‹ La campagne d'Italie de 1859Chapitre 158 sur 326 · LIVRE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V

geurs.cn obliquant sur la droite ; le général de Forton et le colonel de Mézange, à la tête du 3* chasseurs, se lancent à leur tour sur les carrés hongrois, énergiquement suivis par les commandants de La Itochefoucault Liancourt et Oudinot de Reggio.

Sous le feu terriblo qui les accueille, combien sont tombés, avant d’arriver à l’enueini, que protège un large fossé! — Le chef d’escadron de La Rochefoucault, le lieutenant Reys entrent avec quelques chasseurs dans un des carrés où viennent expirer leurs chevaux criblés de balles ; mais derrière eux encore, le carré s’est refermé. — Le commandant de La Rochefoucault est renversé par deux coups de feu, le lieutenant Reys est également blessé (1).

A la voix de leur général, à celle de leur colonel, les chasseurs se rallient, à 200 mètres au plus devant l’ennemi, sous une grêle de balles, de mitraille et de fusées. La mort vient à tout instant frapper dans leurs rangs et renverser chefs ou soldats, sans pouvoir altérer le calme et le sang-froid des cavaliers qui s’alignent, des pelotons et des escadrons qui se reforment.

(1) Un officier de ce régiment écrivait :

«Nous apprîmes le sort de ces deux officiers, qui n’avaient pas reparu depuis la première charge, par un chasseur qui, entré dans le carré avec eux, et abattu sous son cheval, feignit l'immobilité delà mort; après la retraite des Autrichiens, il se dégagea et rejoignit son régiment.

« Il avait vu tomber près de lui, et emmener par les Autrichiens le commandant frappé de deux halles; — nous retrouvâmes au milieu de l'emplacement occupé par le carré, son cheval percé de six coups de feu. >

CAMPAGNE D’ITALIE

Le général de Forton s'est replacé en tète du régiment. — A sa droite est le colonel de Mézange, près de lui son aide-de-camp, le capitaine de Fay et le sous-lieutenant Artus Talon, son officier d’ordonnance.

Au commandement du général, tout le régiment s’ébranle une seconde fois. — Son élan est terrible; en plusieurs endroits la ligne ennemie est brisée, mais la mort a pris sa large part; plus de 60 chasseurs sont tués ou hors de combat , le capitaine Guichou (1)

(1) Parmi les lettres (ju’un grand nombre d’officiers et chefs de corps ont bien voulu nous adresser sur les événements militaires de la campagne d’Italie, nous trouvons ce passage qui nous a vivement frappé; il montre toute la puissance que le sentiment du devoir donne à do nobles coeurs, jusqu’au dernier moment.

« Le capitaine Guichou, adjudant-major au 3* chasseurs d’Afrique, mortellement atteint d’une balle qui lui avait traversé la poitrine, fut transporté mourant à l’ambulance.

« Le lendemain, je parcourais avec un officier du régiment ce triste asile, nous le trouvâmes sur la paille ensanglantée, sans voix, mais respirant encore; nous lui serrions la main comme suprême adieu, car dans quelques instants on allait monter à cheval, et l’empreinte de la mort déjà sur son visage nous disait assez que nous ne devions plus le revoir. Il nous retint et, d’un geste convulsir, nous indiqua un papier taché de sang que son uniforme entrouvert serrait contre sa poitrine. Nous le prîmes, croyant avoir à accomplir ces dernières volontés que par un fatal pressentiment quelques-uns d’entre nous se prennent à tracer la veille d’une bataille ; — mais non ; — ce qu’il nous léguait en ce momeut suprême, c'était l’exécution d’un devoir interrompu par la mort, c’était la série des mots d’ordre et do ralliement qu’il avait reçue du colonel, comme adjudant-major.

« Ainsi, dans les angoisses d’une douloureuse agonie, une de ses dernières pensées avait été pour l’accomplissement de ses devoirs militaires.

« Pournousqui l’avons connu, ce dernier trait peint l’homme, brave, modeste, type d’abnégation et de dévouement obscur i ses devoirs; il mourait, comme il avait vécu, en vrai soldat. »

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