‹ La camorra mysteres de NaplesChapitre 17 sur 20 · FRANCESCO RICCIO · texte numérisé non relu

FRANCESCO RICCIO

« De même que le camorriste (le Falco infestait avec les siens la zone douanièredeFuorigrottaelPausilippe, Carlo Borrelli, à la tête d’une autre bande pareille, prélevait sa part des revenus de l’État au pont de la Madeleine et dans les environs. Les moins hardis de scs compagnons étaient employés au transport clandestin de la viande de boucherie au détriment nonseulement de l’industrie, mais encore de la santé publique. Les plus féroces et les plus adroits, parmi lesquels figuraient surtout ceux qui sont nommés cidessous, s’adonnaient à la contrebande à main armée et sous les yeux mêmes des agenls de la douane. Les

APPENDICE

effets de ces fraudes insolentes et hardies devinrent • enfin si désastreux, que l’administration des contributions indirectes, voyant les ressources de l’impôt si gravement menacées, mit tout en œuvre pour obtenir l’arrestation de ces scélérats.

« Il existe, » écrivait, en juillet 1861, le directeur des contributions indirectes, « il existe une bande de mal- » faiteurs (et il signalait à leur tôle Carlo Borrelli, dit » Àlferola, et Pasquale Palumba) qui n’exercent pas » d’autre industrie que la contrebande des articles sou- » mis aux droits de consommation, employant tour à * tour la ruse et une violence si hardie, qu’ils en sont » venus à assaillir les postes de douaniers.

» Le groupe le plus fort et le plus malfaisant de celle » bande s’est posté sur la ligne du pont de la Madeleine » au village voisin de Pazzigni, d’où il se présente aux » douaniers, tantôt avec douceur pour séduire leur pro- » bité douteuse, tantôt les armes à la main si lesdoua- » niers se montrent scrupuleux. Vous comprendrez » qu’avec une pareille race de malandrins, il n’est pas » toujours avantageux d’en venir aux mains, et qu’apres » le bruit qu’ont fait aux barrières leurs exploits ré- » cents et terribles, on ne peut que difficilement exiger

» des douaniers qu'ils se tiennent sur pied toutes les » nuits pour accourir de leur plein gré et de bon cou- » rage, et qu’ils repoussent la force par la force. »

» On aura sans doute remarqué avec quelle extrême indulgence on parle, dans cette lettre, de la trop chancelante vertu des douaniers et de leur incapacité à résister aux contrebandiers. On s’en étonnera moins quand on saura que, le 6 septembre 1860, un commis de la douane, nommé Zilo, s’étant bravement exposé pour empêcher un transport de contrebande, avait perdu la vie dans le conflit sans pouvoir arrêter l’expédition frauduleuse ; quand on saura qu’une autre fois, au commencement de 1861, la bande commandée par Borrelli étant venue à se disputer sur le partage des recettes de la société, les couteaux avaient été tirés, et que l’un des contrebandiers fut assassiné par ses compagnons; quand on considérera que Carlo Borrelli compte dans sa parenté neuf individus pour le moins étroitement unis par une ligne de sang, l’un domicilié à Pazzigni, tel autre à San-Anastasia, mais tous liés par la complicité de leurs crimes, qui ne se bornent pas à la contrebande seule, niais qui embrassent toutes les variétés du vol. »

APPENDICE

Voilà ce que dit sur celte honorable famille le dossier de la questure. Je note en passant que les Borrelli, sortis de la plèbe infime, avaient acquis sans travail, par leur audace violente, une fortune assez respectable. Un simple soldat de leur bande, nommé de Felice, s’était amassé un capital de 30,000 ducats.

Trente mille ducats: 127,300 francs! voilà qui contrarie un peu la pathétique chanson napolitaine de mon ami Henri Blanvalet :

Bravant la nuit, le vent et la tempête,

Je vais sans peur et je fais mon métier, A tout hasard prêt à vendre ma tète, Comme le doit un franc contrebandier...

Vous qui, dans ma chaumière, Attendez votre père,

O mes enfants, demain,

Priez Dieu! — Vous aurez du paiu!

Page 1