LES FANTAISIES D UNE JEUNE ANGLAISE
— Qu'avez-voiis donc ce matin, monsieur Marco? demanda miss Helen, à son retour de la promenade, à Ascalona qui s'enfuyait vite, le long des maisons de Chiatamone.
Ascalona tressaillit, détourna la tête ; puis, comme illuminé d'une inspiration subite, il revint sur ses pas, passa devant la jeune fille surprise, et monta d'un trait les cent trente marches qui conduisaient à l'atelier de* missHelen.
Elle le suivait, se demandant s'il n'était pas devenu fou. Quand elle l'eut rejoint sur le palier :
— J'allais me plaindre de votre oubli, dit-
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eJlo avec une pointe d'ironie, et je vois avec plaisir que l'absence, loin de diminuer en rien notre intimité. Ta fortifiée encore. Eloignezvous de nouveau un an, et nous serons les meilleurs amis du monde.
— De grâce, mademoiselle ! ne plaisante/ pas en ce moment, et plutôt ouvrez-moi.
Miss Helen, un peu inquiète, mais cédant à cette supplication ardente, introduisit aussitôt Ascalona dans Tatclier. Une fois au milieu de ses meubles familiers, devant ses toiles et ses chevalets, elle n'eut plus peur.
— Voyez votre portrait, dit-elle en montrant une peinture ébauchée. Il est toujours là à vous attendre. Pour me punir de vous avoir fait poser un instant, vous m'avez laissée me morfondre des mois. Le châtiment n'est pas proportionné à l'injure... Mais maintenant que vous êtes là, vous ne m'échapperez plus. Je vous enferme... Regardez, méchant homme, par qui j'ai dû vous remplacer?... Voyez ces études de petite fille, comme elles sont peu intéressantes. Que voulez-vous ? le modèle ne
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m'inspirait pas... Je songeais devant lui à cet homme d'une beauté antique que vous êtes, mon cher ami... Oh ! vous savez, je m'y connais. Je juge, non pas en femme, mais en artiste. Mon maître, Holmann Hunt, se fût pâmé de pkisirs'il vous avait vu, en ce matin bleu où nous nous sommes rencontrés, assis sur le port, les bras croisés, dans cette attitude de fierté heureuse et abandonnée. Quel tableau magnifique il eût fait avec vous!... Mais je babille, je babille, et... vous ne m'écoutez pas... Voyons, qu'avezvous, monsieur Marco ? fit-elle en s'asseyant sur le divan où Ascalona était allé se jeter? Vous avez les traits tirés et un air de grande fatigue. Assurément vous avez passé une mauvaisenuit. Voulez-vous que je vous prépare quelque chose? Prendrez-vous un verre de marsala? Ascalona, qui n'avait pas écouté un mot de tout ce verbiage, demanda :
— Est-ce que vous êtes seule, mademoiselle? Voire oncle ne va-t-il pas venir ?
— Mon oncle ne vient jamais ici, et d'ailleurs il n'est plus à Naples.
— J'en suis bien content.
— Pourquoi ? Vous ne le connaissez pas !
— Non, mais tous ces Anglais...
— Eh bien, voilà au moins qui est aimable pour moi.
— Oh! vous, mademoiselle, vous êtes une femme admirable.
— Allons, chacun s'adresse des compliments. Gela promet une belle journée.
— C'est très sincère de ma part... mais vos compatriotes, je les hais; j'en ai encore rencontré un dernièrement...
— Dans tous les pays, il y a des misérables ; cela ne prouve rien !
— J'ai à me défier, en général, des étrangers, et je voulais savoir s'il n'en venait pas ici.
— Vous êtes bizarre aujourd'hui, monsieur Marco. Vous entrez chez moi sans me saluer, sans me demander si j'ai l'intention d'ouvrir ou de fermer ma porte, et maintenant vous voudriez savoir qui je reçois chez moi. Je reçois qui me plaît, entendez-vous. Il est vraiment inimaginable que vous vous en occupiez !
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— Ah! madomoisollc, je m'occupe do me sjiiiver, et je m'imaginais, dans ma simplicité, que vous aviez l'àme assez généreuse pour me venir en aide.
— Vous sauver ! que voulez-vous dire ?
— Tout à l'heure, quand je suis entré ici, des hommes de la police, déguisés, me suivaient. J'ai fait un détour, et ils m'ont perdu de vue. Mais si je sors, cela est presque sûr, on va m'arrèter. Dans les quartiers populaires, on ne s'y risquerait pas. Ce serait trop dangereux. Tout le monde viendrait à mon secours. Ici à Ghiaia, dans les quartiers d'étrangers, rien n'est plus facile. Je n'avais que l'espoir de trouver l'hospitalité chez vous et d'y attendre la nuit. Mais je sens bien qu'il faut y renoncer!
Miss Helen regardait Ascalona. Elle n'eut pu définir l'étrange sentiment qu'elle éprouvait devant lui : admiration et aussi dégoût, curiosité et frayeur, les émotions les plus diverses se succédaient en elle.
— Pour qu'on vous poursuive ainsi, il faut que vous soyez un malfaiteur.
— Ce n'est pas-'sculement les malfaiteurs, hélas ! que Ton poursuit aujourd'hui.
— Enfin, qui êtes-vous ? Vous m'avez dil <|ue vous aviez été batelier, commis chez un marchand de vin, sacristain, maître d'holel chez une comtesse, secrétaire d'un avocal ; vous avez fait tous les métiers, mais j'ai ]}ien peur que vous n'en connaissiez qu'un seul : celui de duper les hommes et de nuire h la société.
— Croyez-le si vous le voulez, dit Ascalona en jetant à la jeune lille un regard de mépris.
Et il se tourna vers la porte.
— Non, non, ne partez pas, s'écria miss Helen en le retenant par le bras. Qui que vous soyez, quoi que vous ayez fait, je ne veux pas vous livrer. •
— C'est bien, dit-il ; j'accepte votre charité, parce qu'en me sauvant je sauve plus que mon existence. Seulement, je ne vous en sais aucun gré. Marco Ascalona n'a pas besoin qu'on Lui soit pitoyable.
— (Jiloi, VOUS êtes Ascalona ! fil-cllo avec stupeur. C'est vrai ? Ah ! c'est affreux, cela ! Je suis épouvantée de penser que vous êtes là, vous, chez moi !
Et miss Helen se mit à marcher à j;iands pas dans la chambre en répétant sans cesse :
— Ascalona ! Ascalona ! Qui aurait pu le penser !
— Pourquoi ave/-vous ainsi horreur de moi '.' demanda- t-il.
— Mais songez donc à ce que je deviendrais si vous étiez arrêté ici ! Comme toute cette vie tranquille que m'ont faite le travail de mes parents et mon énergie particulière serait à jamais détruite ! Me voyez-vous compromise «lans un procès, jetée en prison, peut-èlre accusée des crimes que vous avez commis ! On dit la ni de mal de vous !
— Et jamais de bien', n'est-ce pas ?
— Oh! si, on dit aussi i)oaucoup de bien de vous. Moi-même, quand on vous attaquait, j'ai pris plus d'une fois votre défense. Je soutenais (jue vous étiez une âme noble et généreuse. Et
maintenant que je vous vois là, devant moi, je vous le répète, je suis épouvantée. Je me souviens de tout ce que j'ai entendu. J'ai beau faire tous mes efforts pour l'oublier, cela m'est impossible.
— J'avais tort d'accepter votre offre, puisque vous deviez si tôt vous en repentir. Mais il est toujours temps de la refuser.
— Vous ne me comprenez donc pas ! Je ne veux pas que vous partiez. Vous entendez?
— Vous croyez au mal que l'on dit de moi ?
— Oui.
— Et vous avez raison.
— Oh ! ne dites pas cela, non ! Je vous en supplie. Au moins, que je puisse conserver mes doutes sur un homme que j'ai admiré.
— Que vous importe ! Comprendrez-vous jamais le caractère et le but de mes actions ? Vous n'êtes pas Napolitaine, n'est-ce pas ? Eh bien, notre lutte nationale vous échappe, comme nos mœurs. Je me rappelle le jour où vous êtes venue me prendre à l'Immacolatella, pour faire mon portrait, comment vous m'in-
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lorrogiez sur nos usages, sur notre ville, répondant ensuite par un éclat de rire à chacune de mes explications.
— Et vous avez été blessé ? Oh ! comme je vous demande pardon. Il n'y avait chez moi aucune intention de raillerie, je vous assure. J'étais étonnée seulement. Pensez donc? Une Anglaise, élevée dans le respect de convenances particulières, dans une retenue complète de tous ses sentiments, de toutes ses affections se croyant libre pourtant, parce qu'on n'impose nulle contrainte à son intelligence ni à ses allures, habituée à la dissimulation et au secret comme à une vertu ; et vous trouvant, vous, si affranchis, sous votre apparente servitude ; si savants et civilisés, avec cet extérieur de barbarie et d'ignorance. Surtout si beaux ! Oui ! Vous avez cette splendeur que là-bas, dans nos villes brumeuses et sombres, nous évoquons avec tant de regrets! et vous possédez à ce point le rayonnement de l'existence que même les misérables, chez vous, ont à nous revendre du bonheur. Ah ! quand je suis
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arrivée ici, c'a été pour moi une illuminalion ; j'aurais voulu devenir Napolitaine ; et |)uis, les vols, le désordre dont j'ai été témoin, les meurtres que j'ai appris, cette vie sans loi, sans règle que j'ai observée chez vous : cela m'a écœuré. Je me sens, à chaque instant, redevenir au milieu de vous une tranquille Anglaise, et aussi, à chaque instant, j'ai comme le vertige de votre libre existence. Peut-être est-il un bien que je ne conçois que vaguement, mais que j'entrevois, et qu'on trouve parmi vous.
Ascalona regardait la jeune fille, et il subissait le charme de cette grâce naïve, énergique, franche et aventureuse.
— Que j'aime entendre vos paroles, dit-il, et comme j'avais tort, tout à l'heure, de douter <le votre générosité. Certes, l'effroi que vous a donné Naples, je l'ai éprouvé en votre présence. Vous étiez si railleuse ! Je ne comprenais rien à vos plaisanteries. Je suis un homme du peuple, moi, et je n'ai guère été à l'école. Je voyais des insolences, là où il n'y avait que
(rinnoconlos espiègleries. Et puis co servage auquel vous m'aviez condamne, cette olJigntion rie poser, de n'être devant vous (ju'un*^ statue, un bloc inanimé qui ne peut servir qu'ii une étude de peintre, mais dont on méprise l'âme, les sentiments et les pensées, comme humiliant, révoltant pour moi !
— Il paraît, puisque vous n'êtes jamais revenu, et que vous avez refusé l'argent que je vous offrais.
— Gela m'aurait fait mal de le prendre. Pourtant, j'en aurais eu grand besoin, mais c'était pour vous faire plaisir que j'étais venu dans votre atelier, subjugué par votre beauté, et je ne voulais pas être traité en modèle.
— Le beau malheur! dit miss Ilelen, en souriant; je posais aussi, moi, devant vous.
— C'est bien différent ; moi, je vous admirais.
— Oh ! voilà de ces exagérations napolitaines ! Je suis peut-être gentille... à Londres, mais en Italie, où il y a tant de jolies femmes,
comment peut-on faire la moindre attention à moi ?
— Oh ! vous ne savez pas comme vous êtes belle, et d'une beauté que nous ne connaissons pas ici. Les Napolitaines sont comme des enfants colères et gentils, que l'on bat et que l'on caresse, mais vous avez une grâce si noble, si tranquille, si raisonnable !
— Gomme vous vous trompez !
— Non, je ne me trompe pas. Quand on vous voit, on vous prendrait pour une grande fillette, un peu turbulente, et quand vous vous mettez à parler, voussemblez si sage. Vous ressemblez aux beaux anges qui sont à Monte-Oliveto.
— Vous allez donc dans les églises ?... Mais c'est vrai, tout le monde est dévot, à Naples.
Elle avait repris, peut-être sans le vouloir, ce ton insolent qui lui revenait de temps à autre, dans la causerie, comme si elle ne pouvait se résigner à l'égalité de la conversation, toujours impatiente de dominer son interlocuteur ou son entourage.
Ascalona sembla vivement attristé. Elle s'en
aperçut, sourit des éloges, si peu mérités, qu'on venait de donner à sa raison ; puis, elle lui dit, avec l'air d'un vrai repentir.
— Je vous ai fait encore de la peine ! pardonnez-moi.
Pour lui prouver qu'il était sans rancune, Ascalona lui prit la main et y posa longuement ses lèvres.
Elle la lui abandonna en souriant, heureuse et un peu troublée, avec le désir et la peur d'une aventure qu'elle imaginait prochaine.
Ils étaient assis l'un près de l'autre, sans se parler, rapprochés par la même fantaisie amoureuse, séparés encore par une défiance qu'ils ne réussissaient pas à éloigner, inquiets de leurs caractères étrangers et de leurs existences inconnues. Ardent, audacieux, enivré par le souvenir de tant de succès galants qui n'étaient pas tous vulgaires, Ascalona redoutait l'air de fierté, les railleries de ce visage enfantin et sage. Miss Helen sentait peser sur elle la volonté tranquille de ses ancêtres ; elle était enchaînée à leurs habitudes calmes, à leur
esprit clairvoyant, un peu étroit, d'industriels. Cependant ce qu'elle appelait ellemême « l'odeur de la liberté », ce parfum âpre de l'air salin, cette séduction du voyage et de l'inconnu, qui, tout enfant, l'avait entraînée à mille escapades et lui valut plus d'une fois les brutalités de son tuteur, l'attirait, la ravissait à présent, avec une violence inéprouvée. « Qui sommeille dans cette âme obscure ? se disait-elle ; quel mal et quel bien y fraternisent ? Ne pourrait-on pas lui rendre sa noblesse native et les généreux sentiments pour lesquels elle semble avoir été faite ? » Miss Helen était romanesque. Depuis que les opéras eux-mêmes s'bumilient jusqu'à la plus monotone réalité, des êtres capricieux se sentent le besoin de mouvementer leur existence et de faire du monde leur théâtre. Miss Helen voulait aimer un brigand. Elle avait trouvé l'homme de ses souhaits. Certes, ce n'était pas absolument celui qu'elle avait rêvé ; mais comment ne se fût-elle pas consolée des qualUés qui manquaient à son héros, en faveur des
autres ? Pour tous deux, c'était un étonuement que leur beauté. Ce visage d'Ascalona, où une force mâle s'unissait à une grâce si féline, était pour elle aussi nouveau que, pour Ascalona, le charme enfantin, orgueilleux et décidé de cette blonde jeune fille.
Un coup frappé à la porte les fit tressaillir et rappela soudain à Ascalona les dangers qu'il courait.
— Ce doit être mon marchand de couleurs, dit miss Helen. Il devait venir ce matin.
Elle ouvrit avec précaution un petit guichet.
— C'est Don Natale, mon confesseur. Que peut-il bien me vouloir ?
Et comme Ascalona paraissait très ému :
— N'ayez pas peur. C'est un homme excellent, qui aime tous les malheureux. 11 ne vous trahira pas. Si vous ne voulez pas le voir, mettez-vous dans ce coin-là, derrière le grand tableau. Tel que je le connais, il est incapable de vous découvrir.
Là-dessus, elle introduisit le prêtre.
Don Natale paraissait toujours tomber du
ciel et avoir peine à se reconnaître sur la terre. Le cou tendu, il furetait une chambre de son nez long et retroussé, de ses yeux un peu inquiets, de son menton en pointe, sans autre but que de trouver une place pour sa personne ou d'observer sur les traits d'un auditoire les effets de ses discours. 11 prêchait, d'ailleurs, rarement, n'ayant point le don d'éloquence ; il employait ses journées à confesser et à visiter les pauvres. D'une graisse blanche, sans gaieté, avec sa bouche de travers, sa figure énorme de mascarade et son grand front de mystique, il ne pouvait guère prétendre à avoir les confidences des Napolitaines élégantes, et il était allé s'échouer parmi les gueux, à Santa-Maria del Carminé, où tout le monde l'adorait. Il comptait pourtant parmi ses amies la duchesse Tupputti et miss Helen, que la bonté du prêtre avait conquise. Miss Helen s'était attachée à ce prêtre humble, semblable en cela à certaines femmes qui préfèrent au chien de race le pauvre cabot misérable et craintif qu'dles J ont rencontré par hasard dans la rue. Elle
avait besoin de plaindre un peu ceux qu'elle chargeait de sa direction.
— Je venais voir votre oncle, mademoiselle, dit Don Natale, et je regrette bien qu'il ait quitté Naples. Il était fort lié, m'a-t-on dit, avec sir Thomas Eveningham, et je pensais qu'il aurait bien voulu me présenter à lui, ainsi que mon éminent ami. Don Prina.
— Quelle idée avez-vous, mon père ! s'écria miss Helen. Sir Thomas Eveningham est un homme sans agrément, et, de plus, un puritain farouche, opposé en principe à notre religion. Je doute fort que son commerce vous soit bien utile.
Don Natale regarda tout autour de lui, el, à voix basse :
— Il ne s'agit pas absolument de notre religion, mon enfant, mais de la patrie. Sir Thomas est l'intime de lord Palmerston, et nous voudrions savoir quelles seraient les dispositions de l'Angleterre dans le cas...
Le prêtre s'interrompit et, considérant avec attention la jeune fille, comme pour surprendre
dans son regard un<' hostilité ou une bienveillance :
— Je vous ai toujours vue dévouée à notre pays, et c'est pourquoi je crois pouvoir vous parler librement. Je puis être sûr, n'est-ce pas, qu'aucune de mes paroles ne sera répétée ?
— Gh ! mon père ! vous devez avoir confiance en moi, s'écria miss Ilelen, toute troublée à l'idée de ce secret qu'on exigeait d'elle.
— Tout Naples, dit Don Natale, va se soulever pour rejeter les usurpateurs et retourner à son roi légitime.
— Oh ! mon père, mon père, que me ditesvous, vous si bon, si doux ! Vous m'annoncez ainsi la guerre !
— Elle est inévitable, et si l'Eglise y prend part, c'est pour la conduire et la rendre moins cruelle.
— Et pourquoi me mêler, moi, une étrangère à vos complots ?
— Il faut que nous ayons avec nous les peuples, et l'Angleterre avant tous les autres. Vous connaissez Mrs Eveningham. Par elle,
VOUS pouvez oblonir rontrciien que je sollicite lie votre complaisance.
— Et quand vous aurez vu sir Thomas, à quoi cela vous avancera-l-il?
— Don Prina le décidera, mon enfant, et il décidera son ministre à nous être favorables, à son tour.
— Je crains bien que vous ne vous fassiez de grandes illusions.
— Non, mon enfant. D'ailleurs j'irai à Londres, s'il le faut.
— Oh ! mon pauvre père! Pour trouver dos maisons fermées, une prison, peut-être!
— Mon enfant, je ne suis que l'instrument do Dieu. J'obéis à ses inspirations. Puis-je compter que vous verrez Mrs Eveningfciim aujourd'hui ?
— Oui, mon père, puisque vous le voulez. Don Natale, qui ne se rappelait plus où il
avait déposé son bréviaire et son chapeau, se mit à les chercher à travers la chambre. Il recula tout à coup en apercevant Ascalona.
— C'est un modèle, dit simplement Helen.
— Vous devriez prf>n A ro^ r<1 f> ^ jigji^i enfant,
BIBUOTHECA Cttavjens'^*-
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quand vous les choisissez, observa le prêtre d'un ton de reproche.
— Que voulez-vous dire, Don Natale ?
— Rien, rien, fit le prêtre en s'en allant.
Au moment où il descendait une voix perçante de femme monta soudain jusqu'à l'atelier.
— Il est là, faisait la voix, vous l'avez vu, n'est-ce pas ? Allons, parlez-moi, mon très cher prêtre. Vous dites que non. Vous mentez, vilain homme. Oui, oui, il est avec cette coquine ; tenez, je les entends. Ils s'embrassent. Ah ! les ignobles porcs !
Et elle appela de toute sa force :
— Ascalona ! Ascalona ! Réponds ! C'est moi, ta Rettina. J'ai jeté dans la mer tous les diamants, pour toi, mon chéri. Oh ! viens. Laisse cette saleté. 11 n'y a que moi qui sache t'aimer. Tu le sais bien, Marco.
On entendit Don Natale qui grondait.
— Eh bien, qu'est-ce que cela me fait qu'on l'arrête, reprenait la femme, si je ne puis j>lus le voir ! Ah ! pourriture de Prina, sans toi, il
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soraitencore âmes caresses. ..La canaille! Voyez s'il m'écoute ! Eh bien, va-t'en donc mourir. Tiens, je vais te dénoncer, et j'irai danser avec les amis, sois siir, le jour où ils feront couler ton vin rouge !
A ce moment, un grand coup de pied fut lancé dans la porte derrière laquelle se trouvait miss Helen, pâle d'émotion ; puis, les insultes furent de moins en moins distinctes. Le prêtre avait dû emmener de force la malheureuse. La maison redevint calme.
Miss Helen s'approcha d'Ascalona et, très froidement :
— Vous resterez dans cette partie de l'atelier dit-elle ; moi, je me tiendrai dans l'autre. Je vous apporterai vos repas. Je vous demande seulement de ne pas m'adresser la parole. A quelle heure comptez-vous partir ?
— Dès qu'il fera nuit.
— C'est bien. A présent, plus un mot.
— Miss Helen, de grâce, écoutez-moi, gémit Ascalona, écrasé par la colère et le mépris à peine, contenus de la jeune fille.
Sans lui répondre, miss Helen lira un long vélum qui sépara l'atelier en deux. 11 ne la voyait plus. Il l'entendit ouvrir ses boîtes, remuer des pinceaux. Elle devait se mettre tranquillement au travail. Il serrait les poings, frappait du pied et demeurait là, derrière le veluni qu'il n'osait écarter, se méprisant de sa soumission et de sa timidité. Lui, qui avait eu presque de force la comtesse Labriola sa — maîtresse une grande dame ! — allait-il trembler devant une jeune fille, une étrangère ! 11 étail indigné.