! Ah ! je vous disais bien que c'était un espion !
— Gomment un tel homme, s'écria la duchesse, a-t-il pu capter si longtemps ma confiance !
— Oh ! mon amie, soupira Malaspina, pouvez-vous croire...
— Taisez-vous ! Viens, toi, petite misérable, et vous, restez ici, prenez la place du bandit que vous avez fait évader.
— Duchesse, je vous en prie, écoutez-moi.
— Pas un mot.
— Accordez-moi une grâce, une seule !
— Aucune.
— Duchesse, je vous en supplie ! Que Vincenzo m'accompagne, si vous n'avez pas confiance en moi. Je reviens ici. Je serai votre prisonnier, puisque vous l'exigez. Mais il faut absolument que j'aille ce soir, et sans tarder, à San-Carlo. Ne me refusez pas cela !
— Ah ! ah ! fit la comtesse Labriola, il pense toujours à sa gueuse !... Mais, ajouta-t-elle, vous pouvez vous dispenser, cher ami, de cette visite; elle est tout à fait inutile : j'ai vu l'affiche de San-Carlo. Aujourd'hui, Barborin ne danse pas.
— Barborin ne danse pas ! Barborin ne danse pas ! s'écria le marquis. Mais que se passe-t-il
enfin? Quel mystère m'environne? Le monde est donc devenu fou ?
— Vous avez là un beau sujet de méditation, fit la duchesse, creusez-le.
Et elle fit rouler la lourde porte du petit cachot. Malaspina, enfermé, entendit avec angoisse le bruit de la clef ; les pas qui remontaient l'escalier; des claques qui frappaient une peau nue, et la voix de tambour de la mère, qui couvrait les plaintes de l'enfant.
— Quand je pense, fit le marquis, quand je pense que les femmes m'ont tant aimé autrefois ! Je n'ai pourtant pas changé. Pourquoi se conduisent-elles ainsi, à présent? C'est extraordinaire !