‹ La camorraChapitre 7 sur 23 · SaurioUi (les soldats) en ar^ot napolitain · texte numérisé non relu

SaurioUi (les soldats) en ar^ot napolitain

pourries, comme la Barborin... Ne réplique pas. Je t'ai vu à sa fenêtre. Tiens, j'ai envie de te gifler. Et Don Prina qui te croyait à Résina pour les armes! Même que j'ai couru comme une folle pour te voir, te donner une becquée. Pense donc, mon chéri, il y avait si longtemps ! Et ce que j'ai vu, ah ! non, ça me fait vomir d'y penser.

Ascalona n'écoutait que distraitement ces remontrances jalouses. Son regard était fixé sur un point lumineux qui se trouvait au milieu de la chambre. Il s'avança avec curiosité pour reconnaître ce qui brillait ainsi.

— Qu'est cela ? s'écria-t-il en apercevant les galons qui ornaient la tunique de Fortiguerri.

Au même instant, il découvrit le lieutenant, que le rideau du lit ne pouvait cacher de ce côté.

Fou de rage, il se précipita sur lui et, avant que Fortiguerri eût pu se mettre en défense, il l'arrachait par les bras et l'envoyait tomber avec les draps et la paillasse au milieu de la chambre.

— Ruffian, canaille, ver de pourriture î criait-il.

Le lieutenant essayait de lutter; mais, courbé sous l'effort d'Ascalona, la face contre terre, il ne réussissait même pas à appeler à l'aide ; il no parvenait qu'à pousser des gémissements sourds, des cris indistincts,

Lisabetta, toute tremblante, avec une face de morte et des yeux vagues considérait la lutte.

— Donne-moi une corde ! demanda Ascalona. Devenue comme un animal docile, sans

volonté, Lisabetta courut à une valise ; de ses doigts pressés, raidis par la peur, elle en arracha les cordes et les apporta bien vite à Ascalona.

Il lia les pieds, les mains de Fortiguerri et lui jeta au visage son uniforme ; puis, d'un coup de botte, il le poussa contre la muraille.

— A ton tour, maintenant, fit-il en se redressant du côté de Lisabetta.

La malheureuse ne sut que tomber à genoux et se protéger la face de ses mains.

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— Ail ! menteuse infeclo, ordure de latrine publique, cureuse d'égout !

— Grâce ! grâce ! répétait LisabeLta.

— Et dire que tout à l'heure tu m'appelais ton chéri, ton adoré, ton délice ! Ah ! menteuse 1 mcnleuse !

— Aie pitié ! gémissait-elle.

— Et avec un ennemi ! un Piémontais, un Iraitre !

— Mais il est venu malgré moi,... et puis moi je n'ai rien fait, je n'ai rien fait, je te le jure !

— Tais-toi, ramasseuse de boue !

— Eh bien, bats-moi, tiens, bats-moi, puisque je t'ai fait du mal.

Et. elle arracha ses jupes, offrit sa chair nue aux outrages. Devant cette soumission, Ascalona sentit s'évanouir tout désir de violence.

— Et pourquoi te battre ? Quand je t'aurai labouré ton champ de fèves, cela aura-t-il effacé ma honte et ta trahison? Ah! je t'ai assez battue, les coups ne te changent pas. Tu es toujours la môme, coquine !

— Pardon ! Pardon !

— Rends-lui ce qu'il t'a donné.

Et comme elle demeurait toujours immobile et agenouillée, Ascalona fouilla ses jupes, les secoua, puis il courut à l'armoire, bouleversa le linge et les robes, découvrit le tiroir secret. Lisabetta tressaillit quand elle le vit retirer le coffret. Elle se releva, s'agrippant à ses bras :

— Non, pas ça ! fit-elle avec un accent dur, féroce.

Ascalona regardait avec une sorte d'effroi ce monceau de joyaux et de pierres précieuses qui représentait à ses yeux tant de hontes et de trahisons. Gomment avait-il pu les ignorer?

— Rends-moi ça, disait Lisabetta, dune voix sourde, haletante, les yeux fixes, et elle avançait les dents comme dans un besoin irrésistible de mordre et de déchirer.

— Quelles infâmes saletés ont souillé ton corps 1 s'écriait Ascalona, quelles cochonneries abominables leur as-tu donc faites, puits d'infection ! pour qu'ils te donnent tout cela !

Mais Lisabetta n'entendait pas les injures.

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n'éprouvait plus ni humiliation, ni amour ; une seule idée brillait en elle et l'attachait palpitante aux côtés d'Ascalona : ses parures.

— Laisse, répétait-elle, c'est à moi.

Et, afin de lui faire lâcher le cotfret, elle lui égratignait, elle lui mordait les doigts.

Tout à coup, elle poussa un cri horrible, comme si elle venait de souffrir le plus atroce supplice. Ascalona avait retiré la chaîne de rubis, celle que Lisabetta comparaît à une rosée du divin sang, et avant que la jeune femme eût pu le retenir, il la lança sur Forliguerri, qui avait réussi à se débarrasser la tête et qui, atteint en plein visage, eut un long gémissement. Lisabetta se jeta alors à genoux, s'en fut à quatre pattes ramasser la chaîne ; mais Ascalona prenait maintenant à poignées les autres bijoux, en frappait la jeune femme, lui fouettant la face des bagues, des colliers, des bracelets, ou la chassant du pied.

Elle restait agenouillée, guettant de ses dents et de ses ongles les joyaux qui tombaient, se tendant toute, s'étalant à terre pour les saisir^

ne paraissant môme pas sentir les coups de bol te furieux dont il lui écrasait les reins.

— Va-t'en, chienne, lui cria-t-il enfin, vat'en, et emporte tes immondices avec toi !

Elle n'eut pas un mot, pas une plainte ; elle se releva et partit, serrant contre son sein les bijoux qu'elle avait ramassés, ainsi qu'une mère qui a hâte de mettre à l'abri son enfant.

Alors Ascalona se tourna vers Fortiguerri.

— Misérable mouche, fit-il, coquin qui viens salir mon lit et espionner mes actes, en attendant de me vendre, je vais te tuer, abominable traître !

Ces menaces n'effrayèrent pas le lieutenant ; la mort à présent lui semblait inévitable ; il s'était déjà résigné et employait toute son énergie à la supporte* avec courage. Il regarda fièrement son meurtrier.

Ascalona, rencontrant sous sa main une canne massive, la brandit de toute sa colère.

A ce moment, quelqu'un se précipita dans -la chambre et se jeta entre eux.

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C'«Hait le prôlro que Fortiguerri avait vu on entrant : Don Prina.

Ascalona essaya, un instant, d'écarter l'inirus qui venait ainsi s'opposer à sa vengeance ; mais on lui avait saisi le bras et il n'essayait (|ue mollement de se dégager.

— Laissez-moi, disait-il encore, laissez-moi, il faut que je le tue.

Mais sa voix était sans force ; il était déjà vaincu, soumis à une volonté supérieure.

— Je ne veux pas que vous frappiez cet homme, dit Don Prina.

Et comme Ascalona semblait vouloir protester :

— Ne compromettons pas, fit le prêtre, la sainteté de notre cause par des meurtres inutiles et des vengeances personnelles.

— Il a surpris nos secrets, répliqua Ascalona, qui ajouta quelques paroles à voix basse.

— Alors il m'appartient, dit Prina, et vous savez où le conduire.

Il dit aussi :

— J'ai rencontré Lisabetta. J'ai su ce qui s'était'passé. Vous avez bien fait, mon fils, de chasser cette misérable.

Mais Ascalona, rendu soudain à sa douleur jalouse et brisé d'émotion, se laissa tomber sur le lit et]^^éclata en sanglots.

— Ah! ^mon père, mon père, gémissait-il, comme je suis malheureux, moi qui l'aimais tant !

— Courage, mon enfant, disait Don Prina. Pensez à la tâche que vous avez acceptée. 11 ne faut pas mêler une femme à nos grands desseins.

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